Comment faire connaissance avec le Coran
?
Édité et traduit en français
par
Abbas Ahmad al-Bostani
Publication de la Cité du Savoir
Éditeur: Abbas Ahmad Al-Bostani
La Cité du
Savoir
C. P. 712, Succ.
(B)
Montréal,
Québec, H3B 3K3
Canada
Site Web : http://www.bostani.com/
E-mail permanent : abbas@bostani.com
E-mail alternatif 1 :
bostani5@hotmail.com
E-mail
alternatif 2 : bostani5@hotmail.com
Première édition: Janvier 2004
Copyrights: Tous droits réservés à
l'éditeur
ISBN : 2-922223-32-9
*******************************************************
Table des Matières
Comment faire connaissance avec le Coran 5
Le Coran se décrit ainsi: 8
Le Coran tel qu'il est décrit par le Prophète (P)
15
Comment le Coran nous demande-t-il de traiter avec
lui? 28
Comment le Coran critique-t-il ceux qui le traitent
improprement? 33
Comment faire couler le Coran dans notre vie? 38
Des pratiques à revoir et à repenser pour ne pas
reléguer le Coran à des rôles de figurant 54
Que le Coran soit notre Compagnon de toujours 58
Annexes 63
Annexe A : Le Coran par lui-même
65
I- Mot «Coran» dans le Coran 65
II- Les autres noms du Coran et ses
attributs 69
Table récapitulative de l'Annexe (A / II) : (II- Les
autres noms du Coran et ses attributs 84
III- Croire au Coran d'après le
Coran 89
Table récapitulative de l'Annexe (A/ III) :(Croire au
Coran) 102
IV- L'Inimitabilité du Coran 105
Table récapitulative de l'Annexe (A/IV)
:(L'Inimitabilité du Coran) 107
V- Le Coran comprend la Science du
passé et de l'avenir 108
Table récapitulative de l'Annexe (A/ V) : (Le Coran
comprend la Science du passé et de l'avenir) 111
VI. Le Coran confirme les Livres
célestes antérieurs et les abroge 112
Table récapitulative de l'Annexe (A/VI), (Le Coran
confirme les Livres célestes antérieurs
et les abroge) 113
VII- Des versets coraniques qui en
abrogent d'autres 114
Table récapitulative de l'Annexe (A/VII) : (Des
versets coraniques qui en abrogent d'autres) 115
VIII- Les versets clairs et les
versets équivoques 116
Table récapitulative de l'Annexe (A/VIII) : (Les
versets clairs et les versets équivoques) 117
IX- La préservation du Coran de tout
changement et de toute altération 118
Table récapitulative de l'Annexe (A/IX) : (La
préservation du Coran de tout changement et de toute altération) 118
X- La mécréance de quiconque croit
en une partie du Coran 119
Table récapitulative de l'Annexe (A/X) : (La
mécréance de quiconque croit en une partie du Coran tout en rejetant l'autre) 119
XI- Méditer, réciter, apprendre par
coeur et écouter le Coran 120
Table récapitulative de l'Annexe (A/ XI) :(Méditer,
réciter, apprendre par coeur et écouter le Coran) 127
XII- Le Coran est le Guide de
l'Humanité: il est obligatoire de le rappeler et interdit de le cacher 129
Table récapitulative de l'Annexe (A/XII) : (Le Coran
est le Guide de l'Humanité: il est obligatoire de le rappeler et interdit de le
cacher) 136
XIII- La mécréance de quiconque
raille et nie le Coran 138
Table récapitulative de l'Annexe (A/ XIII) (La
mécréance de quiconque se moquent et nie le Coran) 149
Annexe B : Les Mérites du Coran
selon les hadith du Prophète (P) 151
Annexe
C
: Les Mérites du Coran selon l'Imam 'Alî (p) 159
************************* **************************
Comment
faire connaissance avec le Coran
Bismihi
Ta'âlâ
Un
jour, un ami et moi sommes montés dans un taxi. J'ai remarqué que le chauffeur
avait déposé sur le devant de la voiture un Coran ouvert, comme le font beaucoup
de conducteurs, pour se protéger contre les risques d'accidents. Mon ami fit
alors une remarque pertinente et demanda au chauffeur:
- Apparemment,
tu aimes le Coran et tu le vénères, autrement tu ne l'aurais pas déposé dans ta
voiture
- Oui, je
l'aime et je le sanctifie, mais je le mets ici surtout pour rechercher la
bénédiction et pour me protéger contre les dangers, dit le chauffeur.
- Mais est-ce
que tu le lis?, lui demande mon ami.
- Non,
répond-il.
- Si tu avais
un pot de miel pur sur une étagère de ta cuisine, l'aurais-tu laissé comme un
décor sans le savourer, en sachant surtout qu'à part sa douceur, le miel est un
remède pour toutes sortes de maladies?
- Certainement
pas, je l'aurais dévoré, autrement je ne l'aurais pas acheté, dit le chauffeur.
- Il en va de
même pour le Coran. C'est un miel pur... pourtant tu l'as laissé sur le bord de
la voiture, tout comme quelqu'un qui délaisse le pot de miel. Pourquoi
n'essaies-tu pas de le goûter?
Le chauffeur
ayant saisi l'allusion, sourit et dit: «Je le ferai Inchâ'Allah».
Pendant que ma
pensée plongeait dans les propos de mon ami, je contemplais l'omniprésence de la
verdure exubérante du printemps et je me demandais comment des gens pouvaient
abandonner les coupes cristallines du miel coranique sur les étagères de leurs
bibliothèques, de leurs maisons et les bords de leurs voitures sans tenter d'en
tester la saveur. Car je suis certain que, s'ils y goûtaient, ils ne s'en
détourneraient jamais au profit de quelque chose d'autre. C'est un miel qui
n'est pas comme les autres miels dont la saveur disparaît dès qu'ils quittent la
langue. En effet, la douceur du miel coranique ne quitte jamais la langue de
l'intellect, la langue du coeur et la langue de l'âme.
C'est un appel
qui s'adresse à vous, jeune Musulman et jeune Musulmane, pour que vous
débouchiez avec moi les coupes de ce miel afin d'y goûter ou d'apprendre comment
le savourer.
Il est vrai
que de prime abord, ce plaisir tant vanté par les connaisseurs et amoureux du
Coran n'est pas si évident pour un débutant, lequel pourrait n'y rien voir
d'extraordinaire, de captivant ou d'attachant. Mais le secret du Coran réside
dans le fait que plus nous le lisons, plus nous nous y plongeons, et plus nous y
découvrons des délices qui nous attachent indissociablement à sa lecture.
Pour pouvoir,
nous aussi, ressentir et comprendre un jour cet état sublime, essayons de
répondre à quelques questions vitales qu'il est nécessaire que les fils du
Coran, dont vous faites partie, connaissent:
1- Comment le
Coran s'est-il décrit lui-même?(1) Et que pourrions-nous tirer de
cette description?
2- Le Prophète
(P) et les Imams issus de sa famille (p) ont accordé au noble Coran l'attention
et le soin qu'il mérite. Comment l'ont-ils donc décrit?(2) Et quel était leur rapport à
lui?
3- Le Coran
nous a appris lui-même les manières dont nous devrions traiter avec lui. Quelles
sont donc ces manières?
4- Beaucoup de
Musulmans négligent ce Livre sacré et faillent à leur devoir envers lui. Comment
le Coran critique-t-il ceux-ci? Et nous, en faisons-nous partie?
5- Le Coran
est le livre de la Vie, dans toutes ses dimensions. Que faire donc pour qu'il
coule dans ta vie? Quels sont les meilleurs moyens de traiter avec ce Livre pour
vous, les jeunes?
6- De même que
chaque chose a un droit sur nous, notre premier Livre a des droits sur nous.
Comment pourrions-nous donc nous acquitter de notre devoir envers lui?
7- Le Coran
est une école. Comment pourrais-je en tant que jeune homme ou jeune fille entrer
dans cette école pour y construire ma personnalité?
Le Coran se
décrit ainsi:
Comment le
Coran s'est-il décrit et de quelle façon pouvons-nous déduire des données de
cette description?
Il s'est
présenté à nous et nous a fait connaître son rôle dans notre vie sous une
variété d'expressions et de noms(3). Ces expressions et noms qui le
désignent ne sont pas que de synonymes divers pour désigner une seule et même
chose. Non, loin de là ce sont des descriptifs dont chacun indique une
signification différente et décèle une dimension particulière. En d'autres
termes, chacun des noms du Coran recèle une vérité spécifique.
