Mohammad Bâqer
al-Sadr
LE
MAHDI
(Le
Messie)
OU
LA FIN DU TEMPS
Traduit et édité par
Abbas Ahmad al-Bostani
Publication de la Cité du Savoir
Nouvelle édition : Juin 1999
Editeur :
Abbas Ahmad al-Bostani
(La Cité du Savoir)
C.P. 712 Succ. (B)
Montréal, Qc., H3B 3K3
Canada
E-mail : abbas@bostani.com
Copyrights: tous droits réservés à l'éditeur
ISBN: 2-922223-12-4
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Table des Matières
Note du Traducteur 5
Préface du Dr Hamid Hafni Daûd 7
Préambule 19
Comment expliquer la longévité d'al-Mahdî?
26
Le Miracle et la Longue Vie 35
Que la loi de la vieillesse soit rangée parmi
ces lois 36
Pourquoi vouloir tant Prolonger sa vie?
39
Comment s'est parachevée la Formation du Guide
Attendu? 45
Comment Croire qu'al-Mahdî a existé réellement?
52
Pourquoi le Guide n'est-il pas réapparu?
60
Un seul individu peut-il Jouer un si Grand
Rôle? 66
Quelle sera la Méthode de Chanment le Jour
Promis? 68
Indications du Coran sur Al-Mahdî
73
1- «C'est Lui qui a envoyé Son Prophète
avec la Direction et la Religion vraie 73
2- «Si tu les voyais quand ils seront
saisis de peur 76
3- «Il (Jésus) est, en vérité, l'annonce de
l'Heure 78
4- «Oui, Nous avons écrit dans
az-Zabûr 79
5- «Nous voulons favoriser ceux qu'on a
affaiblis sur terre 81
La Croyance du Sunnisme à al-Mahdî l'Attendu
82
L'authenticité des Hadîth sur al-Mahdî
89
Hadîth du Prophète (P) sur l'identité
d'Al-Mahdî 91
1- Al-Mahdî est Kinânite, Quraychite, Hâchimite
91
2- Al-Mahdî, descendant de 'Abdul-Muttalib
92
3- Al-Mahdî descend du Prophète (P)
93
4- Al-Mahdî fait partie des Ahl-ul-Bayt (les 14
Infaillibles) 94
5- Al-Mahdî fait partie de la Progéniture
"'itrah" (du Prophète (P)) 96
6- Al-Mahdî, descendant de
Fâtimah.. .. . . .96
7- Al-Mahdî sera un descendant de l'Imam
al-Hussain 98
8- Al-Mahdî est le fils de l'Imam al-Hassan
al-'Askarî 100
D'autres Hadîths confirment l'existence
d'Al-Mahdî et qu'il est bien le XIIe Imam d'Ahl-ul-Bayt 101
A- «Quiconque meurt sans avoir connu l'Imam de
son temps, mourra en jâhilite» 101
B- «La terre n'est jamais vide d'un Guide qui,
répondant pour Allah, maintient Ses témoignages ...» 103
Les Hadîth sur les "Douze Imams (p)" clarifient
le contenu des hadîth sur les "Douze Califes" 110
Les Signes et les circonstances de l'apparition
de l'Imam al-Mahdî 119
Une Autre Vision d'al-Mahdî 127
La Question d'al-Mahdî disséquée par Henri
Corbin 127
"Cet oeil de l'âme qui jamais ne sommeille"
128
Chronologie : Les Douze Imâm d'Ahl-ul-Bayt
139
Bibliographie sommaire 143
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Ce livre était à
l'origine une préface destinée à un grand ouvrage(1) sur l'Imam
al-Mahdî. (‘aj)
Mais vu son
importance, sa méthodologie scientifique et la notoriété de son auteur, il fut
publié comme un livre à part.
Aussi ne doit-on
pas espérer y trouver une étude documentaire ni des détails historiques inédits
sur l'Imam al-Mahdî, une telle recherche étant largement menée dans de nombreux
ouvrages spécialisés à cet effet.
Mais le mérite et
l'originalité de ce livre réside d'une part dans le fait qu'il répond à
l'essentiel de la question d'al-Mahdî - à savoir pourquoi et comment croire à
al-Mahdî? - et d'autre part dans sa méthodo-logie scientifique.
En effet, après
avoir rappelé que "l'idée" d'al-Mahdî - l'avènement d'un "Messie Annonciateur"
de la fin des temps - fait l'objet de la croyance unanime de toutes les écoles
juridiques islamiques - et non pas des Chî'ites seulement - et qu'elle est même
antérieure à la naissance de l'Islam, il note que l'incarnation de cette "idée"
dans la personne de l'Imam al-Mahdî, (disparu depuis plus de mille ans et
toujours vivant - selon la croyance des Chî'ites imâmites duodécimains(2)) soulève une
série d'inter-rogations et un certain scepticisme chez beaucoup de Musulmans.
Après quoi, il regroupe ces interrogations sous forme de sept questions
principales et s'applique à y répondre selon une méthodologie scientifique
qu'aucun esprit rationnel ne saurait contester, pour nous montrer que ce qui
semblerait ordinairement inconcevable - la longévité d'al-Mahdî, plus de mille
ans - peut être scientifiquement possible et logique-ment plausible lorsqu'on
procède par une analyse scientifique et un examen approfondi du problème.
L'intérêt de ce
livre ne se limite donc pas à la réponse qu'il apporte aux interrogations des
croyants, mais peut s'étendre également aux matérialistes, aux incrédules et aux
inconditionnels de "la preuve scientifique", tout au moins par sa méthodologie,
qui consiste à traiter scientifiquement une question de la métaphysique, du
prodige et du surnaturel.
PRÉFACE
du Dr Hamid
Hafni Daûd,
chef du
département de la littérature arabe
à la
Faculté de linguistique,
Université
Ayn Chams, Egypte.
Le
Professeur Mohammad Bâqer al-Sadr est un savant érudit, et une personnalité
brillante qui fait la fierté de la pensée moderne. Ses livres, ses recherches et
ses articles se distinguent par une objectivité dépouillée de toute position
partisane, passionnelle ou d'intérêt personnel. De là les études dans tous les
domaines qu'il a abordés ont-elles valeur de valeurs intellectuelles, si j'ose
dire.
En
effet, il est l'un des rares savants à allier dans son style les deux piliers de
l'originalité de l'expression:
a) la
peinture artistique
b) le style
scientifique et de procès-verbal.
Lorsqu'il
aborde un sujet aussi délicat que celui d'al- Mahdî, il lui apporte sûrement un
nouveau crédit; car ce sujet relève du domaine du mystère et de la révélation,
tout comme la "Descente de Jésus"(3), la "Sortie
d'al-Dajjâl", l' "apparition de l'âne", ainsi que bien d'autres questions dont
l'idée ne peut être traitée par l'expérience tangible dans les usines de la
nature ou les laboratoires de chimie, et qui doivent être soumises à un autre
type de démonstration, approprié à leur nature spirituelle; ou en d'autres
termes les questions dont la démonstration repose sur l'expérience spirituelle,
si l'expression est exacte.
Si
nous exceptons la première époque de l'Islam - jusqu'à la fin du IIIe siècle de
l'Hégire - les penseurs musulmans se sont divisés en deux groupes face à la
question d'al-Mahdî: un groupe qui croit fermement qu'al-Mahdî réapparaîtra, le
moment venu. Il fonde cette croyance sur des hadîths du Prophète, celui-ci étant
un homme véridique dont les paroles sont certitudes.
Les
penseurs appartenant à cette catégorie - qui forment la majorité de la Umma -
n'ont pas besoin de preuves et d'arguments pour croire à al-Mahdî; car leur foi
en "Al-Mahdî" est telle qu'elle atteint le degré de certitude, et ils
ressemblent en cela à quelqu'un qui croit aux mystères comme s'ils se
matérialisaient sous ses yeux.
Cette foi,
Dieu l'accorde à qui IL veut parmi les fidèles de la Umma(4) du Maître des
Prophètes, Muhammad, Umma que Dieu a distinguée des autres nations selon le dire
même de notre Messager: «Aucune autre Umma n'a reçu autant de certitude que la
mienne».
Le
second groupe - très minoritaire, Dieu merci - se comporte comme s'il croyait à
une partie du Livre tout en en rejetant l'autre. Il entend analyser les
questions religieuses dans les limites de la logique de sa raison, comme si les
mystères et les textes révélés devaient se traiter de la même manière que les
autres questions de l'univers. Il ne croit qu'à l'expérience du laboratoire et
récuse tout ce qui ne s'y rapporte pas.
On
ne peut qualifier ces gens-là d'ignorants - car il y a parmi eux des hommes
cultivés et même spécialisés dans des cultures variées - ni de sots, car ils
comptent des esprits intelligents et doués. Ils nous rappellent plutôt cette
prière du Prophète: «O Mon Dieu! Je t'implore de me protéger d'une science
inutile».
L'intelligence
dont ils sont dotés, l'expérience et la science qu'ils ont acquises ne leur
servent à rien; car ils ne possèdent pas l'esprit de discernement ou la raison
capable de résoudre les questions intellectuelles et les problèmes de la vie: en
un mot la raison que j'ai tendance à qualifier de "raison canonique" à laquelle
Dieu a conféré l'efficacité et la faculté de marier l'instrumental(5) et le rationnel.
Le
niveau de ces gens-là - quel que soit le degré de spécialisation qu'ils ont
atteint dans leurs connaissances - s'arrête là où s'est arrêté le niveau des
matérialistes, et ils sont par conséquent privés du bienfait de cet événement
extraordinaire (le phénomène d'al-Mahdî) et de tous les faits religieux qui
tiennent du prodige.
En
outre, la "raison philosophique" est incapable de réaliser les perceptions
spirituelles alors que "la raison canonique" y parvient, comme nous l'avons
expliqué.
A
l'époque moderne, ce chaos s'est accentué et étendu lorsque les gens ont été
éblouis par les progrès des sciences naturelles, et ont constaté les grandes
réalisations dans la voie de la découverte des secrets encore inconnus de
l'univers, et le progrès enregistré par les savants matérialistes quant aux
moyens des différentes sciences, dont les applications sont devenues si
évidentes dans les domaines de la technologie que l'homme se croit être à un
niveau où il pourrait faire aboutir toutes ses revendications vitales et
satisfaire avec facilité tous les besoins de sa vie, en appuyant tout simplement
sur quelques boutons pour obtenir ce qu'il veut en temps de paix comme en temps
de guerre.
