QU’EST-CE QU’UN MOUJTAHID ?
Dans cet ouvrage, l’auteur s’est
attaché à mettre en évidence la place et l’importance du Moujtahid
dans la Religion Musulmane Shi’ite.
En
effet, la Tradition de l’Ecole de Ahloul-Bayt (a.m.) se distingue de celle des autres Ecoles par le fait
que l’ « Ijtihad », c’est-à-dire la voie de la
Recherche, par l’analyse des Textes Coraniques et Prophétiques, complétée par
les Dires des Ahloul-Bayt (a.m.)
et les Rapports des « Ravi » (rapporteurs de Ahadice)
sûrs, y est toujours, et constamment, ouverte à toute personne désireuse d’y
puiser Savoir et Compétence.
L’auteur
en a profité pour nous présenter un tour d’horizon global de différentes
connaissances historiques et religieuses, qui nous permettent de nous
rapprocher de nos Imams Immaculés et de notre Foi, et nous font chaud au cœur
en ce monde tourmenté, où le choc des civilisations laisse notre esprit dériver
sans but et où nos questions demeurent très souvent sans réponse.
S’adressant avant tout à un
public jeune et non initié, il s’est efforcé de respecter un style clair et
concis afin de ne pas rebuter le lecteur, mais au contraire de l’inciter à
aller plus loin dans sa quête du Savoir. Allah (s.w.t.)
nous y encourage lui-même : « Icra !… » (i.e. « Lis »), est le Premier Verset du Saint-Qur’an
révélé à notre Saint-Prophète (s.a.w.).
AU NOM D’ALLAH (S.W.T.),
LE CLEMENT,
LE MISERICORDIEUX
QU’EST-CE QU’UN MOUJTAHID ?
P. H. Nathoo
AU NOM DE NOTRE
SEIGNEUR (s.w.t.),
MAITRE DE L’UNIVERS
Cet
ouvrage a été réalisé dans un but de TABLIGH (propagation de la connaissance
religieuse), afin d’aider à éclairer nos – plus ou moins – jeunes sur la
question du TAKLID qui embarrasse un grand nombre d’entre nous, et sur laquelle
nous nous posons des questions sans toujours trouver des réponses adéquates et
satisfaisantes.
Lors
de mes lectures, j’ai d’abord été inspiré par un petit ouvrage en goujrati intitulé « Qui peut-on appeler Moujtahid
? »
Ce
livre, très instructif, est écrit par Houjjatoul
Islam Sheikh Mohammad Ismael RAJABI (a.r.) et publié par Najafi Foundation, Mumbai.
Je l’ai traduit en français dans le but
de servir mes jeunes frères en religion.
Sensible
à l’adage indien : « Goûter, c’est apprécier », je me suis laissé prendre au
plaisir de l’écriture. J’ai alors complété ce premier travail par l’exposé de
certains critères permettant de reconnaître les AHADITH (ou Paroles du Saint-Prophète (s.a.w.) – au
singulier : HADITH ) authentiques
J’ai,
pour cela, traduit des extraits d’ouvrages très précieux, à partir de leur
version goujrati :
« TAWZIHOUL MASSAEL », de Ayatoullah-é-Ozama
Sayyed Aboul Qassim al Mussavi Al Khoey (a.r.), publié par «
Islamic Seminary », Mumbai,
(India),
-
« OUSSOUL-E-DINE », publié par « Tanzihul Makatib », Beejnor, Lucknow (India),
-
« FIQAHE JA’AFARI », de Ibrahim B. Patel (Abu Hussein), Bharuch (India),
-
« ISNA ASHARI », mensuel publié par « Anjumané Himayatul Islam », Mumbai,
-
« RAHE NAJAT », mensuel publié à Karachi, Pakistan, par Mohsin
Kausari, petit-fils du vénérable « Haji Naji » (a.r.)
envers qui nous avons une énorme dette de reconnaissance.