Ainsi, le
Coran est une «Lumière» qui dissipe les ténèbres qui voilent le
cur, et illumine ses sentiments. C'est une Lumière qui dissipe les noirceurs
accumulées autour de l'intellect et libère ainsi ses idées. C'est une Lumière
qui chasse les obscurités enveloppant l'âme et ravive ainsi ses désirs. C'est
une Lumière qui dissipe les ténèbres qui planent sur la vie, nous permettant de
découvrir ainsi la voie de notre mouvement:
«Une
Lumière et un Livre clair vous sont venus d'Allah».(4)
Le Coran est
une source de «Clairvoyance». Or la clairvoyance est la
conscience ou l'oeil intérieur par lequel nous voyons la Vérité et le Bien - et
nous les suivons -, ainsi que le Faux et le Mal - et nous les évitons. Elle est
comme l'oeil extérieur qui requiert une lumière pour pouvoir voir, et c'est le
Coran qui est sa lumière:
«Ceci (Le
Coran) constitue pour les hommes une source de clarté, un guide et une
miséricorde pour les gens qui croient avec certitude».(5)
Le Coran est
aussi une «Guidance (un Guide)» vers le Droit Chemin après
l'égarement et la déviation. Or, aucun d'entre nous ne saurait retrouver quoi
que ce soit dans l'obscurité. Avez-vous essayé de voir un objet après une panne
d'électricité et l'extinction de la lumière?:
«Voilà le
Livre, Il est sans aucun doute une guidance pour les Gens pieux».(6)
Le Coran est
«Guérison», et qui, sinon le malade a besoin de cette guérison?
Le Coran est aussi un remède contre la haine, la rancune, l'envie, la
détestation, l'esprit de vengeance, l'esprit du corps et l'agressivité qui
s'agitent dans les poitrines, et contre la duperie, le vol, l'adultère, l'usure,
l'agression, et tous les autres maux que nous rencontrons dans notre vie. Ainsi
le Coran assure notre bonne santé et notre sécurité individuelles et sociales:
«O vous
les hommes Une exhortation de votre Seigneur, une guérison pour les coeurs
malades, une Direction et une Miséricorde vous sont déjà parvenues (sous forme
de Coran) à l'adresse des croyants».(7)
Le Coran est
une «Miséricorde». C'est une grande porte qui nous est ouverte
lorsque toutes les autres se referment devant nous. C'est un coin d'ombre
protecteur dans lequel nous nous réfugions lorsque la chaleur torride nous
brûle. C'est une tendresse qui nous couve lorsque nous sommes rejetés et honnis.
Ainsi, la
Miséricorde est constituée de grâces manifestes et cachées et de bienfaits
externes et internes:
«Voilà que
vous sont venus, de votre Seigneur, preuve évidente, guidance et
miséricorde».(8)
Le Coran est
aussi «Raffermissement» de la foi, de notre personnalité et de
notre volonté, car les durs défis, les nombreuses difficultés, les impitoyables
calamités, l'oppression cruelle et les secousses sociales, politiques,
économiques et psychologiques auxquels nous sommes exposés nécessitent une
structure solide et constamment renforcée:
«Nous
l'avons (le Coran) révélé ainsi pour raffermir ton coeur, et Nous l'avons récité
avec soin».(9)
Le Coran est
aussi un «Rappel». Et le rappel est l'opposé de l'inattention,
laquelle est distraction, insouciance, négligence et éloignement des sources de
la Lumière, de la Miséricorde et de la Guidance (qu'est le Coran), alors que le
rappel c'est comme une voiture qui retourne sur la chaussée après s'en être
écartée, car si le chauffeur néglige de la ramener immédiatement sur la voie, il
encourrait des dangers qui pourraient lui coûter la vie.
Ainsi, le
rappel est l'éveil de l'esprit, le réveil du coeur et la vigilance de l'âme. En
d'autres termes, le Coran nous rappelle toujours qu'il y a un Seigneur qui
veille sur nous, qui nous entoure de Sa Miséricorde, qui regarde tout, qui
attire notre attention, qui raffermit nos pas, qui punit nos mauvaises actions
et qui nous guide vers les voies de la paix, du bien et du bonheur:
«Ceci (le
Coran) est un Rappel adressé aux mondes».(10)
Le Coran est
également un «Rappel» pris dans son sens opposé à «oubli». Or nous oublions ou
plutôt Satan nous fait oublier souvent notre Seigneur, notre Religion, notre
responsabilité, le but de notre existence dans ce monde et les enseignements de
notre Constitution divine. Et ce sont les versets coraniques qui viennent nous
rappeler à l'ordre:
«Une
Guidance et un Rappel aux hommes doués d'intelligence».(11)
Mais le Coran
est aussi et surtout un Rappel de la connaissance d'Allah et de Ses Signes qu'Il
a déposés dans les coeurs des hommes, c'est dire que la lecture du Coran permet
à l'homme de recouvrer sa croyance innée en Allah et en Ses Signes.(12)
Si tu cesses
les contacts avec un cher ami en omettant de lui téléphoner ou de lui écrire des
lettres pour renouveler les souvenirs communs, il sortira peu à peu de ta
mémoire et même de ta vie. Il en va de même pour le Coran: il est un rappel pour
ceux qui veulent se rappeler, autrement, il se séparera de leur vie et ils se
sépareront de lui.
Le Coran est
aussi une «Exhortation», ou plutôt c'est la meilleure de toutes
les exhortations, car quiconque recherche des exhortations éloquentes, ne trouve
guère meilleure exhortation que lui (le Coran): ses exhortations portent sur les
anciennes nations, sur la mort qui nous attend tous sans exception, sur la vie
ici-bas, laquelle n'est que jouissance précaire et demeure de divertissement et
de vanité:
«Voici une
explication claire destinée aux hommes une Direction (Guidance) et une
exhortation pour ceux qui craignent Allah».(13)
Le Coran est
aussi un «Éclaircissement de toute chose», c'est-à-dire qu'il
englobe tout et ne laisse chez le lecteur aucun besoin de recherche dans une
autre source. Car il est la source vers laquelle se dirigent tous les assoiffés
de la Science, de l'Éthique et du Savoir. Il contient les questions essentielles
et les grands principes fondamentaux de l'humanité et de l'univers:
«Nous
avons fait descendre le Livre sur toi, comme un éclaircissement de toute chose,
une Direction, une Miséricorde et une bonne nouvelle pour ceux qui se sont
soumis (à Allah)».(14)
Le Coran est
aussi un «Déploiement d'exemples». Un exemple est un cas
semblable à d'autres on le cite pour en tirer une leçon ou un enseignement
concret. Le Coran cite fréquemment les exemples des nations passées ou
anciennes. De même que les peuples qui nous ont précédés avaient vécu leurs
expériences en accomplissant ce qu'Allah leur demandait, et en s'abstenant de ce
que leur Créateur leur interdisait, de même nous devons suivre leur exemple pour
être en phase avec le but de notre existence que notre Créateur a fixé. C'est
pourquoi le Coran nous raconte souvent les histoires des peuples anciens et nous
invite à méditer leurs traces et les sorts qu'ils avaient subis:
«Oui, Nous
avons adressé aux hommes toutes sortes d'exemples dans ce Coran».(15)
Le Coran est
aussi, un «Discernement», c'est-à-dire un critère qui nous
permet de distinguer le Vrai du Faux, le Bien du Mal, la Justice de l'Injustice,
la Misère du Bonheur, la Science de l'Ignorance, la Force de la Faiblesse, la
Véracité du Mensonge, le Salut de l'Anéantissement:
«Béni soit
Celui Qui a révélé la Loi à Son serviteur afin qu'il devienne un avertisseur
pour le monde».(16)
Si le Coran ne
distinguait pas la Lumière de l'Obscurité, nous aurions été dans la confusion
totale, nous aurions peut-être pris la lumière pour de l'obscurité, et
l'obscurité pour de la lumière, comme cela arrive pour beaucoup de gens.
Ce sont
quelques traits caractéristiques du Coran tels qu'ils sont présentés par le
Noble Livre lui-même. Que pouvons-nous en tirer?