Ayant vécu
les applications de ces sciences naturelles à la maison, à l'usine et dans la
rue, l'homme moderne en a subi l'influence, laquelle, s'est manifestée sous
forme d'un doute obsédant à l'encontre de tout ce qui n'est pas matérialiste,
doute qui a atteint son âme et son cur en le privant du bienfait de la
certitude. C'est pourquoi il a renié tous ces prodiges, et est devenu incrédule
en ce qui concerne tous les miracles similaires.
Ainsi,
parler de la métaphysique et des événements rapportés tantôt par le Coran tantôt
par la Sunna, est devenu une question spéculative que le savant - si érudit et
si compétent soit-il - ne pourrait plus inculquer dans l'esprit de cette
minorité de contemporains.
Les anciens
Musulmans - aussi bien Sunnites que Chî'ites - ont été unanimes sur la vérité
d'al-Mahdî, sur le fait qu'il est de la Famille du Prophète, qu'il est le
descendant d'al-Hussayn, que Dieu le réformera en un jour ou en une nuit, qu'il
fera régner la justice et l'équité sur la terre à un moment où celle-ci aura été
remplie d' injustice et d'iniquité, qu'il gouvernera sur la terre pendant sept
ou neuf ans - selon les différents hadîths - qu'il conduira l'humanité au
bonheur alors qu'elle aura sombré dans la misère, qu'il accueillera Jésus, fils
de Marie, à sa "descente", que ce dernier priera derrière lui... ainsi que bien
d'autres indications et prédictions mentionnées dans environ 39 hadîths - de
sources Sunnites - et 300 hadîths - de sources Chî'ites imâmites.
Donc le
consensus chez les deux parties - Sunnite et Chî'ite - sur l'existence
d'al-Mahdî, et sa réapparition lorsque le monde se trouvera en crise et que la
situation des fidèles sera troublée, n'est pas sujet à caution. Mais là où les
deux parties divergent, c'est lorsque les Chî'ites croient qu'al-Mahdî, fils
d'al-Hassan al-'Askari, a disparu quelques années après sa naissance bénie,
alors que les Sunnites sans avoir des doutes sur la vérité d'al-Mahdî, croient
toutefois que Dieu le créera le moment venu pour qu' il accomplisse les prodiges
dont les hadîths parlent.
C'est donc
à propos de la croyance selon laquelle la vérité d'al-Mahdî (vérité admise par
tous les Musulmans) se rapporte bien à la personne de Muhammad al-Mahdî, fils de
l'Imam al-Hassan al-'Askari que son Eminence le Professeur Mohammad Bâqer
al-Sadr a choisi la méthode scientifique pour démontrer au lecteur musulman -
quelle que soit l'École juridique (math-hab) à laquelle il appartient - que
cette croyance n'est pas en contradiction avec le "possible rationnel" et le
"possible scientifique", bien qu'elle s'oppose à ce qui est "pratiquement
possible".
Par
conséquent la démonstration de l'existence et de la vie d'al-Mahdî depuis le
IIIème siècle de l'Hégire jusqu'à nos jours n'est pas inadmissible pour la
raison, notamment sur les plans philosophique et scientifique, tout en étant
difficilement concevable dans son application.
Le
différend entre les Imâmites et les Sunnites ne concerne pas l'essentiel, à
savoir la venue d'un homme qui réformera la Umma après une longue période de
souffrance et de persécution qui frappent durement les Musulmans, et notamment
les adeptes de la voie idéaliste, lesquels sont façonnés par les murs et la
conduite des Ahl-ul-Bayt (la Famille du Prophète) en s'attachant aux idéaux
mohammadites et aux valeurs islamiques, au mépris des philosophies réalistes et
matérialistes qui favorisent les intérêts personnels au détriment de l'intérêt
général de la Umma (la nation islamique).
Tous ces
concepts qu'incarne la personnalité d'al-Mahdî font l'objet du consensus unanime
des deux parties de la Umma et sont concordants chez toutes les écoles
islamiques politiques et jurisprudentielles. Si nous dénombrions ici tous les
hadîths rapportés par des gens parfaitement crédibles, et dignes de la confiance
de tous, concernant ce sujet, nous nous écarterions de l'objet de cette préface.
Il nous suffit, toutefois, de citer al-Majlicî et al-Tûsî parmi les
Chî'ites ja'farites, al-Safarini parmi les Hanbalites, al-Chûkânî parmi les
Zaydites, ainsi que Siddîq Hassan Khan et Muhammad Ibn al-Hussayn al-Abiri.
Tout ce que
ces hommes ont rapporté sur la personnalité d'al-Mahdî appartient aux
conclusions des imams de l'ijtihâd
absolu des huit écoles jurisprudentielles, et notamment des cinq les plus
adoptées d'entre elles, celles de l'Imam Ja'far al-Sâdiq (Ja'farite), de ses
deux disciples Mâlik (Mâlikite) et Abou Hanîfah (Hanafite), d'al-Châfi'î
(Châfi'ite), d'Ibn Hanbal (Hanbalite).
Quant aux
fondateurs des trois autres écoles: al-imam Zayd (Zaydite), Abâdh (Abâdhite),
Dâwûd al-Dhâhir (Dhâhirite), nous ne leur connaissons pas une seule parole qui
renie cette vérité.
Même ceux
qui sont extrémistes dans leurs recherches jurisprudentielles, tels que les
Kharijites, Ibn Hazm, Ibn Taymiyyah et Ibn 'Abdul Wahhâb la confirment
unanimement. Or chacun d'eux est, à notre avis, considéré comme "mujtahid d'une école", bien qu'ils ne soient
pas au niveau de la première catégorie de l'ijtihâd absolu.
Le
différend entre les Sunnites et les Chî'ites sur cette question est donc
purement formel et ne constitue pas un véritable sujet de discorde. Il se limite
à ceci que les premiers (les Sunnites) estiment que Dieu créera "Al-Madhi", le
moment venu, à la fin des temps, lorsque les crises se multiplient et deviennent
aiguës, qu'il est de la Famille du Prophète, qu'il descend de Fâtimah, et qu'il
constitue l'un des grands signes de l'Heure, comme l'affirme le hadîth
prophétique; alors que les seconds (Chî'ites) croient qu'il s'agit de Muhammad
Ibn al-Hassan al-'Askari qui entra dans le caveau de Samarra'(6) en l'an 255(7) de l'Hégire, et
que Dieu le fera réapparaître à la fin des temps pour qu'il gouverne l'humanité
selon la Voie sublime suivie par 'Alî Ibn Abî Tâlib et ses descendants.
De
tels différends sont à notre avis formels, car le prodige d'al-Mahdî ne se
limite pas au fait qu'il vit 1300 ans, mais réside surtout dans 1'acceptation
des "gens des deux poids"(8) (la Umma) de se
soumettre à lui et de suivre sa Voie, ses idéaux et ses valeurs héritées du
Prophète et des Imams "Bien Guidés et Bons Guides d'Ahl-ul-Bayt".
Sans doute
la doctrine adoptée par les Imamites dans ce domaine est-elle plus révélatrice
du prodige d'al-Mahdî et encore plus, de l'honorabilité et de la noblesse de la
position qu'il occupe dans la Umma, sans pour autant avantager une des deux
parties - les Chî'ites et les Sunnites - par rapport à l'autre; car le critère
de la doctrine se limite ici à l'essence du prodige et au Message par lequel
Dieu qualifie al-Mahdî.
Le
savant Mohammad Bâqer al-Sadr, lorsqu'il se penche sur le second aspect de ce
prodige, veut en couvrir tous les aspects essentiels et formels qui mettent en
évidence son auteur (de ce prodige), c'est-à-dire "Al-Mahdî". Et étant donné
qu'il s'agit là d'une question qui relève du domaine spirituel et dogmatique, sa
démonstration s'avère des plus difficiles même pour quelqu'un d'aussi enraciné
dans la science que l'érudit al-Sadr.
Par
démonstration, j'entends ici la démonstration scientifique qui peut convaincre
les penseurs contemporains, notamment les réalistes, les expérimentateurs, les
pragmatistes, ainsi que tous les adeptes du matérialisme.
Avec
l'habileté du véritable savant, son Eminence Al-Sadr (auquel Dieu avait conféré
la disposition et l'instrument - par disposition j'entends: le don naturel
d'analyse des questions religieuses, et par instrument: le fait de posséder et
de réunir en lui, sous une forme encyclopédique rarement égalée, les différentes
parties des sciences instrumentales et rationnelles, canoniques et
cosmogoniques) a pu traiter de ce prodige, d'une façon scientifique, exactement
comme le fait le savant naturaliste ou le chimiste dans le laboratoire pour
convaincre ses adversaires ou détracteurs.
Je
ne peux donc que lui serrer la main pour le féliciter du grand succès qu'il a
réalisé dans l'interprétation de ce prodige d'al-Mahdî, en expliquant aux
chercheurs logiciens les degrés de la vraisemblance, en établissant, avec le
doigté du savant chevronné, un dosage entre le possible réel, le possible
scientifique et le possible logique en ce qui concerne l'âge d'al-Mahdî depuis
le IIIème siècle de l'Hégire jusqu'à nos jours, et en faisant valoir qu'une
telle longévité, si elle n'est pas plausible sur le plan de la réalité, est
concevable sur le plan philosophique, et que si la science refuse d'envisager
une vie humaine qui s'étend sur 1300 ans, il n'est pas impossible
scientifiquement que, dans des cas exceptionnels, les cellules vivantes
l'emportent sur les facteurs de leur destruction et de leur anéantissement.
Je
veux dire par là que les expériences des biologistes effectuées sur certains
animaux, pour étudier la possibilité de prolonger la vie au-delà de ses limites
habituelles, montrent que les hypothèses avancées par le savant al-Sadr, sont
scientifiques et possibles du point de vue de la Science.
Mais ce
succès remporté sur les détracteurs et les adversaires de la religion sur leur
propre terrain, est aussi confirmé par la science instrumentale (le Hâdith et le
Coran). Ainsi, ce Hâdith prophétique rapporté par des sources concordantes:
«Vous suivez les règles de vos prédécesseurs au point d'entrer dans le trou du
lézard s'ils vous précédaient», signifie que la Umma du Prophète Muhammad
incarne, en les résumant, tous les prodiges et les miracles qui s'étaient
produits déjà chez d'autres nations, et ne concerne pas seulement, comme
certains le croient, les péchés et les malheurs.