1- Chaque
trait caractéristique du Noble Livre est un facteur d'attirance, d'attraction et
d'incitation à l'entrée dans son monde (du Coran), ou plutôt ses nombreux mondes
lumineux, pour découvrir ce qu'ils renferment.
2- La
diversité et la multitude des attributs et des noms du Coran indiquent que ses
esthétiques et ses perfections sont multiples: il n'est pas seulement guérison,
ni seulement miséricorde, mais cumulent tous les qualificatifs qu'il se donne,
ce qui nous appelle à saisir et à exploiter tous ses avantages.
3- Le long
rapport des Musulmans à leur premier Livre a montré que chacun de ces attributs
du Coran est avéré et étayé par des millions d'expériences individuelles et
sociales. Or lorsqu'une chose est démontrée et confirmée par l'expérience, sa
véracité ne saurait souffrir le moindre doute. Il nous suffit de l'expérimenter
nous-mêmes en nouant une relation intime avec lui. Essayons donc de le lire et
relire, de le méditer et d'approfondir chacun de ses mots, de ses récits, de ses
enseignements.
Le Coran tel
qu'il est décrit par le Prophète (P)
Personne ne
saurait mieux décrire une chose que celui qui l'a expérimentée, l'a goûtée et a
vécu avec elle en symbiose de tout son être: dans son esprit, son âme, son coeur
et sa conduite, jusqu'à ce qu'il s'y identifie complètement. Or, c'est le cas du
Prophète (P) et des Imams d'Ahl-ul-Bayt (p) dans leur relation avec le Coran. De
ce fait ils sont devenus le Coran parlant, incarnant tous ses enseignements, son
éthique et ses statuts silencieux. Ce sont eux, et eux seuls qui se trouvent à
même d'expliquer chaque lettre, chaque point et chaque signe de ce Noble Livre.
Que disent-ils donc du Coran?
Le Prophète
(P) dit: «Le Coran est une Richesse illimitée qui comble tous les manques et
besoins», c'est dire qu'il vous fait vous passer de toute autre source et
qu'avec lui vous n'aurez besoin de rien d'autre, car sa richesse est intrinsèque
et qu'il ne la tire que du Riche Absolu, Allah.
Or, la
richesse, comme on le sait, n'est pas quelque chose de matériel seulement. Le
Coran assure la richesse de l'esprit en le nourrissant de toutes sortes de
savoir, de science et d'expérience. Il enrichit le coeur en le dotant d'une
bonne hygiène psychologique. Il enrichit également l'âme en lui offrant toutes
les occasions de transcendance, de sublimation et de perfectionnement. Le Coran
c'est enfin la richesse de la vie, car il permet à celle-ci de rechercher à
travers lui les solutions aux problèmes qu'elle rencontre, et de développer
grâce à lui ses ressources potentielles.
Le Prophète
(P) qualifie le Coran de «remède», c'est-à-dire une pharmacie qui a un
médicament pour chaque maladie, qu'elle soit individuelle ou sociale. Or,
lorsqu'il y a un médicament qui a fait ses preuves, le malade se rassure que sa
maladie, quelle que soit sa gravité, est traitable et guérissable.
Le Messager
d'Allah (P) décrit le Coran comme renfermant des «merveilles infinies», c'est
dire qu'il ne contient pas seulement une ou quelques merveilles, mais que chaque
mot et chaque verset qui le composent, est une merveille, des merveilles
éternelles qui demeurent tant que le Coran demeurera. Ceci nous incite
évidemment à aller y rechercher ses merveilles avec enthousiasme, tout comme
nous accourons vers une île avec curiosité et grand zèle, lorsqu'on nous dit
qu'elle renferme des merveilles, des trésors et des choses mystérieuses pour
essayer de les découvrir. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs, la
bibliothèque coranique, bien qu'elle soit riche en ouvrages de commentaires
(tafsîr) et de toutes sortes de sciences coraniques, ses étagères sont
et seront toujours prêtes à en accueillir des nouveaux. Car de par sa nature, il
offre des possibilités de recherches inépuisables et infinies.
Le Prophète
(P) a considéré l'apprentissage et l'enseignement du Coran comme l'un des
critères de distinction entre les Musulmans: «Les meilleurs d'entre vous sont
ceux qui ont appris le Coran et l'ont enseigné».
De même il a
jugé que les plus nobles de la Communauté musulmane sont les mémorisateurs du
Coran: «Les nobles de ma Communauté sont les porteurs du Coran et ceux qui
veillent la nuit en accomplissant des actes d'adoration».
Or, mémoriser
ou porter le Noble Livre signifie dans l'optique du Prophète (P) appliquer ses
enseignements. Autrement, le porter sans mettre en pratique ses préceptes,
équivaudrait à l'attitude des Banî Isrâ'îl qui ne se conformaient pas aux
stipulations de leur Livre:
«Ceux qui
ont été chargés de la Thora mais qui ne l'ont pas appliquée sont pareils à l'âne
qui porte des livres. Quel mauvais exemple que celui de ceux qui traitent de
mensonges les versets d'Allah et Allah ne guident pas les gens
injustes».(17)
Il ne suffit
donc pas de lire le Coran, comme le font beaucoup de Musulmans, sans essayer de
comprendre et de méditer ses significations, ni de le mémoriser sans appliquer
ses prescriptions. A quoi bon avoir une bibliothèque riche en ouvrages précieux
et très instructifs, si on ne daigne jamais en ouvrir un?
Sans doute, le
hadith le plus important du Prophète (P) à cet égard est-il celui dans lequel il
trace la voie que sa Communauté doit emprunter après sa disparition:
«Je
vous laisse les deux Poids auxquels tant que vous vous accrocherez, vous ne vous
égarerez jamais: ce sont le Livre d'Allah et ma progéniture, les Gens de ma
Maison (les Ahl-ul-Bayt)».
Car être à
l'abri de l'égarement, de la déviation de la ligne islamique après le Prophète
(P) passe par deux soupapes de sûreté: s'attacher au Livre d'une part, et à ceux
qui en possèdent la science, d'autre part.
Les Imams
d'Ahl-ul-Bayt (p) qui tiennent leurs Hadiths du Prophète (P) nous disent que le
Coran est une guérison de la mécréance, de l'hypocrisie, de l'égarement et de la
déviation, et qu'il dérouille les coeurs et les rend comme un fer dérouillé
qu'il paraît nouveau à toutes les époques, qu'il est le meilleur compagnon lors
de la solitude, que personne ne le fréquente sans partir chaque fois avec un
plus ou un moins : un plus de guidance et un moins d'aveuglement.
Reste à savoir
comment le Prophète (P) et les Imams d'Ahl-ul-Bayt (p) ont traité avec le Coran
et comment nous demandent-ils de traiter avec lui? On peut résumer la réponse
dans les points suivants:
1- Traduire
dans la pratique
tout ce qui figure dans le Coran, ou se mettre au diapason de ce Livre sacré:
lorsqu'on a demandé à l'une des épouses du Prophète (P). «Comment était le
caractère du Messager d'Allah?», elle répondit: «Dois-je abréger ou détailler?»
On lui demanda alors d'abréger. Elle dit: «Le Coran était son caractère».
Par quoi Allah
a ennobli le caractère du Prophète (P) en lui disant: «Tu es certes, d'une
moralité éminente»(18)? Comment doit être dans ce cas
notre conduite islamique?
2- La
Lecture:
«L'École coranique parlante» (le Prophète (P) et les Ahl-ul-Bayt (p)), nous
apprend aussi comment lire le Coran silencieux:
a)- La
récitation du Coran pendant la prière vaut mieux que sa récitation en dehors
d'elle. En effet, selon le Messager d'Allah (P): «La lecture du Coran pendant la
prière est préférable à sa récitation hors prière, mais la lecture du Coran en
dehors de la prière est préférable à d'autres formes d'invocation d'Allah». Sans
doute la préférence donnée à la lecture du Coran dans la prière tient-elle au
fait qu'il est la parole d'Allah adressée à l'homme, alors que la prière est la
parole de l'homme adressée à Allah. Par conséquent la lecture du Coran dans la
prière transforme en dialogue notre monologue avec notre Créateur.
b)- Lire le
Coran (en ouvrant le Livre) est préférable à sa récitation par coeur, selon le
Prophète (P). La raison en est peut-être le fait que l'oeil est la fenêtre de
l'intellect et du coeur, et c'est à travers le courrier visuel que les messages
de la guidance coranique sont acheminés vers les centres de notre conscience.
Il arrive que
vous vous représentiez un visage agréable que vous aviez connu un jour et que
cette représentation mentale vous fasse plaisir, mais si ce visage se trouve
face à vous et que vous le regardiez et méditiez ses beaux traits de près, le
plaisir ressenti serait nettement plus grand.
Mais s'il est
difficile de connaître tous les secrets de cette recommandation, comme
d'ailleurs tous les autres préceptes prophétiques ou divins, il est permis
toutefois de penser que le fait de recommander la lecture de la Parole d'Allah
dans le Coran, même lorsqu'on connaît le texte par coeur, c'est pour éviter tous
risques de déformation et de modification dans cette Parole d'Allah éternelle.
En effet, on
sait maintenant que l'une des principales causes de la non-maîtrise de
l'orthographe, de plus en plus criante chez les élèves en particulier, est la
prépondérance de l'audio-visuel de nos jours, au détriment de la lecture. On
peut donner un exemple très significatif de cette vérité: si vous demandez à des
gens même cultivés, ou qui ont un niveau d'études ou de culture moyen de vous
écrire le mot «pèlerin», ils l'écriraient «pélerin» en étant sûrs que
c'est l'orthographe correcte de ce mot. La raison en est que la prononciation de
ce mot a subi une modification dans la langue parlée, et il n'est pas exclu
qu'un jour les grammairiens et les puristes admettent devant le fait accompli la
nouvelle orthographe de ce mot. Ce n'est qu'un exemple parmi bien d'autres qu'on
pourrait citer. Et on sait que toutes les langues du monde ont connu une
évolution certaine à travers les siècles, au point que la forme ancienne de ces
langues n'est plus compréhensible pour les contemporains.
Or le Coran
est la Parole d'Allah, et sa valeur réside justement dans cette qualité. Toute
modification dans ses mots équivaudrait à la déformation de la Parole d'Allah.
Par conséquent, la recommandation faite par le Prophète (P) il y a 15 siècles et
dont nous découvrons de nos jours la portée et l'actualité scientifique montre
combien les vérités coraniques sont des vérités éternelles, et doit nous inciter
à ne pas tarder à ouvrir ce Livre prodigieux et à prospecter ses richesses et
découvrir une partie des secrets infinis qu'il renferme.
c)- La
récitation soigneuse et l'embellissement de la voix: car la récitation du Coran
produit un effet différent que la simple lecture, laquelle ne pourrait pas
traduire toutes les significations des énoncés coraniques. En effet le Prophète
(P) dit: «Embellissez le Coran par vos voix».
Certes, le
Coran est en soi beau et abstraction faite de la qualité de notre voix, mais ce
sur quoi la recommandation du Prophète (P) entend attirer notre attention, c'est
que la belle voix incite à mieux écouter et méditer le contenu de la récitation.
Il arrive sûrement à chacun de vous d'entendre l'azan, l'hymne, les
chants, la récitation du du'â', d'une voix douce et mélancolique qui
touche directement votre coeur et attire votre pensée consciemment ou
inconsciemment sur les mots qui les composent.
d)- Réciter
autant qu'on peut du Coran. Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Le Coran est le pacte
d'Allah avec Sa créature. Il convient donc que le Musulman regarde ce pacte et
en lise chaque jour cinquante versets». Evidemment ceci en moyenne, car c'est
une recommandation et non pas une obligation. L'essentiel est qu'on lise chaque
jour ce que l'on peut du Coran et que l'on ne néglige pas cette pratique
bénéfique et hautement recommandée. Il est possible que l'on n'ait pas le temps
de lire plus d'une page par jour et il vaudrait mieux qu'on se contente d'en
lire une page par jour que de procéder à la lecture complète du Coran pendant un
mois, et d'abandonner toute lecture pendant les onze mois restant de l'année.
Un lecteur du
Coran avait l'habitude d'en réciter quelques versets chaque jour avant de dormir
et quand il se réveillait. On lui a demandé pourquoi faisait-il cela, il a
répondu: «Je le lis avant de dormir pour que la lecture du Coran soit mon
dernier pacte de la journée, et je le fais à mon réveil pour que cette lecture
constitue mon premier acte de la journée. En un mot je commence ma journée par
le Coran et je l'achève par le Coran».
3- Interroger
le Coran:
c'est-à-dire le laisser couler dans la réalité de votre vie, résoudre vos
problèmes, apaiser votre angoisse et enrichir votre culture. L'Imam Ali (p) dit
à ce propos: «Voilà le Coran. Interrogez-le. Il ne parle pas, mais je vous dis
ce qu'il peut vous apporter: il renferme la science de l'avenir, un discours sur
le passé, le remède de vos maux, l'arrangement de ce qui se passe entre vous».
C'est donc le livre du passé, du présent et de l'avenir.
Le passé,
parce qu'il relate les histoires des anciennes nations, lesquelles histoires
sont riches en leçons, en expériences, en maximes, axiomes et sentences.
Le présent,
parce qu'il juge entre nous nos litiges et nous appelle à ce qui est de notre
intérêt.
L'avenir,
parce qu'il attire notre attention sur ce qui nous sera utile dans le futur et
nous informe de ce qui attendra les peuples et les nations dans l'avenir et dans
leur vie future et après leur mort.
L'Imam Ali (p)
affirme que lorsqu'il avait entendu le Prophète (P) dire un jour, en parlant de
l'avenir: «Il y aura des troubles», je lui demandai: «Et comment s'en sortir?»,
il me répondit: «Faites appel au Livre d'Allah, lequel vous relate les récits de
ceux qui vous ont précédés, vous prédit ce qui adviendra à ceux qui vous
succéderont, et arbitre entre vous, car le Coran est une parole décisive (qui
tranche entre le vrai et le faux) et non une plaisanterie frivole».(19)
L'interrogation
du Coran, c'est-à-dire son application dans la réalité conduit à la découverte
d'innombrables théories importantes, de concepts nouveaux et de méthodes de
travail adéquates.
L'interrogation
du Coran pourrait consister aussi à nous poser des questions et à y rechercher
les réponses dans le Saint Livre, ou bien à méditer longuement et profondément
ses versets, à sonder leurs contenus latents, déduire leurs suggestions
implicites, et à nous inspirer de la pléthore d'idées judicieuses qu'ils
renferment pour les appliquer dans les différents domaines de notre vie. Tout
ceci est exprimé dans cette parole succincte des Imams d'Ahl-ul-Bayt (p): «Les
versets du Coran sont des trésors: chaque fois que tu ouvres ces trésors, tu
dois les regarder longuement». Un tel regard scrutateur et méditatif que les
Imams d'Ahl-ul-Bayt (p) nous demandent de réserver aux versets coraniques
requiert:
a)- Une
lecture posée, attentive et réfléchie, et non une lecture en diagonale qui
consiste à parcourir le texte très rapidement
b)- La
scrutation et la profonde méditation des significations et des contenus des
versets
c)- Le
déploiement d'un effort particulier en vue de capter les différents horizons que
projettent les versets coraniques car le Coran n'est pas un simple livre
d'histoire, mais un livre d'histoire et d'actualité, et même l'histoire y est
utilisée au service de la réalité.
4- Un discours
universel:
Le Coran ne s'adresse pas seulement au peuple parmi lequel il a été révélé, mais
à toute l'humanité, à tous les hommes de toutes les époques, et même au dernier
homme qui existera sur terre. De même qu'il s'adressait à l'Arabe de l'époque de
la révélation, de même il s'adresse à vous et à moi, ainsi qu'à nos futurs
arrière-petits-enfants et à leurs descendants. De là, les versets coraniques,
même révélés à une occasion spécifique et concernant un individu ou un groupe
particulier, regarde également tout le monde y compris nous-mêmes. Ainsi cette
parole du Coran: «Nous
vous nourrissons pour plaire à Dieu seul nous n'attendons de vous ni
récompenses, ni gratitude»,(20)
bien qu'elle fût révélée dans une intention particulière, à savoir mettre en
évidence les mérites de l'Imam Ali (p) et de Fâtimah al-Zahrâ' (p), qui se sont
passés pendant trois jours consécutifs de leurs repas de rupture de jeûne pour
les céder successivement à un indigène, un orphelin et un captif, elle s'adresse
en réalité à tout un chacun et aux Musulmans de toutes époques pour les inciter
à nourrir les nécessiteux pour la Face d'Allah, pour faire le bien par amour
d'Allah et pour offrir l'aumône pour l'amour d'Allah. Elle nous demande à nous
tous de nous adonner aux actes de bienfaisance uniquement pour l'agrément
d'Allah et non celui des hommes, et sans aucun calcul d'intérêt personnel.