La
preuve en est que cette Umma n'a subi ni éclipse, ni dynamitage, ni camouflet,
grâce à la position privilégiée de son Prophète auprès de Dieu. Il s'agit donc
bel et bien des prodiges semblables à ceux des missions prophétiques
précédentes, tels que le miracle des "Gens de la Grotte" (Ahl al-Kahf) et celui
d'Al-Aziz.
De
cette façon la démonstration scientifique de l'érudit al-Sadr se trouve
confirmée par l'argument coranique.
Si
Al-Aziz et son âne ont pu être morts pendant cent ans puis ressuscités par la
volonté de Dieu, et si les "Gens de la Grotte" ont pu dormir, sans discontinuité
et sans boire ni manger pendant trois cents ans, pourquoi Dieu ne
réaliserait-t-IL pas le même miracle, en la personne d'al-Mahdî, pour la Umma de
Son Bien-Aimé Muhammad?
En
outre, selon les ulémas qui réunissent en eux la Loi révélée, la Vérité et la
Nature, la vie ne prend pas fin - légalement - avec la fin de la résistance du
corps aux facteurs de destruction internes et externes, mais lorsque la
Providence en fixe le terme.
A
propos de ce mystère que ne connaissent que ceux qui sont enracinés dans la
science, l'Imam 'Alî, grand-père des Imams a dit: «Ce qui conserve l'homme,
c'est le terme de sa vie», et non pas sa santé ou les facteurs constructifs qui
résistent aux facteurs destructifs.
Je
ne puis conclure ma préface qu'en exprimant mes vifs éloges pour la plaidoirie
méritoire de Sayyed al-Sadr en faveur du prodige de l'Imam al-Mahdî, plaidoirie
formulée d'une façon scientifique conforme à l'esprit de l'époque contemporaine,
car je ne pouvais pas imaginer qu'un savant musulman essaye un jour de concevoir
ces miracles de la même façon scientifique dont j'ai traité, il y a vingt ans,
le miracle d' "Al-Isrâ' wal-Mi'râj". Je trouve donc dans son essai un
encouragement à ce que j'avais essayé de faire jadis...
Dr Hamid
Hafni Daûd
PRÉAMBULE
AU NOM DE
DIEU, LE CLÉMENT,
LE
MISÉRICORDIEUX
Al-Mahdî
n'est pas seulement l'incarnation d'une doctrine islamique à caractère
religieux, mais aussi le titre d'une aspiration à laquelle l'humanité a souscrit
dans ses différentes religions et doctrines, et la formulation d'une inspiration
innée à travers laquelle tous les autres humains, malgré la diversité de leurs
doctrines et la divergence de leurs voies conduisant au mystère, se rendent
compte que l'humanité connaîtra le Jour Promis où les messages divins,
réaliseront leur objectif final et dévoileront leur signification grandiose, et
où la marche pénible à travers l'histoire aboutira à la stabilité et à la
tranquillité, après tant d'efforts.
La
conscience de l'échéance imminente de ce jour "métaphysique" et de cet avenir
promis n'est pas le propre de ceux qui croient religieusement au mystère; elle
s'est étendue à d'autres catégories et a trouvé même un écho dans les idéologies
et les courants doctrinaux les plus réfractaires à la métaphysique et aux
mystères, tel que le matérialisme dialectique qui explique l'histoire par les
contradictions et croit à l'avènement d'un jour promis où disparaîtront toutes
ces contradictions pour céder la place à l'entente et à la paix.
Ainsi, nous
constatons que l'expérience psycho-logique que l'humanité a faite de cette
conscience à travers l'histoire est la plus grande et la plus généralisée des
expériences des êtres humains. Lorsque la religion appuie ce sentiment
psychologique général de l'avènement d'un jour où la terre sera couverte de
justice et d'équité après qu'elle aura été pleine d'injustice et d' iniquité,
elle lui confère une valeur objective et l'érige en une croyance ferme en
l'avenir de l'humanité, croyance qui n'est pas seulement une source de
consolation, mais également une source de force et d'impulsion intarissable,
parce qu'elle est une lueur de lumière qui résiste au désespoir flambant dans le
cur de l'homme, malgré les ténèbres des drames et le gigantisme de l'injustice,
car le jour promis montrera que la justice pourra affronter un monde imprégné d'
injustice et d'iniquité et en ébranler les piliers afin de le reconstruire sur
une nouvelle base, et que l'injustice, si tyrannique, si puissante et si étendue
soit-elle, ne représente qu'une anomalie condamnée à disparaître.
Cette
défaite cuisante et inévitable de l'injustice à un moment où elle se trouvera au
sommet de sa gloire, redonnera à tout homme et à toute nation victimes
d'injustice, un grand espoir de pouvoir modifier les équilibres établis et de
rééquilibrer la situation.
Si
l'idée d' "Al-Mahdî" est plus vieille que l'avènement de l'Islam et dépasse les
limites de celui-ci, ses aspects détaillés que le message islamique a définis
sont en revanche les plus aptes à satisfaire l'ensemble des aspirations liées à
cette idée depuis l'aube de l'histoire, et les plus exaltants pour les
sentiments des victimes d'injustice et des damnés de la terre tout au long de l'
histoire. Car l'Islam a transformé l'idée du mystère en une réalité et l'a
ramenée de l'avenir au présent.
Alors
qu'elle n'était qu'une aspiration à un sauveur que ce bas-monde engendrera dans
un avenir lointain et inconnu, l'Islam l'a transformée en une croyance à
l'existence effective du sauveur qui aspire, comme tout le monde, au jour promis
où toutes les conditions objectives seront réunies pour lui permettre de jouer
son rôle déterminant.
Al-Mahdî
n'est plus donc une idée dont nous attendons la naissance, ni une prédiction à
la réalisation de laquelle nous aspirons, mais une réalité que nous voulons
vivre et un homme en chair et en os, qui vit parmi nous, qui nous voit, qui vit
nos espérances et nos douleurs, qui partage nos tristesses et nos joies, qui
assiste avec peine aux supplices des "suppliciés", à la misère des misérables et
à l'injustice, en attendant impatiemment le moment propice qui lui permettra de
tendre la main à toutes les victimes de l' injustice, à tous ceux qui vivent
dans la privation, à tous les misérables, et de venir à bout des injustes.
Dieu a
voulu que ce Guide Attendu ne se manifeste pas en public ni ne dévoile sa vie
aux autres, bien qu'il vive parmi eux et attende avec eux le moment promis.
Il
est évident que l' "idée" (d'Al-Mahdî), réduit, par ses aspects islamiques, le
fossé métaphysique entre toutes les victimes de l'injustice et le sauveur
attendu, et raccourcit le pont qui les relie à lui, quelle que soit la longue
durée de l'attente.
Quant à
nous, lorsqu'on nous demande de croire à l'idée d' "Al-Mahdî", en tant qu'un
homme à l'identité précise, vivant comme nous vivons et qui attend comme nous
attendons, on veut nous suggérer que l'idée du refus absolu de toute injustice
et de toute tyrannie qu'il représente, est incarnée effectivement par le Guide
contestataire attendu qui réapparaîtra avec un casier blanc, n'ayant pas prêté
serment d'allégeance à un injuste - comme mentionné dans le hadîth - et que
croire en lui, c'est croire et emboîter le pas à ce refus vivant qui existe
effectivement.
Dans les
hâdiths, il y a exhortation constante à l'attente du Salut, et recommandation à
ceux qui croient à AL-Mahdî, de se préparer à sa réapparition, car cette attente
incarne la liaison spirituelle ou le lien intime entre eux et lui. Un tel lien
ou une telle liaison ne pourrait exister si le Mahdî ne se matérialisait pas
effectivement sous sa forme d'homme vivant contem-porain.
Ainsi,
cette incarnation a donné une nouvelle impulsion à l'idée d'Al-Mahdî - et en a
fait une source de générosité et de force plus puissante. En outre, tout
contestataire se sent consolé, soulagé et apaisé des peines et de l'injustice
qu'il a subies, lorsqu'il voit que son Imam et Guide éprouve et partage - en
tant qu'homme contemporain vivant avec lui, et non comme une simple idée future
- ses douleurs.
Mais la
personnification de l'idée d'Al-Mahdî a suscité en même temps chez certains
individus qui avaient des difficultés à concevoir cette idée, des attitudes
négatives. Ceux-ci se demandent en effet:
1) Si
Al-Mahdî était l'expression d'un homme toujours vivant à travers des générations
et depuis plus de dix siècles, et qu'il continuait ainsi jusqu'à sa
réapparition, comment expliquer une telle longévité et comment pourrait-il
échapper aux lois de la nature qui imposent à tout homme de passer par l'étape
de la vieillesse et de la sénilité en un laps de temps infiniment plus court,
étape qui le conduit immanqua-blement à la mort? Une telle longévité n'est-elle
donc pas possible sur le plan de la réalité?
2) Pourquoi
Dieu prendrait-IL tant de soins de cet homme en particulier, suspendant pour lui
la Loi de la nature? Pourquoi ferait-IL l'impossible pour prolonger sa vie et le
garder pour le Jour Promis? L'humanité est-elle atteinte d'une stérilité qui la
rendrait incapable d'engendrer des dirigeants compé-tents? Pourquoi Dieu ne
confierait-IL pas le Jour Promis à un guide qui naîtrait à l'aube de ce Jour-là,
qui grandirait comme tout le monde et qui jouerait progressivement son rôle
jusqu'à ce qu'il eût rempli la terre de justice et d'équité après qu'elle fut
pleine d'injustice et d'iniquité.
3) Si
"Al-Mahdî" est le nom d'une personne précise, en l'occurrence, le fils du 11e
Imam d'Ahl-ul-Bayt(9), - né en l'an
256(10) de
l'hégire, quelques années avant le décès de son père en l'an 260 H. - cela
signifie qu'il était encore un enfant d'à peine cinq ans à la mort de son père,
et qu'à cet âge, il n'eût pas le temps de recevoir de son père une formation
religieuse et intellectuelle complète; comment aurait-il donc pu compléter sa
formation en vue de jouer intellec-tuellement, religieusement et
scientifiquement son grand rôle?
4) Si ce
guide était déjà formé et qu'il était prêt à assumer sa mission, pourquoi
attendre des centaines d'années? Les calamités et désastres sociaux que le monde
a connus ne constitueraient-ils pas une raison suffisante pour qu'il
réapparaisse et fasse régner la justice sur la terre?
5) Et même si
nous supposions qu'Al-Mahdî puisse exister, comment pourrions-nous y croire?
L'homme peut-il se permettre de croire au bien-fondé d'une hypothèse de ce genre
sans qu'il repose sur une preuve scientifique ou légitime incontestable?