5- Le Coran
est un critère:
une échelle de mesure, un miroir et une balance qui sert à préciser la valeur
des hadiths, des avis et des concepts. En d'autres termes, nous devons
confronter chaque hadith de la Sunna au texte coranique afin de juger de son
authenticité: s'il s'accorde avec le Livre d'Allah, nous l'adoptons, mais s'il
s'y oppose, nous le rejetons. En effet, selon le Hadith: «Tout hadith qui ne
concorde pas avec le Livre d'Allah est faux ornement».
6- Le Coran
est un programme éducatif
en vue de réformer les moeurs corrompues et promouvoir une noble morale. En
effet, selon un hadith: «Allah - le Très-Haut, le Sublime - n'a fait à personne
une exhortation égalable au Coran, lequel est la Corde solide qui relie à Allah
(...). On y trouve le printemps du coeur et les sources de la Science. Le coeur
n'a d'autre brillance que le Coran, lors même que ceux qui se rappellent sont
partis et ceux qui restent sont les oublieux et les faux oublieux (qui font
semblant d'oublier)».
Les
expressions «printemps du coeur» et «la brillance du coeur» dénotent que la
rouillure et la stérilité de l'âme dont souffrent certains d'entre nous
requièrent un printemps pour transformer la stérilité ou la disette en une
verdure mûre, et la rouillure en une face polie et brillante. Or, il n'y a que
le Coran qui possède ce pouvoir. Selon un hadith: «Fais revivre ton coeur par
les exhortations», car l'exhortation est une vie, et étant donné que le Coran
est la meilleure et la plus efficace des exhortations, raviver nos coeurs
stériles, rouillés et apathiques se fait par la visite du thérapeutique
coranique. Quelqu'un qui souffre d'angoisse, d'insomnie et de troubles
psychologiques ou psychiques ne recourt-il pas à un cabinet de traitement
psychologique, psychanalytique ou psychiatrique? Essayez donc de vous diriger
vers le centre thérapeutique coranique, et vous y verrez des merveilles
7- Les
différents types de lecteurs du Coran:
Certains hadiths ont classifié les lecteurs du Coran en différentes catégories.
Ainsi, selon l'Imam Muhammad al-Bâqer (p), il y a trois sortes de lecteurs du
Coran:
a)- Un homme
qui en lisant le Coran en fait une marchandise lui permettant de se remplir les
poches auprès des gouvernants et de se vanter devant les gens.
b)- Un homme
qui en lisant le Coran mémorise ses feuilles, mais perd de vue ses stipulations.
c)- Un homme
qui en lisant le Coran en utilise et en applique le médicament sur sa maladie.
La question
qui se pose est: de quelle catégorie faisons-nous partie lorsque nous lisons le
Coran? Il est évident que chacun de nous doit souhaiter être classé dans la
troisième catégorie.
8- Notre
Référence doctrinale:
Certains hadiths nous indiquent que la connaissance de nos doctrines et
croyances ne peut être acquise d'une façon juste qu'à travers le Coran, lequel a
fixé les repères de la voie à emprunter de telle sorte qu'il n'y ait pas moyen
de s'égarer.
Selon un
hadith: «Demandez votre voie vers votre Seigneur au Coran». Or, si ce Livre
Sacré est notre guide vers notre Seigneur, il va de soi qu'il est aussi notre
guide vers la Prophétie de notre Prophète (P), vers notre résurrection le Jour
du Jugement et vers les fondements et les branches de notre Religion.
Comment le
Coran nous demande-t-il de traiter avec lui?
Par Sa Grâce
et Sa Miséricorde, Allah, le Très-Haut, a appris aux Musulmans comment traiter
avec leur Livre Premier. En effet, plusieurs versets coraniques nous le font
savoir:
1- La
méditation:
«Ne
méditent-ils pas le Coran? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs
coeurs?».(21)
Cela signifie
qu'il faut déployer tous les efforts possibles pour réfléchir à chaque mot, à
chaque stipulation, à chaque parabole du Coran, afin d'essayer d'atteindre tout
ce qui est accessible de leur portée, et ne pas se contenter de lire ce Livre
riche en enseignements de toutes sortes comme une juxtaposition de signifiants
(mots) et de belles phrases rhétoriques. Autrement, on risque d'être semblable à
ceux dont les coeurs sont verrouillés, imperméables à la lumière du Coran et à
ses innombrables bienfaits. Or un coeur privé de l'éclairage du Coran et fermé
aux brises du Livre céleste est un coeur à l'air vicié et plongé dans
l'obscurité, comme une ruine ou une maison abandonnée. La lumière coranique ne
pénètre que dans une oreille attentive à la Parole d'Allah, dans un coeur qui le
médite et une âme réceptive à ses pluies irrigatrices.
2- La
compréhension:
Car Allah dit: «Oui,
Nous avons facilité la compréhension du Coran en vue du Rappel. Y a-t-il
quelqu'un pour s'en souvenir?».(22)
Le Coran est
clair, explicite et facile à comprendre dans les différentes
composantes de son tissu: ses récits, ses leçons à tirer, ses concepts et ses
préceptes. Tout ce qu'il renferme constitue des directives et des prescriptions
divines visant à nous sortir du cercle de l'oubli et de l'insouciance vers les
mondes de la conscience, du rappel et du réveil.
Beaucoup de
facteurs nous aident à lire le Coran avec réflexion et méditation, dont:
a)- Lire ce
que nous pouvons du Coran, c'est-à-dire ce que nos circonstances nous permettent
d'en lire. Lorsqu'Allah nous dit: «Récitez donc ce qui vous est possible du
Coran»(23), cela signifie que nous ne
sommes pas tenus à lire un nombre déterminé de versets coraniques chaque jour ou
à chaque lecture, mais que nous avons la liberté d'en lire ce que nous pouvons.
Car ce qui importe avant tout ce n'est pas le nombre de versets ou de Sourates
qu'on lit, mais la qualité de la lecture, une lecture marquée par la réflexion
et la méditation sur chaque mot et chaque verset que nous récitons.
b)- Lire
lentement: Allah dit «Un Coran que Nous avons fragmenté, pour que tu le
lises lentement aux gens»(24), afin que les Musulmans
apprennent ce Livre divin peu à peu, fragment par fragment. Il est dit d'après
la Tradition que le Prophète (P) apprenait aux Musulmans chaque fois dix
versets. Il ne passait aux dix versets suivants qu'une fois qu'ils avaient
assimilé les dix précédents. Il va de soi que l'apprentissage ne se limitait pas
à la mémorisation des mots et à la compréhension des sens, mais comprenait
également l'application des principes et enseignements que sous-tendaient les
versets appris.
3-
L'Isti'âthah(25)
avant la lecture: Allah dit: «Lorsque
tu lis le Coran, demande la protection d'Allah contre le Diable
banni»(26),
car le propre du Diable est de nous distraire de tout acte de bienfaisance et de
toute bonne action par lesquels nous recherchons la proximité d'Allah, puisqu'il
a promis et juré: «Je
les guetterai sur Ton Droit-Chemin (pour les en éloigner)».(27)
Donc pour entrer dans l'univers du Coran sans obstruction, nous nous devons de
solliciter la protection d'Allah contre le Diable banni qui fait tout pour nous
distraire et nous empêcher de tirer du Livre céleste tout ce qu'il peut nous
apporter. En effet, le meilleur protecteur, le meilleur défenseur et le meilleur
conjurateur contre les menées subversives du Diable est Allah: «Je
cherche la protection du Seigneur des hommes, Roi des hommes, Dieu des hommes,
contre le mal du tentateur qui se dérobe furtivement, contre celui qui souffle
le mal dans les coeurs des hommes, qu'il soit au nombre des djinns ou des
hommes».(28)
Autrement nous risquerions de nous contenter de prononcer des mots abstraits ou
des signes graphiques machinalement sans chercher à méditer leurs profondes
significations, et de terminer ainsi la lecture de la sourate coranique sans en
laisser des traces sur notre conscience . Or une telle lecture
irréfléchie
ou
mécanique équivaut à un bavardage, c'est-à-dire inutile.