Quelques hâdiths attribués au Prophète (P)et dont on ne connaît pas la véracité,
suffisent-ils pour admettre l'hypothèse en question?
6) Comment
concevoir qu'on ait préparé pour Al-Mahdî ce rôle colossal et déterminant dans
la vie du monde, alors qu'un individu, si extraordinaire soit-il, ne peut à lui
seul faire l'histoire ni la mener vers une phase nouvelle; étant donné que ce
sont les circon-stances objectives et leurs contradictions qui font mûrir les
graines et attisent le foyer du mouvement de l'histoire, et non pas la grandeur
de l'individu, laquelle ne peut que proposer celui-ci à être la façade desdites
circonstances et l'expression pratique des solutions qu'elles nécessitent?
De
quelle façon cet individu pourrait-il réaliser la transformation considérable et
la victoire décisive de la justice et du message de la justice sur toutes les
entités de l'injustice, de l'iniquité et de la tyrannie, lesquelles possèdent
tant de pouvoir et d'influence, disposent de tant de moyens de destruction et
d'anéantissement, de tant de ressources scientifiques, de tant d'autorité
politique, sociale et militaire?
Ces
questions pourraient se poser souvent et d'une façon ou d'une autre. Leurs
véritables motifs ne sont pas uniquement d'ordre spéculatif, mais aussi d'ordre
psychologique. Ce qui les suscite, c'est le prestige de la réalité qui prévaut
dans le monde, et le sentiment d'avoir peu de chance de pouvoir la changer
radicale-ment.
Et
autant cette réalité qui domine notre monde suscite en nous ce sentiment, autant
les doutes se renforcent et les interrogations se multiplient. Ainsi, le
sentiment de défaite, d'effacement et de faiblesse conduit l'homme au surmenage
psychologique dès qu'il se met à penser au processus d'une grande transformation
en vue de dépouiller le monde de toutes les conditions et de toutes les
injustices qui sévissaient au long de l'histoire, et de lui donner un contenu
nouveau, fondé sur le bon droit et la justice.
Aussi, son
surmenage l'incite-t-il à douter de la possibilité de voir cette grande
transformation se matérialiser, et même à s'efforcer de la récuser pour une
raison ou une autre.
Nous allons
répondre successivement et dans les limites que nous impose ce bref exposé(11) à chacune de
ces questions.
COMMENT
EXPLIQUER
LA
LONGÉVITÉ D'AL-Mahdî?
Ou
en d'autres termes, est-il possible qu'un homme puisse vivre plusieurs siècles,
comme ce grand Guide dont on attend qu'il change le monde, et qui est censé être
âgé de plus de 1140 ans, c'est-à-dire 14 fois plus âgé qu'un homme ordinaire qui
traverse toutes les phases normales de la vie, de l'enfance à la vieillesse?
Le
mot possibilité peut signifier ici soit une possibilité pratique (appliquée),
soit une possibilité scientifique, soit une possibilité logique ou rationnelle.
Par possibilité pratique, j'entends: ce qui est réalisable pour des gens comme
vous et moi ou pour tout homme ordinaire comme nous. Ainsi voyager à travers
l'Océan, atteindre le fond de la mer, monter jusqu'à la lune... tout cela est
devenu chose effectivement prati-cable, car il y a des gens qui le font
réellement, d'une façon ou d'une autre.
Par
possibilité scientifique, j'entends les choses que des gens, comme vous et moi,
ne pourraient pas mettre en application par les moyens dont dispose l'humanité
contemporaine, mais dont la possibilité de réalisation dans certaines conditions
et par des moyens spéciaux - ne peut être écartée par la science et ses
orientations changeantes.
Ainsi, rien
dans la science n'autorise de récuser la possibilité pour l'homme de monter vers
la planète Vénus. Au contraire, les indices scientifiques actuels militent en
faveur d' une telle éventualité, bien qu'un exploit de ce genre ne soit pas à la
portée de tout le monde. Car, en fait, la différence entre l'ascension vers la
Lune et l'ascension vers Vénus n'est qu'une question de degré, et ne représente
que l'aplanissement de quelques difficultés supplémentaires, dues au supplément
de distance entre la première et la seconde planète. Donc atteindre à Vénus est
possible scientifiquement, bien que ce ne le soit pas effec-tivement. En
revanche, atteindre le Soleil, en plein ciel, n'est pas possible
scientifiquement, c'est-à-dire que la science n'a pas l'espoir d'y parvenir,
puisqu'on ne peut concevoir scientifiquement ni expérimentale-ment la
possibilité de fabriquer la cuirasse protectrice, capable de résister à la
chaleur du Soleil qui représente une fournaise parvenue au plus haut degré que
l'homme puisse imaginer.
Par
possibilité logique ou philosophique, j'entends celle que la raison ne peut
récuser, selon les lois qu'elle perçoit à priori. Ainsi on ne saurait diviser
logiquement trois oranges en deux parties à la fois égales et sans fraction, car
la raison perçoit préalablement à toute expérience que le nombre trois est
impair et non pas pair, et qu'il ne peut être divisé en deux parties égales, une
telle division nécessitant que le nombre soit pair; autrement ce nombre serait à
la fois pair et impair, ce qui est contradictoire; or la contradiction est
logiquement impossible.
En
revanche, il n'est pas impossible, selon la logique, que l'homme puisse
traverser le feu ou monter jusqu'au Soleil sans se faire brûler par la chaleur,
car il n'y a pas de contradiction dans la supposition que la chaleur ne passe
pas du corps le plus chaud vers le corps le moins chaud; alors que cette
supposition est contraire à l'expérience, laquelle a démontré la
transmissibilité de chaleur du corps le plus chaud vers le corps le moins chaud,
jusqu'à ce que les deux corps deviennent d'une température égale.
De
ce qui précède on peut conclure que la sphère de la possibilité logique est plus
large que celle de la possibilité scientifique et celle-ci est à son tour plus
large que celle de la possibilité pratique.
En
ce qui concerne la possibilité d'une longévité s'étendant sur plusieurs milliers
d'années, elle est sans doute logiquement concevable, car du point de vue
rationnel abstrait, elle n'est pas contradiction, étant donné que la vie, en
tant que concept, ne comporte pas une mort rapide, et cela est indiscutable.
De
même, il est indiscutable que cette longue vie n'est pas possible sur le plan
pratique, ni ne saurait être identifiée à la possibilité de descendre au fond de
la mer ou de monter sur la lune; car la science, au stade où elle se trouve
actuellement, et par les moyens et les instruments dont elle dispose
effectivement jusqu'à présent, ne peut prolonger la vie de l'homme de plusieurs
centaines d'années. La preuve en est que les gens les plus attachés à la vie et
les plus qualifiés pour se servir des possibilités de la science, ne peuvent
jouir d' une vie plus longue que d' habitude.
Quant à la
possibilité scientifique d'une telle longévité, rien dans la science ne permet
de la refuser théoriquement. En fait il s'agit là d'un problème en rapport avec
la qualité physiologique du phénomène de la sénilité et de la vieillesse chez
l'homme: ce phénomène traduit-il une loi naturelle qui impose aux tissus et aux
cellules de l'homme une sénescence progressive, et une régression de
fonctionnement, une fois qu'ils arrivent au terme de leur développement maximal,
qui mène à un arrêt total de toute activité, même si on les mettait à l'abri de
toute influence extérieure? Ou bien cette sénescence et cette régres-sion dans
les tissus et les cellules du corps, découlent-elles d'une lutte qui oppose
celui-ci à des facteurs extérieurs, tels que les microbes ou l'empoisonnement
qui l'atteindraient à la suite d'une nutrition excessive, d'un travail
excessif... ou de tout autre facteur?
On
a là une question que la science se pose aujourd'hui et à laquelle elle se
propose d'apporter des réponses sérieuses et nombreuses. Si nous nous en tenons
au point de vue scientifique qui tend à interpréter vieillesse et sénilité comme
le résultat d'une lutte ou d'un contact entre le corps et des facteurs
extérieurs donnés, nous devons admettre qu'il est possible théoriquement que les
tissus du corps puissent continuer à vivre, à survivre au phénomène de la
vieillesse, et à le vaincre définitivement, si l'on parvenait à les mettre à
l'abri de ces facteurs.
Et
si nous prenons en considération un autre point de vue scientifique, celui qui a
tendance à supposer que la vieillesse est une loi naturelle inhérente aux
cellules et aux tissus vivants - c'est-à-dire que ceux-ci portent
substantiellement le germe de leur périssement inévitable qui passe par la phase
de la vieillesse et de la sénilité pour finir dans la mort - rien ne nous
empêche d'exclure l'inflexibilité de cette loi. Si nous supposons que cette loi
est cohérente, nous pensons du même coup qu'elle est sûrement flexible. Car
aussi bien dans notre vie ordinaire qu'à travers les observations des savants
dans les laboratoires scien-tifiques, on peut remarquer que la vieillesse, en
tant que phénomène physiologique, est atemporel: elle peut survenir
prématurément ou tardivement. Aussi n'est-il pas rare de voir un homme âgé
possédant des membres souples et en état de jeunesse, comme les médecins
l'affirment eux-mêmes. Les savants ont même pu profiter de la flexibilité de
cette loi pour prolonger la vie de certains animaux des centaines de fois leur
longévité ordinaire, en créant des conditions et des facteurs qui retardent
l'effet de la loi de la vieillesse.
Il
est donc établi par la science, que les effets de cette loi peuvent être
scientifiquement retardés grâce à la création de conditions et de facteurs
particuliers, bien que la science n'ait pu jusqu'à présent en faire
l'application sur des êtres aussi complexes que l'homme. La différence entre la
possibilité scientifique et l'application effective, traduit dans ce cas une
différence de degré de difficulté entre l'application (de cette possibilité) sur
l'homme et son application sur d'autres êtres vivants. Cela veut dire que sur le
plan théorique, la science et ses orientations mobiles n'ont rien qui puisse
permettre de récuser la possibilité de prolonger l'âge de l'homme, et ce aussi
bien si nous interprétons la vieillesse comme étant le produit d'une lutte et de
contacts entre les cellules humaines et des facteurs extérieurs, ou l'émanation
d'une loi naturelle inhérente à la cellule elle-même, loi qui condamne celle-ci
à s'acheminer vers l'anéantissement.
On
peut donc conclure que la prolongation de la longévité humaine de plusieurs
siècles est possible logiquement et scientifiquement, bien qu'elle ne le soit
pas encore sur le plan de l'application, mais que l'orientation scientifique
s'achemine vers la réalisation de cette dernière possibilité à long terme.
C'est à la
lumière de ces données que nous abordons maintenant la question de l'âge
d'al-Mahdî et l'étonnement et l'interrogation qu'elle soulève. Ayant démontré la
possibilité scientifique et logique d'une telle longévité, ainsi que
l'acheminement de la science vers la traduction progressive de cette possibilité
théorique en une possibilité applicable et appliquée, il nous semble que
l'étonnement n'a plus de raison d'être, sauf en ce qui concerne la difficulté
d'admettre qu'al-Mahdî ait devancé la science en transformant la possibilité
théorique en possibilité réelle, à travers sa propre personne et avant que la
science n'atteigne le niveau requis pour pouvoir effectuer réellement cette
transformation, car cela équivaudrait à dire que quelqu'un a devancé la science
dans la découverte du cancer et de la méningite.
Si
le problème réside dans la question de savoir comment l'Islam - qui a planifié
cette longévité d'al-Mahdî - a pu devancer le mouvement scientifique en ce qui
concerne cette transformation (de la possibilité théorique en possibilité
réelle), la réponse est la suivante: l'Islam n'a pas devancé le mouvement
scientifique seulement dans ce domaine, mais dans bien d'autres.
N'a-t-elle
pas lancé des slogans, qui ont servi de plans d'action que la marche
indépendante de l'humanité n'a pu concevoir que plusieurs siècles plus tard?
La
Charî'ah (la législation islamique révélée), dans son ensemble, n'a-t-elle pas
devancé de plusieurs siècles le mouvement de la science et du développement
naturel de la pensée humaine?
N'avait-elle
pas apporté des législations pleines de sagesse dont les secrets n'ont pu être
saisis que depuis peu de temps? Le Message divin n'a-t-il pas dévoilé de secrets
de l'Univers qui ne pouvaient effleurer l'esprit de personne, et que la science
a fini par reconnaître? Si nous croyons à tous ces faits, pourquoi
exclurions-nous que Dieu puisse devancer la science en ce qui concerne la
longévité d'un homme, en l'occurrence Al-Mahdî?
Il
ne s'agit là que des manifestations de prescience que nous pouvons percevoir
directement. On peut y ajouter d'autres cas que le Message divin nous informe.
Ainsi celui-ci nous révèle que le Prophète fut transporté pendant une nuit, de
la Mosquée Interdite(12) à la Mosquée
al-Aqçâ(13)!
Si
nous voulons comprendre cet événement dans la cadre des lois naturelles, il
traduit sûrement l'application de celles-ci plusieurs centaines d'années avant
que la science n'ait pu y parvenir. Donc la même expérience divine qui a permis
au Prophète de se déplacer si vite, bien avant que la science ne soit parvenue à
un tel exploit, a permis également au dernier(14) des
Successeurs "Prédésignés" du Prophète, d'avoir une vie prolongée avant que la
science ne mette en application cette possibilité.
Certes,
cette longue vie que Dieu a accordée au Sauveur Attendu paraît extraordinaire
jusqu'a aujourd'hui, par rapport à la réalité de la vie des gens et aux
expériences des savants. Mais le rôle transformateur décisif auquel ce Sauveur
est préparé n'est-il pas aussi extraordinaire en comparaison avec la vie
familière et ordinaire, et les diverses évolutions historiques que l'humanité a
vécues? N'est-il pas chargé justement de transformer le monde et de reconstruire
sa structure de civilisation sur des principes du bon droit et de la justice?
Pourquoi s'étonner du fait que la préparation de ce rôle extra-ordinaire soit
accompagnée de certains phénomènes extraordinaires et inhabituels, tel que la
longue vie du Sauveur Attendu? Si extraordinaire et inhabituel que puisse
paraître ce phénomène (la longue vie d'al-Mahdî), il n'est guère plus étrange
que le rôle extraordinaire lui-même, que le Sauveur doit jouer le Jour Promis.
Si
nous admettons la possibilité de ce rôle grandiose, unique en son genre dans
l'histoire de l'humanité, pourquoi n'admettrions-nous pas une longévité qui n'a
pas de semblable dans notre vie ordinaire?
Je
ne sais pas si c'est par pure coïncidence que les deux seuls hommes chargés de
vider l'humanité de son contenu corrompu et de la reconstruire soient dotés
d'une longévité sans commune mesure avec la nature? Le premier, c'est Noé qui a
joué son rôle dans le passé de l'humanité et dont le Coran dit qu'il a vécu
"mille moins cinquante ans" parmi son peuple, et qu'il a pu, grâce au déluge,
reconstruire le monde. Le second, c'est Al-Mahdî, qui a vécu jusqu'à présent
plus de mille ans parmi son peuple, et qui devra jouer son rôle de
Reconstructeur du monde, dans l'avenir de l'humanité, et le Jour Promis.
Pourquoi
accepter Noé qui a vécu environ mille ans et refuser Al-Mahdî?
LE
MIRACLE
ET LA
LONGUE VIE
Jusqu'à
présent nous avons établi que la longue vie est scientifiquement possible. Mais
supposons maintenant qu'elle ne le soit pas (sur le plan scien-tifique) et que
la loi de la vieillesse et de la caducité se veuille rigoureuse, que l'humanité
ne puisse la modifier ni en changer les conditions et les circonstances, ni
aujourd'hui, ni à long terme. Dans ce cas, que signifie la longue vie
d'al-Mahdî?
Elle
signifie que la longue vie d'un homme - Noé ou Al-Mahdî - étendue sur plusieurs
siècles est un défi aux lois naturelles dont la démonstration est faite par la
science et les moyens modernes de l'expérience et de l'induction.
Il
s'en suit que ce phénomène est considéré comme un miracle rendant caduque une
loi naturelle dans un cas particulier, afin de permettre de préserver la vie
d'une personne chargée de sauvegarder le message divin, et que ce miracle n'est
ni unique en son genre, ni étranger à la doctrine musulmane émanant du texte
coranique ou de la Sunna. Car en fait, la loi de la vieillesse et de la sénilité
n'est pas plus rigide que la loi de la transmission de la chaleur d'un corps
plus chaud à un autre moins chaud jusqu'à ce que leur température soit égale,
loi qui fut mise en veilleuse pour protéger la vie d'Abraham à un moment où ce
moyen était le seul adéquat pour y parvenir.
Ainsi,
lorsqu'Abraham fut jeté au feu: «Nous
dîmes: "Ô feu, sois sur Abraham, froidure et sécurité"»; et
il en est sorti indemne. Beaucoup d'autres lois naturelles ont été suspendues
pour protéger la vie des prophètes et des apôtres de Dieu sur la terre. C'était
le cas lorsque Dieu a fendu la mer pour Moïse, ou lorsqu'il a fait croire aux
Romains qu'ils avaient arrêté Jésus alors qu'ils ne l'avaient pas fait, ou
lorsqu'il a sorti le Prophète Muhammad de sa maison à l'insu de ses ennemis
Quraichites qui cernaient cette maison et le guettaient avec vigilance, en
attendant le moment propice pour l'attaquer.
Tous ces
exemples traduisent la suspension des lois naturelles en vue de protéger
quelqu'un dont la Providence veut préserver la vie.
Que la loi
de la vieillesse soit rangée parmi ces lois
De
tout ce qui précède, nous pourrions déduire un concept ou une règle générale en
vertu de laquelle chaque fois que la sauvegarde de la vie d'un Envoyé de Dieu
sur la terre dépend de la suspension d'une loi naturelle, et que le maintien de
la vie de cet individu est nécessaire à la réalisation d'une mission qui lui est
confiée, la Providence intervient pour suspendre cette loi afin de permettre
l'accomplissement de cette mission.
Et
inversement, lorsque la mission d'un individu - à laquelle Dieu l'a prédestiné -
est terminée, celui-ci passe de vie à trépas et meurt naturellement ou en
martyr, selon les lois de la nature. A propos de cette règle générale, la
question suivante pourrait se poser: comment une loi peut-elle être suspendue et
comment la relation nécessaire qui s'établit entre les phénomènes naturels
peut-elle être coupée? Une telle supposition ne contredit-elle pas la science
qui a découvert ladite loi naturelle et déterminé ladite relation nécessaire,
sur une base expérimentale et inductive?
La
réponse à ces interrogations est fournie par la science elle-même qui a renoncé
à l'idée de la nécessité dans la loi naturelle. Expliquons-nous là-dessus: la
science découvre les lois naturelles sur la base de l'expérience et de
l'observation régulière. Lorsque l'avènement d'un phénomène est toujours suivi
d'un autre phénomène, on déduit de cette succession régulière une loi naturelle
stipulant que chaque fois qu'un phénomène apparaît, un autre doit le suivre.
Mais la science ne suppose pas l'existence, dans cette loi, d'une relation
nécessaire entre les deux phénomènes et inhérente à l'un et à l'autre; car la
nécessité est un état métaphysique que ne peuvent déceler ni l'expérience ni les
moyens d'investigations inductives et scientifiques. Aussi, la logique
scien-tifique moderne affirme-t-elle que la loi naturelle - en question - telle
qu'elle est définie par la science, ne stipule pas l'existence d'une relation
nécessaire, mais seulement d'une concomitance constante entre deux phénomènes.
C'est
pourquoi si un miracle se produit qui sépare les deux phénomènes d'une loi
naturelle, il ne s'agit pas là d'une rupture d'une relation nécessaire entre les
deux phénomènes.
En
réalité, le miracle dans son acception religieuse est devenu plus compréhensible
à la lumière de la logique scientifique moderne que selon le point de vue
classique des relations causales. Car ledit point de vue classique supposait que
chaque fois que la conco-mitance entre deux phénomènes est constante il y a
forcément une relation de nécessité entre eux. Or la nécessité signifie ici
l'impossibilité de séparer les deux phénomènes l'un de l'autre. Mais cette
relation s'est transformée, dans la logique scientifique moderne, en loi de
concomitance ou de succession constante entre les deux phénomènes, qui ne
suppose pas l'existence de la nécessité métaphysique.
De
cette façon, le miracle devient un cas excep-tionnel à cette constance dans la
concomitance ou la succession, sans se heurter à une nécessité ni conduire à une
impossibilité.