4- L'Ecoute et
le silence:
Conformément à cette stipulation divine: «Et
lorsqu'on récite le Coran écoutez-le attentivement et observez le silence, afin
que vous obteniez la Miséricorde (d'Allah)».(29)
Car celui qui entend le Coran dans des moments où il a l'esprit tranquille et
qu'il l'écoute attentivement, ne le percevrait pas de la même manière dont il le
perçoit lorsqu'il est distrait. Combien de fois ne nous est-il pas arrivé de
lire des versets coraniques sans qu'ils laissent en nous des effets
particuliers, alors qu'en les écoutant réciter lentement par une voix
mélancolique et affligée qui inspire le recueillement, nous ressentons fortement
l'incarnation de ce qu'ils dénotent, comme si nous vivions de visu les
spectacles terrifiants de l'Enfer ou euphorique du Paradis. De même, il arrive
que l'écoute attentive de la récitation lente et mélancolique de certains
versets coraniques, que nous avions lus sans qu'ils nous aient laissés
indifférents, éveille en nous le désir de l'accomplissement des bonnes actions
et la répugnance de la malveillance et de la méchanceté.
N'est-il pas
dit qu'un groupe de Djinns souscrit au Coran après l'avoir écouté N'est-il pas
dit aussi qu'un groupe parmi les polythéistes de Quraych adoptèrent le Coran
après l'avoir écouté N'est-il pas dit qu'un groupe de non-musulmans
s'attachèrent au Coran après l'avoir écouté Qui sait Un verset coranique eût pu
(et peut) changer le cours d'une vie d'un homme ou même d'un peuple
5- La
Récitation lente et soignée (tartîl):
permet
d'embellir la voix qui récite le Coran, et de laisser un plus grand effet sur
l'auditeur: «Et
récite le Coran lentement et avec soin».(30)
Le Prophète (P) nous dit à ce propos: «Toute chose possède une parure, celle du
Coran est la belle voix».
6- Se référer
aux gens du Rappel:
lesquels sont les connaisseurs avérés et désignés du Coran, à qui nous devons
nous référer pour connaître les significations et les sens des versets
coraniques, puisqu'Allah nous dit: «Interrogez
les gens du rappel, si vous ne le savez pas»(31)
et «Ne
connaît son interprétation qu'Allah et ceux qui sont enracinés dans la
Science».(32)
Mais qui sont ces connaisseurs du Coran à qui Allah nous renvoie pour mieux
comprendre Son Livre? Les avis des mufassirs
(interprète ou exégètes du Coran) divergent à ce sujet, mais il est très
probable et vraisemblable que les gens désignés par ce terme sont les Imams
d'Ahl-ul-Bayt (p) qui tiennent la Science du Livre du Prophète (P) lui-même. Or,
qui mieux que lui, à qui le Coran a été révélé pourrait connaître les tenants et
les aboutissants du Livre céleste? On pourrait évidemment se référer de nos
jours et en l'absence des Imams, aux Ulémas
de la Umma, qui ont appris la science coranique par des méthodes adéquates et
dont les interprétations sont dépouillées d'extrémisme partisan, d'impropriété,
et d'idées extravagantes.
Comment le
Coran critique-t-il ceux qui le traitent improprement?
Le Coran
critique, gronde et blâme les gens qui ne le connaissent que par sa forme et son
apparence. Afin que nous ne soyons pas au nombre de ces gens, nous devons éviter
les attitudes honnies et condamnables suivantes vis-à-vis du Livre céleste:
1- Le
délaissement du Coran:
Car Allah dit:
«Le Prophète dit: Seigneur, mon peuple a pris ce Coran pour quelque chose de
délaissé».(33)
Ils l'ont
délaissé au bénéfice d'une autre référence en le sous-estimant, en le
dépréciant, omettant de le lire, de l'entendre réciter, de le contempler, d'en
faire, comme cela se doit, l'arbitre dans les affaires de leur vie, et de s'y
conformer. Ils ont agi ainsi comme quelqu'un qui abandonne sa maison qui
constitue un modèle de perfection sur tous les plans pour vivre dans une ruine
obscure ou dans le vagabondage, ou comme quelqu'un qui délaisse la source
première du savoir et de la science pour aller les rechercher dans une référence
secondaire, obscure et infime.
2- La
non-méditation du Coran:
Allah dit:
«Ne méditent-ils pas le Coran? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs
coeurs?».(34)
Ici ce qui est
incriminé et fustigé, c'est la lecture superficielle, dépourvue de toute
réflexion, de toute méditation et de tout approfondissement des concepts et
horizons coraniques. C'est une lecture quantitative et non qualificative. Une
lecture sans âme, sans émotion ni interaction, dans laquelle les yeux du visage
fixent les lignes, alors que la vue de l'intellect
et du coeur se
promène ailleurs.
3- Croire en
une partie du Livre et en rejeter l'autre:
Allah dit:
« ... auriez-vous donc foi en une partie du Livre tout en mécroyant en une
(autre) partie?».(35)
Certains
Musulmans agissent comme l'ont fait avant eux les Juifs et les Chrétiens qui
«ont fait du Coran des fractions diverses (afin de provoquer des
discordes)»(36), en croyant dans la partie du
Coran qui concorde avec leurs caprices, leurs humeurs, leurs désirs et leurs
ambitions, alors qu'ils en récusent tout ce qui les contredit et s'y oppose. Le
Coran condamne donc sans appel ce procédé de mise en pièces de son unité.
4- Troquer à
bas prix les versets du Coran,
c'est-à-dire ne pas en croire réellement ou ne pas s'y conformer dans notre vie
pratique. Allah stigmatise donc cette attitude dans les termes suivants:
«Ils
troquent à vil prix les Signes d'Allah (...). Leurs actes sont très
mauvais».(37)
Nous devons
donc considérer chaque Signe d'Allah avec toute l'attention due, essayer de
comprendre tout ce qu'il dénote et connote, et en traduire le contenu dans notre
comportement, notre pensée et tout au long de notre cheminement.
5- La
contradiction et la dualité de la connaissance du Coran et de la non-application
de ses enseignements:
Allah nous
interpelle: «Et comment pouvez-vous ne pas croire, alors que les Versets
d'Allah vous sont récités?».(38)
Effectivement,
comment peut-on apprendre et connaître la bonne voie et emprunter par la suite
une fausse piste, ou acquérir une bonne connaissance et adopter une attitude qui
lui soit contraire Ceux qui sont visés et honnis par ce verset coranique
connaissent le Chemin mais en dévient, voient la Lumière, mais ferment les yeux
et s'en détournent, savent où se trouve la Vérité, mais persistent dans les
fautes, comme en témoigne cette Parole divine:
«Vois
comment Nous leur expliquons les Signes, et puis vois comment ils s'en
détournent».(39)
Lorsqu'on a
une carte claire et dont les indications sont indiscutables, et qu'on décide
cependant de suivre, selon ses caprices, un itinéraire différent ou opposé, ne
risque-t-on pas de s'éloigner de sa destination?
6- Se
détourner et s'écarter des Enseignements du Coran ne pas observer ses directives
et ses interdictions.
Une telle
attitude ne reflète pas une contradiction entre la connaissance du Coran et sa
non-application, mais plutôt l'ignorance ou la négligence pure et simple des
versets coraniques. On fait comme si on ne les entendait pas ou comme si vous
vous adressiez à quelqu'un qui vous entend sans vous répondre, comme si vous
parliez à quelqu'un d'autre que lui ou comme s'il n'était pas concerné par la
parole que vous lui adressez. Le Coran décrit cette attitude comme suit:
«Et il ne
leur vient aucun des Signes (versets) d'entre les Signes de leur Seigneur, sans
qu'ils ne s'en détournent».(40)
7- L'absence
d'effet ou l'insensibilité:
Il y a une
catégorie des lecteurs et des auditeurs du Coran chez lesquels les mots du Noble
Livre entrent d'une oreille et en sortent immédiatement de l'autre sans
effleurer leur esprit, leur coeur ou leur âme. Allah dit à ce sujet:
«Le moment
n'est-il pas venu pour ceux qui ont cru, que leurs coeurs s'humilient à
l'évocation d'Allah et devant ce qui est descendu de la vérité
(Coran)?».(41)
Il arrive que
vous lisiez un roman et que vous soyez ému par ses péripéties ou ses personnages
au point même que des larmes perlaient dans vos yeux à cause d'une scène
dramatique. Il arrive aussi qu'à la lecture d'un recueil de poèmes enflammés,
votre enthousiasme monte en flèche, ou qu'un livre d'exhortations sensibilise
vos sentiments et attendrisse votre coeur. Vous est-il arrivé des fois la même
chose lors de la lecture du Coran? Certains versets coraniques ne vous ont-ils
pas ému jusqu'aux larmes en pensant aux méfaits que vous aviez commis et qui
appellent le châtiment terrible d'Allah? D'autres versets qui évoquent le
Paradis et ses délices ne vous ont-ils mis dans un état d'extase et
d'enchantement physiques ou affectifs? Certaines exhortations du Coran ne vous
touchent-elles pas parfois droit au coeur? Telle est la différence entre une
lecture attentive, alerte et émotive et une lecture machinale et apathique. Il
est intéressant et instructif de méditer sur les propos suivants du Prophète (P)
concernant la lecture du Coran: «Je m'étonne comment ne vieillis-je pas en
lisant le Coran». C'est dire combien la lecture consciente et attentive de ce
Livre céleste laisse des empreintes profondes sur l'esprit et la vie du lecteur
Comment faire
couler le Coran dans notre vie?