Mais à la
lumière des fondements logiques de l'induction, nous sommes d'accord avec le
point de vue scientifique moderne, suivant lequel l'induction ne démontre pas
une relation de nécessité entre les deux phénomènes; toutefois nous estimons
qu'elle indique l'existence d'une explication commune à la constance de la
concomitance ou de la succession continuelle entre les deux phénomènes. Cette
explication commune peut être formulée aussi bien sur la base de la supposition
d'une nécessité intrinsèque que sur celle d'une sagesse ayant conduit le
Régulateur de l'univers à relier continuellement certains phénomènes à d'autres,
et qui nécessite parfois l'exception; auquel cas le miracle se produit.
POURQUOI
VOULOIR
TANT
PROLONGER SA VIE?
Nous
abordons maintenant la seconde question: pourquoi Dieu tient-IL tant à cet homme
en particulier, au point de suspendre pour lui les lois de la nature? Pourquoi
la direction du Jour Promis ne serait-elle pas confiée à un individu que
l'avenir engendrerait et que les circonstances préludant à ce Jour rendraient
assez mûr pour surgir sur la scène et jouer le rôle qu'on attend de lui? En un
mot: pourquoi cette longue disparition et quelle est sa justification?
Beaucoup de
gens posent ces questions et ne veulent pas entendre une réponse qui relève de
la métaphysique. Certes, pour nous la réponse est évidente: nous croyons que les
douze Imams - auxquels nous croyons - constituent un ensemble soudé dont aucune
partie ne peut être remplacée(15). Mais les
interrogateurs, eux, réclament une explication sociologique de cette question,
explication fondée sur les vérités tangibles de la grande opération de
changement qu'al-Mahdî devra mener le Jour Promis et sur les exigences concrètes
de celui-ci.
Aussi, pour
les satisfaire, laissons-nous de côté, provisoirement, notre croyance aux
caractéristiques de cet ensemble de douze imams infaillibles - dont fait partie
Al-Mahdî - et abordons la question de la façon suivante: dans la mesure où
ladite opération de changement peut s'expliquer elle-même à la lumière des lois
et des expériences de la vie, il nous reste à savoir si le prolongement de l'âge
du dirigeant qui devra la conduire constitue un des facteurs de son succès et de
son bon déroulement? (c'est ce qui nous permet de rester dans le domaine du
concret).(16)
Nous
répondons par l'affirmative à cette question, et cela pour plusieurs raisons: le
grand changement radical nécessite que son dirigeant soit dans un état
psychologique exceptionnellement favorable dans lequel il éprouve un sentiment
de supériorité vis-a-vis des entités orgueilleuses que Dieu l'a préparé à
détruire et à remplacer par une civilisation nouvelle et un monde nouveau. Car
plus la civilisation que le guide combat, lui parait banale, et plus il est
conscient qu'elle ne forme qu'un point infime sur la longue trajectoire de la
civilisation humaine, plus il se sent psychologiquement apte à l'affronter, à
lui résister et à poursuivre sa lutte contre elle jusqu'à la victoire.
Il
est évident que la force de ce sentiment doit être proportionnelle à celle de
l'entité et de la civilisation qu'on veut changer: plus cette entité est solide
et plus cette civilisation est enracinée et orgueilleuse, plus ce sentiment doit
être fort. Etant donné que le Message du Jour Promis vise à changer radicalement
un monde imprégné d'injustice et d'iniquité, ainsi que toutes ses valeurs de
civilisation et ses différentes entités, il est naturel qu'il (ce Message) exige
un exécutant dont la volonté de changement soit plus forte que le monde à
changer, et qui ne soit pas né sous la civilisation qu'on veut juguler et
remplacer par une civilisation de justice et de bon droit. Autrement, un
exécutant qui a grandi au sein d'une civilisation enracinée et couvrant le monde
de son pouvoir, de ses valeurs et de ses idées, éprouve envers elle un sentiment
d'infériorité, étant donné qu'il est né sous son règne, qu'il la voyait très
grande depuis qu'il était tout petit, et qu'il ne percevait que ses différents
aspects depuis qu'il avait ouvert les yeux.
En
revanche la situation est tout autre pour quelqu'un - comme Al-Mahdî - qui s'est
enfoncé dans les profondeurs de l'histoire et a vécu le monde avant que cette
civilisation n'ait vu la lumière, quelqu'un qui a regardé les grandes
civilisations régner sur le monde l'une après l'autre avant de s'écrouler
chacune à son tour; quelqu'un qui, après avoir vu tout cela de ses propres yeux
et non à travers les livres d'histoire, et vécu toutes les phases de formation
de cette civilisation (que le sort a voulu faire le dernier chapitre de
l'histoire de l'homme, laquelle doit s'achever sur l'avènement du Jour Promis)
puisqu'il a assisté à sa naissance sous forme de petits germes presque
invisibles, à sa première phase de formation dans les entrailles de la société
humaine où elle guettait l'occasion pour en sortir et se développer, à sa phase
de développement lorsqu'elle commença à grandir et à essayer de ramper en
trébuchant, et enfin à sa phase de redressement alors qu'elle prospérait et
tendait vers le gigantisme et la domination sur le sort du monde entier.
Oui, un tel
individu qui a vécu avec une sagacité et une lucidité parfaites toutes ces
phases, envisage ce géant - qu'il veut combattre - en homme qui a vécu
tangiblement et non à travers les livres d'histoire, cette longue étendue
historique.
Il
ne considère ce géant ni comme inéluctable ni à la manière dont J. J. Rousseau
regardait la monarchie en France. (En effet, on dit de Rousseau qu'il se sentait
horrifié à l'idée d'une France sans roi, bien qu'il fût l'un des grands penseurs
et philosophes qui appelaient à développer la situation politique en vigueur à
cette époque-là; et ce parce qu'il avait vécu et grandi sous la monarchie).
Contrairement
à Rousseau, l'homme dont les racines s'enfoncent dans l'histoire, a le prestige
et la force de celle-ci, et a le net sentiment que l'entité et la civilisation
qui l'entourent, sont les produits d'un jour de l'histoire où des circonstances
propices ont favorisé leur naissance, qu'un autre jour viendra où d'autres
circonstances les rayeront de la carte et effaceront toutes leurs traces du
passé proche et lointain, et que l'âge historique des civilisations et des
entités, si long soit-il, ne constitue que des jours comptés par rapport à la
longue vie de l'histoire.
Avez-vous
lu la sourate(17) de la "Grotte"
qui relate l'histoire de ces jeunes gens à qui Dieu "a accru la guidée"(18) après qu'ils
avaient cru en LUI ?
Savez-vous
ce que Dieu leur a fait lorsqu'ils sont tombés dans le désespoir et la
lassitude, après qu'ils s'étaient heurtés à une entité gouvernante païenne,
impitoyable et déterminée à étouffer toute graine d'Unicité, et qu'ils s'étaient
réfugiés dans la grotte pour implorer Dieu de résoudre leur problème, désespérés
qu'ils étaient d'y trouver eux-mêmes une solution, et indignés de voir le Faux
continuer à gouverner, à persister dans l' injustice, à avoir raison du Bon
Droit et à éliminer quiconque était épris du Vrai? Dieu les a endormis pendant
339 ans dans cette grotte; puis il les a réveillés et les a rendus à la vie,
après que l'entité qui les avait impressionnés de sa force et de son injustice,
s'était écroulée et était devenue un souvenir historique qui n'émeut ni
n'effraie personne; et tout cela, pour que ces jeunes gens assistent à
l'élimination de ce Faux dont ils ne supportaient pas l'étendue, la force et la
continuation, et pour qu'ils voient de leurs propres yeux sa fin et constatent
eux-mêmes sa banalité.
Si
les "Jeunes de la Grotte" ont pu assister à cette scène - qui a suscité en eux
tant d'impulsion et de fierté -à travers cet événement exceptionnel qui a
prolongé leur vie de plus de trois siècles, la même chose peut se réaliser pour
le Guide Attendu, à travers une longue vie qui lui permettra de voir le géant
alors qu'il n'était qu'un nain, l'arbre colossal, alors qu'il n'était qu'une
graine, le cyclone lorsqu'il n'était qu'un souffle.
En
outre, l'expérience que le Guide du Jour Promis acquiert en assistant à la
procession de tant de civilisations successives et en observant directement leur
mouvement et leur développement, joue un rôle important dans la formation
intellectuelle de ce Guide ainsi que dans l'expérience future qu'il doit mener,
puisqu'elle le met au contact de beaucoup de situations qui comportent des
points forts et des points faibles, des erreurs et des pertinences, et lui
confèrent une plus grande capacité d'apprécier les phénomènes sociaux, étant
parfaitement conscient de leurs causes et de leurs enchevêtrements historiques.
L'opération
de changement assignée au Guide Attendu, repose sur un message déterminé, en
l'occur-rence, l'Islam.
Il
est donc naturel que cette opération exige un dirigeant proche des premières
sources de l'Islam et ayant une personnalité forgée indépendamment et à l'abri
de toutes les influences de la civilisation qu'il est destiné à combattre. Car
un individu qui naît et grandit au sein de ladite civilisation et dont les idées
et les sentiments se forment dans son cadre, ne saurait généralement se
débarrasser des séquelles et des impacts qu'elle laisse sur lui, même lorsqu'il
est décidé de mener un combat de changement contre elle.
Pour qu'un
leader destiné à mener une bataille de changement dans une civilisation, ne soit
sous l'influence de celle-ci, il faudrait que sa personnalité soit complètement
formée dans une phase de civilisation antérieure et plus ou moins proche - dans
l'esprit général et dans le principe - de celle qui doit être instaurée sous sa
direction, le Jour Promis.
COMMENT S'
EST PARACHEVÉE
LA
FORMATION
DU GUIDE
ATTENDU?
Il
s'agit de répondre maintenant à la troisième question de la série: Comment la
formation du Guide Attendu a-t-elle pu se parachever alors qu'il n'avait vécu
auprès de son père, l'Imam al-'Askari, que jusqu'à l'âge de cinq ans à peine,
donc pendant la première enfance, ce qui ne saurait suffire normalement à la
maturation de sa personnalité?
La
réponse en est qu'al-Mahdî est devenu Imam des Musulmans en succédant à son
père, à un âge très jeune. Or il ne pouvait accéder à cette dignité (l'Imamat)
que s'il jouissait des qualités intellectuelles et spirituelles requises.
Notons à
cet égard que l'Imamat prématuré était un phénomène courant chez ses grands
parents, puisque plusieurs d'entre eux l'ont connu avant lui. Ainsi, l'Imam
Muhammad Ibn 'Alî al-Jawâd s'est chargé de cette dignité à l'âge de 8 ans,
l'Imam 'Alî Ibn Muhammad al-Hâdî à l'âge de 9 ans, l'Imam Abû Muhammad al-Hassan
al-'Askari, le père du Guide Attendu, à l'âge de 22 ans.
Nous disons
"Phénomène" de l'Imamat, car l'Imamat avait pris, sous quelques-uns des
grand-parents d'al-Mahdî, une signification concrète et pratique que les
Musulmans ont vécue dans leur expérience avec ces Imams. Aussi est-il absurde de
chercher la preuve ou la démonstration d'un phéno-mène aussi évident et clair
que l'expérience de toute une nation.
Nous nous
expliquons la-dessus, à travers les points suivants:
A. - L'Imamat
des Imams d'Ahl-ul-Bayt ne constituait pas un centre de pouvoir et d'influence
transmis héréditairement, de père en fils, et soutenu par un gouvernement, comme
c'était le cas des Fatimides et des Abbassides. Loin de là. L'Imam obtenait
l'allégeance des bases populaires en les pénétrant spirituellement et en les
convainquant intellectuellement du mérite de son Imamat et de son aptitude à
guider et à diriger la Umma sur des bases spirituelles et intellectuelles.
B. - Ces
bases populaires se sont formées depuis la première époque de l'Islam, et elles
se sont épanouies et élargies sous les Imamats d'al-Bâqer et de son fils
al-Sâdiq. L'école que ces deux Imams ont patronné parmi ces bases constituait un
courant intellectuel largement répandu dans le monde islamique et comprenant des
centaines de faqîh, de
théologiens, d'exégètes et de savants spécialisés dans les divers domaines du
savoir islamique et humain, connus à l'époque. A ce propos al-Hassan Ibn 'Alî
al-Wacha a dit: «Je suis entré dans la mosquée d'al-Kûfa et j'ai vu neuf cents
cheiks qui citaient tous Ja'far Ibn Muhammad».
C.- Les
conditions que cette école représentative des bases populaires de la société
islamique posait à la nomination d'un Imam et afin de s'assurer de sa
qualification et de sa compétence pour un tel poste, sont très sévères, car elle
croyait qu'un Imam ne méritait ce titre que s'il était le plus savant des
savants de son époque.(19)
D. - L'école
et ses bases populaires ont offert de grands sacrifices pour pouvoir défendre sa
foi en l'Imamat, car celui-ci représentait, pour le califat(20) de l'époque,
un danger menaçant sa conception, tout au moins sur le plan idéologique; et
c'est ce qui a conduit les autorités à organiser régulièrement des campagnes de
liquidation et de persécution contre les adeptes de cette école, lesquels seront
assassinés, emprisonnés ou éteints par centaines dans les ténèbres des geôles.
Cela signifie que croire à l'Imamat d'Ahl-ul-Bayt coûtait cher à ces adeptes et
ne leur offrait comme récompense que le rapprochement supposé de Dieu.
E.- Les Imams
auxquels ces bases ont prêté serment d'allégeance n'étaient pas à l'écart de
leurs partisans, ni cloîtrés dans des tours d'ivoire comme le font les sultans
avec leurs peuples. Ils ne s'en séparaient que lorsque les autorités les en
éloignaient, en les mettant en prison ou en les bannissant. On peut constater
l'existence de ces contacts permanents entre les Imams et leurs adeptes, à
travers leurs correspon-dances, à travers les visites que les fidèles rendaient
aux Imams lorsqu'ils venaient à Médine pendant la saison du Pèlerinage, à
travers les voyages que les Imams effectuaient, à travers les représentants
qu'ils envoyaient aux quatre coins du monde islamique. Un grand nombre de
rapporteurs et de transmetteurs de hadîth font état des divers contacts qui
montrent qu'il y avait un échange constant entre chaque Imam et ses bases
ramifiées à travers les différentes régions de la nation islamique et les
différentes catégories sociales.
F. - Le
Califat contemporain des Imams considérait ceux-ci et leur autorité spirituelle
comme une source de danger pour son entité et son pouvoir. C'est pourquoi, il a
tout fait pour entamer cette autorité et a été conduit même à commettre des
abus, à se montrer cruel et tyrannique, lorsque la nécessité de renforcer ses
positions se faisait sentir. Les campagnes d'emprisonnement et de persécution
contre les Imams eux-mêmes, n'ont jamais cessé; bien que de tels agissements
aient suscité le mécontentement et l'indignation des Musulmans et des partisans
des Imams, de tous niveaux.
Si
nous tenons compte de ces six points, lesquels constituent des vérités
historiques incontestables, nous pouvons aboutir à la conclusion suivante: le
phéno-mène de l'"Imamat prématuré" est un phénomène bien réel et n'a rien de
fictif; car lorsqu'un Imam monte sur la scène de la vie publique alors qu'il est
tout jeune, et s'annonce comme l'Imam spirituel et intellectuel des Musulmans,
et qu'il parvient à constituer un mouvement suivi par tant d'adeptes, il doit
nécessaire-ment faire preuve d'une connaissance remarquable dans le domaine de
la science et du savoir, et de largeur d'esprit et de compétence dans le domaine
du Fiqh (jurisprudence islamique), de l'exégèse et des doctrines; sinon les
bases populaires de l'Imamat (qui étaient comme nous l'avons indiqué, en contact
permanent avec leurs Imams, et pouvaient par conséquent connaître les détails de
leur vie et de leur personnalité) ne l'auraient pas accepté comme Imam.
Comment
peut-on, en effet imaginer que les masses, dont se composaient ces bases
populaires, soient acquises à un "Imam-enfant" qui s'annonçait devant elles, et
au vu et au su de tout le monde, comme étant l'Imam des Musulmans et l'Etendard
de l'Islam, et acceptent de sacrifier pour lui leur sécurité et leur vie, sans
se donner la peine de vérifier de quoi il était capable et sans qu'elles soient
suffisamment frappées par son Imamat prématuré pour être tentées de sonder la
réalité de ses qualifications et d'évaluer sa personnalité?
Même si
l'on suppose que ces masses n'aient rien tenté pour sonder sa qualification,
aurait-il été possible qu'elles n'aient pas fini par connaître la vérité après
des mois ou des années pendant lesquels elles étaient en contact permanent avec
cet "Enfant-Imam"? Celui-ci aurait-il pu dissimuler sa pensée et son savoir
d'enfant, malgré les contacts fréquents qu'il avait avec les fidèles, si sa
pensée et son savoir étaient vraiment ceux d'un simple enfant? A supposer que
les bases populaires de l'Imamat d'Ahl-ul-Bayt n'aient pas eu l'occasion de
découvrir la vérité de la situation (le fait que l'enfant fût réellement un
enfant et rien de plus, et qu'il n'eût pas les qualités d'Imam), pourquoi le
califat de l'époque (pour qui l'Imam représentait un véritable danger) s'est-il
tu sur cette vérité et ne l'a-t-il pas exploitée à son profit?
Pourtant,
cela aurait été tellement facile pour les autorités de l'époque - le califat -
si l'Imam al-Mahdî avait été réellement un enfant dans sa pensée et sa culture,
comme tout enfant ordinaire de cet âge! Quelle meilleure dénonciation que de
montrer aux Chî'ites et aux autres que le prétendant à l'Imamat aurait été un
enfant et rien de plus, et de démontrer ainsi son incompétence pour le
leadership spirituel et intellectuel des Musulmans?
S'il était
difficile de convaincre les gens de l'incompétence - pour l'Imamat - d'un homme
de quarante ou de cinquante ans, imbu de la culture de son époque, une telle
difficulté ne se fût pas présentée, s'il s'était agi de les convaincre de
l'incapacité d' un enfant - quelles que fussent son intelligence et sa sagacité
- d'assumer la responsabilité d'un Imamat si exigeante et si lourde chez les
Chiites Imâmites!
Cela aurait
été beaucoup plus facile, en tout cas, que les méthodes compliquées et risquées
que les autorités de l'époque ont adoptées pour combattre l'Imamat.
La
seule explication de l'abstention du califat de l'époque de jouer cette carte,
est qu'il savait que l'"Imamat prématuré" était une réalité et n'avait rien
d'artificiel. En fait, il est arrivé à cette conclusion après avoir essayé
vainement de le discréditer.
L'histoire
nous relate des tentatives de ce genre, vouées toutes à l'échec, sans mentionner
aucune situation dans laquelle l'"Imamat prématuré" eût été ébranlé ou inquiété,
ni aucun cas où l'"Enfant-Imam" eût rencontré une difficulté dépassant sa
compétence ou entamant la confiance des fidèles.
Ainsi
s'explique notre affirmation que l'"Imamat prématuré" était un phénomène réel
dans la vie d'Ahl-ul-Bayt et non une simple supposition.
Rappelons,
en outre, que ce phénomène réel n'est pas un fait sans précédent: on lui
retrouve des racines et des cas similaires dans le patrimoine divin apparu à
travers les différents messages célestes, Yahya (Jean) en est un exemple:
«...
Ô Jean!
Tiens le Livre avec force!
Nous lui
apportâmes la Sagesse,
- alors
qu'il n'était qu'un tout petit enfant -»
Coran XIX,
12.
Ayant
établi que l'"Imamat prématuré" était un phénomène qui a existé réellement dans
la vie d'Ahl-ul-Bayt, il ne nous reste aucune objection à l'Imamat prématuré
d'al-Mahdî et au fait qu'il ait succédé à son père dès son enfance.
COMMENT
CROIRE
QU'AL-Mahdî
A EXISTÉ
RÉELLEMENT?
Nous voilà
devant le 4ème problème: même si l'on admet que l'hypothèse du "Guide Attendu"
est plausible avec tout ce qu'elle comporte de longévité, d'Imamat prématuré et
d'absence silencieuse,(21) il reste que
cette plausibilité ne suffirait pas pour que l'on acquière la conviction de
l'existence effective d'Al-Mahdî. Que faire donc pour avoir cette convic-tion?
Les hadîths attribués au Prophète et rapportés par des sources livresques
suffisent-ils à nous per-suader parfaitement de l'existence effective
d'Al-Mah-dî?
Comment
prouver qu'Al-Mahdî avait une existence historique réelle et que ce n'était pas
une simple supposition érigée en réalité dans l'esprit d'un grand nombre
d'individus, à la suite des circonstances psychologiques particulières?
Notons tout
d'abord, en guise de réponse, que l'idée d'Al-Mahdî, en tant que Guide Attendu
pour le changement du monde vers le meilleur, est tirée des hadîths du Prophète
en général, des Imams d'Ahl-AI-Bayt en particulier, et confirmée dans beaucoup
de textes insoupçonnables.