Maintenant il
s'agit de répondre à la plus importante des questions que nous nous sommes
posées au début de ce livre, à savoir comment laisser le Coran couler dans notre
vie, comme l'eau coule dans la rivière, le sang dans les veines, le soleil et la
lune dans leurs orbites respectives? Ou en d'autres termes comment traiter avec
le Coran pour vivre en communion et en symbiose avec lui?
1- «J'ai
retrouvé le Coran»:
Sayyed Qutub, l'auteur du célèbre exégèse (tafsîr),
"Fî
Dhilâl
al-Qur'ân"
écrit: «J'ai lu l'interprétation du Coran dans les livres d'exégèse et j'ai
entendu son explication par mes professeurs. Néanmoins, je n'ai pas retrouvé
dans ce que j'ai lu et entendu, ce beau Coran délicieux que j'avais connu
pendant mon enfance et ma jeunesse. Je suis retourné alors au Coran en le lisant
lui-même et non dans les livres d'exégèse, et là j'ai retrouvé mon beau et
bien-aimé Coran. Dieu merci, j'ai retrouvé le Coran».
Cette dernière
phrase «j'ai retrouvé le Coran» signifie bien entendu qu'il l'avait perdu dans
une situation donnée avant de le retrouver dans une autre situation. Il l'avait
perdu, lorsqu'il lisait l'explication du Coran, et non la Parole d'Allah
elle-même. Cela ne veut pas dire bien entendu que la lecture du commentaire du
Coran est inutile, bien au contraire, c'est un facteur très important de la
bonne compréhension du Coran. Mais il s'agit ici de souligner la beauté
intrinsèque du Coran et les effets mystérieux, suggestifs et profonds qu'il
laisse sur le lecteur ou l'auditeur.
Donc pour que
nous retrouvions nous aussi le Coran, il nous faudrait en faire trois lectures:
a)- Le lire à
travers les livres d'exégètes afin d'en comprendre les sens et les
significations.
b)- Le lire
directement afin de sentir et vivre son âme et son esprit, respirer ses
atmosphères, et nous éclairer de ses lumières.
c-) Le lire
(ou le faire couler) dans notre vie afin qu'il soit le maître et le guide de
notre existence vers le bien et la vertu. Il est indispensable d'exposer ou de
présenter la réalité que nous vivons au Coran, tout comme nous exposons nos
visages devant une glace, afin qu'il soit le miroir de notre vie, dans lequel
nous voyons sa beauté et sa laideur.
2- Lisez le
Coran comme s'il avait été révélé à vous:
Le célèbre poète et philosophe, Muhammad Iqbâl al-Lâhûrî(42),
parlant de l'histoire de sa compréhension du Coran et de son attachement
pathétique à ce Livre céleste, dit: «Je m'appliquais à lire le Coran chaque jour
après la prière du matin. Mon père venait alors chaque fois me demander ce que
je faisais et je lui répondais chaque fois que je lisais le Coran. Ceci a duré
trois ans. Un jour je lui ai demandé: - "O père Pourquoi me poses-tu sans cesse
la même question à laquelle je donne toujours la même réponse, et malgré cela tu
continues à la poser encore et encore?" Mon père m'a répondu: - "Ah mon fils
J'ai voulu te suggérer de lire le Coran comme s'il avait été révélé à toi
personnellement." Depuis ce jour j'ai commencé à comprendre vraiment le Coran, à
m'y attacher réellement, à m'inspirer de ses lumières et à composer mes vers
avec ses perles».
Le conseil du
père du grand Iqbâl est un appel à lire les versets coraniques comme s'ils
venaient d'être fraîchement révélés, à vous lecteurs, personnellement. Il vous
appartient maintenant de savoir comment répondre à cet appel ou plutôt comment
réagir positivement à ces versets qui s'adressent à vous?
Ne croyez-vous
pas que lorsque vous êtes personnellement, et à l'exclusion de tout autre,
concerné par quelque chose, vous vous y intéressiez de près, et beaucoup plus
que vous ne le feriez, si ce quelque chose regardait quelqu'un d'autre que vous?
On rapporte que quand l'Imam al-Hassan Ibn Ali (p) lisait un verset dans lequel
figurait la mention: «O vous qui croyez ... », il disait immédiatement:
«Je suis à Toi, O mon Dieu, je réponds à Ton appel». Il se sentait donc concerné
par cet appel et qu'il s'adressait à lui personnellement. La matérialisation ou
la traduction de cette idée dans la pratique est que nous devrions vous ou moi,
lecteurs du Coran, nous tenir prêts à répondre positivement à ce qu'Allah nous
demande de faire (ou de ne pas faire) dans Son Noble Livre. Si je pense que
l'appel d'Allah s'adresse à quelqu'un d'autre que moi, je n'y prêterais
peut-être pas autant d'attention. Essayez donc d'imaginer que les appels du
Coran s'adressent à vous exclusivement.
3- Faites du
Coran votre compagnon inséparable sans tarder:
La compagnie du Coran est un enrichissement infini. Il n'est pas un lecteur
assidu, réfléchi et appliqué qui fait du Coran son compagnon sans qu'il n'en
tire de tels avantages et bénéfices que tous les livres existants réunis ne
pourraient lui procurer. Si vous lisez ce Noble Livre alors que vous êtes encore
un enfant ou encore tout jeune, il coulera en vous comme le sang qui coule dans
vos veines. En effet, selon le Hadith: «Quiconque lit le Coran pendant qu'il est
jeune, il se mélange à son sang et à sa chair», c'est-à-dire qu'il pénètre dans
son entité et y adhère inséparablement.
Il est
instructif de reproduire à cet égard le témoignage suivant de l'un des grands
«récitateurs»(43) (muqri') du Coran, le
Cheikh Abû-l-'Aynayn Chu'aycha': «Un désir ardent de réciter le Coran à l'instar
des Cheikhs qui venaient du Caire, de Tanta et d'al-Mansourah pour animer les
soirées dans notre village m'habitait depuis ma tendre enfance. Je ne jouais pas
avec les autres enfants, mais j'allais aux réunions des «récitateurs» et je
m'asseyais à leurs pieds pour les écouter jusqu'à ce que le sommeil m'envahisse.
Je dormais alors sur place, par terre (...). D'autre part, comme le cours de
Coran dispensé à l'école ne satisfaisait pas mon désir ardent de cette matière,
j'ai quitté mon établissement scolaire pour rejoindre l'école coranique du
Cheikh Yûsof Chatta, où j'ai pu apprendre le Coran par coeur en deux ans».
Un autre
témoignage significatif de l'importance de se lier d'amitié avec le Coran depuis
la première enfance est celui du grand exégète (mufassir), Sayyed Qutub, dans la
dédicace de son oeuvre à sa mère: «Combien de fois, alors qu'on écoutait les
"récitateurs" réciter avec soin le Coran dans notre maison, tout au long du mois
de Ramadhân, et que j'essayais de babiller comme les enfants, tu m'en
décourageais d'un geste ou d'un chuchotement ferme de ta part, ce qui me
ramenait à l'écoute de la récitation dont la mélodie imprégnait alors rapidement
mon âme, lors même que je ne comprenais pas encore la signification de ce que
j'écoutais (...). Tu nous a quittés, o mère, et la dernière image de toi, fixée
dans ma mémoire est que tu es assise à la maison à côté de la radio, en train
d'écouter la belle récitation du Coran, alors que les traits de ton noble visage
dénotaient que tu en saisissais - par ton grand coeur et ta sensibilité
clairvoyante - les visées et les secrets».