Ainsi on a
décompté 400 hadîths prophétiques établis à ce sujet par des chaînes(22) Sunnites(23), et plus de
six mille par des chaînes Chî'ites et Sunnites confondues.(24) Il s'agit là
d'un chiffre record par rapport à beaucoup de questions islamiques évidentes sur
lesquelles les Musulmans n'ont pourtant pas de réserves normalement.
Quant à
l'incarnation de cette idée par le douzième Imam en personne, il y a
suffisamment d'arguments solides qui la rendent tout à fait convaincante et
qu'on peut ramener à deux types de preuves: la preuve islamique et la preuve
scientifique. La première nous permet de démontrer l'existence du Guide Attendu,
et la seconde doit nous conduire à constater qu'al-Mahdî n'est pas un mythe, ni
une pure vue de l'esprit, mais une vérité établie par la réalité historique.
La
preuve islamique consiste en des centaines de hadîths attribués au Prophète et
aux Imams d'Ahl-ul-Bayt et qui indiquent qu'Al-Mahdî fut prédésigné,(25) qu'il était de
la Famille d'Ahl-ul-Bayt, descendant de Fâtimah, de la lignée d'al-Hussain et le
neuvième descendant de celui-ci, et que les Imams successeurs du Prophète
étaient au nombre de douze. Ces hadîths précisaient donc l'"idée générale"
d'Al-Mahdî, la matérialisaient en la personne du douzième Imam d'Ahl-ul-Bayt.
Ils étaient
nombreux et répandus, malgré la prudence des Imams d'Ahl-ul-Bayt et leur souci
de ne pas trop divulguer en public la prédestination du futur Guide Attendu,
pour lui éviter toute tentative d'assassinat ou d'élimination.
Le
grand nombre de hadîths concordants n'est pas le seul critère de leur
crédibilité. D'autres indices et caractéristiques militent également en faveur
de leur véracité. Ainsi prenons l'exemple de ce Hadîth prophétique qui parlait
de futurs Imams (Califes, ou Princes, selon les différentes chaînes de
transmetteurs) et qui précisait qu'ils seraient au nombre de "douze" (à quelques
nuances près dans le texte du Hadîth, selon la source de transmission).
Il
est rapporté, selon certains auteurs, par plus de 270 Riwâyah (chaîne de
transmission) qui sont citées dans les plus célèbres recueils de hadîths,
sunnites et chî'ites, dont ceux d'al-Bukhârî, de Muslim, d'al-Tir-mithî, d'Abî
Dâwûd, ainsi que dans Musnad Ahmad, Mustadrak al-Hâkem 'Alâ al-Sahihayn.
Ce
qu'il faut surtout retenir, ici, de ce Hadîth, c'est le fait qu'il est transmis
par al-Bukhârî, un contemporain de l'Imam al-Hâdî et de l'Imam al-'Askarî (le
10e et 11e Imams), ce qui signifie qu'il était rapporté du Prophète avant que
son contenu ne se réalisât et avant que l'idée de Douze Imams ne fût
complètement matérialisée.
Cela
signifie aussi qu'on ne peut soupçonner ce Hadîth d'être transmis - et donc
formulé - sous l'influence de la réalité imâmite Duodécimaine,(26) ou le reflet
de cette réalité. Car les faux hadîths attribués au Prophète n'étaient guère
antérieurs, dans leur apparition et enregistrement, à la réalité dont ils sont
le reflet ou la justification.
Etant donné
qu'il est matériellement établi que ledit Hadîth fut enregistré avant que la
prédiction de l'avènement de Douze Imams ne soit encore complètement réalisée,
on peut s'assurer qu'il n'est pas le reflet d'une réalité, mais l'expression
d'une vérité divine, prononcée par quelqu'un (en l'occur-rence le Saint
Prophète) dont les paroles étaient des révélations et qui a dit: «Les Califes
qui me succéde-ront sont au nombre de Douze ».
La
réalité duodécimaine, commencée avec l'Imam 'Alî et achevée par Al-Mahdî était
la seule incarnation raisonnable de ce Hadîths prophétique.
Quant à la
preuve scientifique, elle consiste en une expérience que les gens ont vécue
pendant une période d'environ 70 ans: "la Petite Absence"(27).
Avant
d'entrer dans les détails de cette question, il convient d'expliquer
schématiquement ce qu'est la Petite Absence.
La
"Petite Absence" traduit la première étape de l'Imamat du Guide Attendu. En
effet, la Providence a voulu que cet Imam s'efface de la scène publique dès
qu'il a reçu la charge de l'Imamat, et qu'il gardât l'anonymat vis-à-vis des
événements, bien qu'il en soit toujours proche, de cur et d'esprit. Mais si
cette disparition avait été subite, elle aurait provoqué un grand choc chez les
bases populaires de l'Imamat dans la Umma; car ces bases étaient habituées à
avoir des contacts avec leur Imam à toutes les époques, à nouer des rapports
mutuels avec lui, à faire appel à lui pour résoudre leurs différents problèmes.
Si
l'Imam était donc disparu à l'improviste de la vue de ses Chî'ites et que
ceux-ci s'étaient sentis coupés de leur direction spirituelle et intellectuelle,
une telle disparition subite aurait créé un grand vide impromptu qui aurait pu
moissonner et effriter l'entité chî'ite. Il a donc fallu préparer les bases à
cette absence afin qu'elles s'y habituassent et s'y adaptassent progressivement.
De
là l'avènement de la "Petite Absence" pendant laquelle l'Imam a disparu de la
vie publique, tout en continuant à communiquer avec ses bases et ses Chî'ites
par l'intermédiaire de ses représentants, ses lieutenants et ses hommes de
confiance qui consti-tuaient ainsi le trait d' union entre lui et les gens qui
croyaient à sa ligne Imamite.
Les
représentants de l'Imam pendant cette période, étaient au nombre de quatre. Les
bases qui les fréquentaient en permanence étaient unanimes pour constater leur
piété, leur intégrité et leur probité. Ces représentants sont:
1-
'Othman Ibn Sa'îd al-'Omarî
2-
Muhammad Ibn 'Othman Ibn Sa'îd al-'Omarî
3-
Abul-Qâcim al-Hussain Ibn Rûh
4-
Abul-Hassan 'Alî Ibn Muhammad al-Samari.
Ils ont
rempli la tâche de représentant de l'Imam successivement et dans l'ordre établi
ci-dessus. Chaque fois que l'un d'eux mourait, un autre lui succédait par ordre
de l'Imam.
Leur tâche
consistait à prendre contact avec les Chî'ites, à transmettre leurs questions à
l'Imam et à leur en rapporter les réponses tantôt oralement tantôt par écrit.
Les masses qui étaient chagrinées par la disparition de leur Imam, trouvaient
une compensation et une consolation, dans ces correspondances et contacts
indirects, assurés par ces "Représentants",.
On
a remarqué que toutes les signatures et lettres provenant de l'Imam pendant le
mandat des quatre Représentants, qui a duré environ 70 ans, décelaient une même
écriture et les mêmes caractères, et sont donc graphologiquement uniformes.
C'était
al-Samari, le dernier des quatre Représen-tants, qui a annoncé la fin de la
phase de la "Petite Absence" qui se caractérisait par la présence d'un
Représentant nommé. A partir de la "Grande Occul-tation" il n'y a plus de
Représentants nommés et chargés de servir d'intermédiaire entre l'Imam-Guide et
les Chî'ites.
Le
passage de la "Petite Absence" à la "Grande Absence" exprime la fin des missions
de la première, puisque celle-ci, par son caractère progressif et transitoire, a
permis de prémunir les Chî'ites contre le choc et le sentiment de grand vide
qu'ils auraient pu éprouver par suite de la disparition de l'Imam, de les
adapter au fait de l'Absence, et de les préparer progressivement à l'acceptation
de l'idée de la "représentation générale", qui signifie que la représen-tation
de l'Imam n'est plus assurée par des individus nommément désignés, mais par une
ligne générale, la ligne du mujtahid(28) juste(29) et connaissant
parfaitement les questions de la vie temporelle et de la religion, conformément
au passage de la "Petite Absence" à la "Grande Absence".
Cela dit,
on peut se rendre clairement compte, à la lumière de ce qui précède, qu'Al-Mahdî
était une vérité vécue par toute une communauté musulmane et exprimée par des
Ambassadeurs et des Représentants (de l'Imam) tout au long de 70 ans, à travers
les rapports qu'ils ont établis avec les gens.
Pendant
cette période personne n'a pu remarquer la moindre inexactitude dans les paroles
desdits représentants, ni le moindre indice de tromperie dans leur conduite, ni
la moindre erreur dans leur transmission de messages.
Peut-on
donc concevoir qu'un "mensonge" puisse survivre pendant 70 ans et être entretenu
tel quel, successivement par 4 personnes qu'aucune relation particulière et
privilégiée, - de nature à les rendre complices, - ne lie, et qui le traitent
comme s'il s'agissait d'une vérité vécue par eux-mêmes et vue de leurs propres
yeux, sans que rien d'anormal ou de suspect n'apparaisse dans tout cela, et
alors qu'ils parviennent à obtenir, par la crédibilité de leur attitude, la
confiance de tout le monde en la cause qu'ils prétendent vivre et sentir
concrètement?
On
disait jadis que "la corde du mensonge est courte"! Aussi la logique de la vie
montre-t-elle qu'il est pratiquement impossible, si l' on s'en tient au calcul
des probabilités, qu'un mensonge puisse se maintenir de cette façon, pendant si
longtemps, et dans de telles conditions, sans attirer la méfiance de ceux qui le
subissent.
Ainsi, le
phénomène de la "Petite Absence" peut être donc considéré comme une "expérience
scien-tifique" et une réalité objective vécue, qui nous permet de croire à
l'existence réelle de l' Imam-Guide, à sa naissance, à sa vie, à sa disparition,
à l'annonce générale qu'il a faite de la Grande Absence qui marque sa
disparition de la scène publique et de la vie de tout le monde.
POURQUOI LE
GUIDE
N'EST-IL
PAS RÉAPPARU?
Pourquoi le Guide n'est-il pas réapparu pendant toute cette longue période, s'il était vraiment déjà formé et préparé à l'action sociale? Qu'est-ce qui l'aurait empêché de réapparaître sur la scène publique pendant ou à la fin de la "Petite Absence", et d'annoncer la "Grande Absence", surtout qu'à cette époque-là, les circonstances relatives à l'action sociale et au changement étaient beaucoup plus faciles et moins complexes, et que ses