C'est ce qui
explique sans doute la raison pour laquelle Fatimah al-Zahrâ' (p), la fille du
noble Prophète (P) tenait à placer sur ses genoux ses deux fils al-Hassan et
al-Hussain pendant qu'elle lisait le Coran.
Est-il donc
trop tard pour toi, o jeune lecteur, d'établir un tel rapport affectueux avec le
Coran? Non, la voie est encore grand ouverte devant toi pour nouer un rapport de
solide amitié et de compagnie intime avec le Livre d'Allah. Commence donc tout
de suite.
4- Arrête-toi
sur les versets comme tu t'arrêtes aux panneaux de signalisation:
La lecture continue qui ne marque aucun arrêt et aucune pause ne laisse pas au
lecteur l'opportunité de méditer, de repenser, d'apprécier et de délecter le
texte qu'il lit. Alors que les lecteurs attentifs et méditatifs vous disent
souvent en parlant du Coran, que tel ou tel autre verset les a interpellés ou
les incités à s'y appesantir, ce qui laisse penser que ces versets ont attiré
leur attention sur des points ou des notions qu'ils n'avaient pas remarqués
avant.
Essaie donc de
t'arrêter sur les versets qui t'interpellent, comme si tu étais devant un beau
tableau dont le charme t'attire et t'incite à le délecter et à le regarder avec
une attention soutenue et un oeil scrutateur pour y découvrir ce que tu ne
pourrais pas voir en y jetant un regard furtif, un coup d'oeil passager.
Peut-être es-tu en compagnie du Coran depuis longtemps, mais un arrêt prolongé
et méditatif à certains versets pourrait t'amener à apprécier beaucoup plus
cette compagnie.
L'Imam
al-Sâdiq (p) dit à ce propos: «Le Coran ne doit pas être lu hâtivement, mais
récité lentement et avec soin. Si tu rencontres au hasard de ta lecture un
verset dans lequel le Paradis est mentionné, arrête-toi un instant pour demander
à Allah - Il est Sublime et Exalté - de t'accorder le Paradis, et lorsque tu
tombes sur un verset qui mentionne l'Enfer, arrête-toi et invoque la protection
d'Allah contre l'Enfer».
On peut
étendre cette méthode de lire - ou de dialoguer avec - le Coran comme suit:
a)- Si tu
rencontres un verset comprenant un istighfâr, (demande de pardon), prie
alors Allah de pardonner tes fautes et péchés.
b)- Si tu
rencontres un verset dans lequel le mot rahmah (Miséricorde)
est mentionné, demande alors la Miséricorde du Créateur, le Tout-Miséricordieux,
le Très-Miséricordieux.
c-) Si tu
rencontres un verset qui comporte une leçon à tirer, une réflexion à retenir,
réfléchis-y et médite alors sur les événements qu'ont connus les peuples passés,
comme si tu en faisais partie.
d)- Si tu
passes par un verset qui comporte la notion de gratitude, rappelle-toi alors
certains des bienfaits qu'Allah t'as accordés, remercie-Le et prie-Le de les
perpétuer .
e)- Si tu
rencontres un verset qui parle de repentir, demande alors à Allah la repentance
de tes fautes .
f)- Si tu
rencontres un verset qui appelle à la bonne action, dis: Labbayka allâhumma
labayka (Je suis à Toi, O mon Dieu, je réponds à Ton Appel). Puis promets
d'accomplir la bonne action évoquée et surtout tiens ta promesse.
g)- Si tu
rencontres un verset qui comporte une prière de demande (du'â'), répète
cette prière comme si c'est toi qui en étais l'auteur et demande à Allah
d'exaucer pour toi le voeu ou de satisfaire le besoin qui y est exprimé.
Ainsi, si tu
veux tirer plus d'avantages des versets coraniques, mieux les délecter et être
plus motivé à appliquer les enseignements qu'ils connotent, arrête-toi alors à
chacun d'eux, comme on s'arrête devant chaque panneau de signalisation pour en
tirer la signification spécifique.
Un spécialiste
des études coraniques écrit: «Le Coran nous offre à travers ses sourates
(chapitres), ses sections, ses versets et même par les noms de ses sourates des
clés de travail, des signaux, des codes qui, si nous les saisissons bien et nous
y conformons d'une façon adéquate, nous permettent de poser nos pieds sur
l'endroit idoine et d'effectuer des premiers pas congruents à nos démarches.
Citons ici, à titre d'exemple, trois sourates qui portent respectivement les
noms suivants: «Al-Qalam» (La Plume), «Al-Chûrâ» (La Consultation), et
«Al-Hadîd» (Le
Fer). Or les équivalents ou la connotation thématiques de ces trois noms sont:
«Le Savoir», «La Liberté» et «La Force».
Or, c'est
exactement ce dont nous avons besoin essentiellement dans notre vie
contemporaine pour progresser.
5- Le Livre du
«Bon Droit» (haqq) et de la
«Vérité» (haqîqah):
Depuis que l'homme a été créé, sur cette terre, il n'a jamais cessé de
rechercher la Vérité et le Bon Droit. Tantôt sa recherche aboutit, tantôt ses
efforts restent vains. Il arrive qu'on lui dise telle est la Vérité, alors que
c'est faux, et tel est le Bon Droit, alors qu'il est revêtu de l'habit du Faux.
Mais pourquoi
donc allez rechercher la Vérité en tâtonnant et en la cherchant si loin, alors
qu'elle est tout près, à portée de la main, clairement indiquée dans notre Noble
Coran: «Le Faux ne l'atteint d'aucune part, ni par devant ni par derrière
(il est immunisé contre l'erreur), c'est la révélation émanant d'un Sage, Digne
de louange»(44), «La Vérité émane de votre
Seigneur: quiconque le veut, qu'il croie, et quiconque le veut, qu'il
mécroie».(45)
Pourquoi donc
perdre notre temps à prospecter les vérités légales, doctrinales, conceptuelles
etc ... dans un autre livre que le Coran, alors que celui-ci est l'origine, le
fondement et le critère de toutes les vérités? Il est la Base, le Point de
départ, la Source et la Référence de notre pensée et de notre vie: «O vous
qui croyez Répondez à Allah et au Messager lorsqu'il vous appelle à ce qui vous
donne la vraie vie».(46) Car, c'est le Coran qui nous
indique la conception d'Allah, de l'existence, de la vie, de la société et de la
Charia (la Loi islamique) .
Ainsi, toute
vérité doit être confrontée au Coran pour voir si elle est vraiment la vérité :
toute vérité qui ne concorde pas avec ses vérités n'est qu'illusion.
6- Saluer le
Coran:
Mais comment peut-on saluer le Coran? Le saluer, c'est acquitter notre devoir
envers lui et ce en agissant comme suit:
a)- Le
vénérer, l'exalter, lui réserver la position la plus sublime - dont il est digne
- dans notre âme, notre esprit, notre coeur et nos sentiments.
b)- En faire
l'arbitre dans tous les domaines de notre vie: culturel, intellectuel, légal et
pratique, et ce en partant de lui, en y puisant et en nous y référant.
c)- Vivre avec
lui et l'accompagner comme nous le ferions avec un ami cher et fidèle. Et de
même qu'une bonne compagnie requiert l'observance des règles de la politesse, de
même la compagnie du Coran requiert qu'on ait une connaissance suffisante de
tous ses aspects: connaissance par coeur, recherche de ses significations,
méditations de ses contenus, ses mots, ses leçons etc., et des règles de sa
bonne récitation. En outre, lorsque nous lisons le Coran nous devons être en
état de pureté rituelle (tahârah), accomplir
le wudhû' (ablution partielle) avant de commencer la lecture, le lire
avec recueillement et une voix attristée, commencer la lecture par l'invocation
de la protection d'Allah contre Satan, et enfin nous conformer dans notre vie à
ses ordres et à ses interdictions.
Si nous
saluons le Coran de cette manière, il nous répondra par une meilleure salutation
en enrichissant notre esprit, en fortifiant notre âme, en purifiant notre coeur,
en ennoblissant notre mora