Je
fus aidé dans ma tâche, pour la révision et la correction de mes écrits, ainsi
que pour la publication de cet ouvrage, par mes fils, qui se sont ainsi assurés
leur part de sawab dans l’achèvement final de cet
ouvrage.
Comme
je n’ai nullement la prétention de me considérer comme un érudit en matière de
religion, j’accueillerais volontiers toute suggestion positive et constructive,
concernant un quelconque passage de cette étude.
L’objectif
de mon essai étant uniquement, comme indiqué plus haut, la propagation de la
connaissance religieuse (Tabligh), j’autorise la réimpression intégrale et sans
altération - avec la mention de l’auteur – ainsi que la diffusion de cet
ouvrage, à toute personne souhaitant poursuivre le même but.
Si
ce livre pouvait aider, ne serait-ce qu’un seul de nos jeunes, à s’instruire
dans la voie d’Allah (s.w.t.), je m’estimerais
pleinement récompensé de ma peine, et je prie pour que cet effort soit agréé
par nos Massoumines (a.m.).
P.H.NATHOO
Jamadi’ul
Awwal 1423 Août 2002
PREMIERE PARTIE
QU’EST-CE QU’UN MOUJTAHID ?
I
l est
incontestable que tout au long de notre vie ici-bas, nous sommes confrontés à
divers problèmes et à différentes situations ou circonstances touchant à notre
vie personnelle, familiale, sociale ou professionnelle, auxquels nous devons
trouver des réponses et des solutions qui soient conformes à notre foi et à
notre religion, l’ISLAM.
Or,
le commun des Croyants que nous sommes, ne connaissons en matière de Religion, que
ses Préceptes de Base. De plus, cela ne concerne essentiellement que ceux d’entre nous qui avons eu la chance
d’avoir été élevés dans un environnement religieux.
Pourtant,
nous savons bien que lorsque nous tombons malades, nous devons consulter un
médecin compétent afin qu’il remette notre santé sur de bons rails ; de même, pour
un problème d’ordre juridique, nous nous ferons assister du meilleur avocat
possible afin qu’il nous défende en justice et que nous ne soyons pas lésés
indûment,… et ainsi de suite. Ces
différents spécialistes ont
fait de longues études, chacun
dans un domaine précis ; et c’est pourquoi
nous acceptons de
leur faire confiance et de
remettre notre sort entre leurs mains, reconnaissant de facto notre ignorance
et notre incompétence dans un domaine qui est le leur.
Partant
du même principe, pour nos problèmes spirituels et religieux, nous devons nous
adresser à un ALIM (ou FAQIH : Savant en matière de Religion - au pluriel : Olama et Foqaha). Ce dernier a
fait des études approfondies en Théologie, et de ce fait, il sera amené à nous
guider sur la voie à suivre en matière de Religion.
Or,
le MOUJTAHID est justement ce Faqih qui maîtrise absolument toutes les branches du «
ILM-E-DINN » (connaissances religieuses), et qui est autorisé à nous donner des
FATWA (Directives ou Décrets Religieux).
Le
Moujtahid porte ce Titre parce qu’il est apte, de par
son immense Savoir, à effectuer l’IJTEHAD.
La
définition du mot IJTEHAD dans le dictionnaire arabe est textuellement : «
Grand effort de recherche », ce qui équivaut à : employer toute son énergie
intellectuelle, toute son énergie spirituelle, ainsi que toutes ses
connaissances religieuses, dans le but de formuler un Décret Religieux, en fait d’apporter la
réponse à un
problème spécifique qui soit conforme au SHARIAT (Code Religieux).
L’Ijtehad nécessite la Compétence Religieuse ainsi que le
Savoir, et par conséquent la capacité de trouver cette réponse.
Celui
qui suit le Moujtahid et se conforme à ses Fatwa (ou
Décrets Religieux) est appelé MOUKALLID (ou suiveur), et cet acte s’appelle : «
faire le TAKLID ».
Tout
Croyant, dès lors qu’il devient « BALIG » (adulte, selon les critères religieux),
est tenu de faire le Taklid de l’un des Moujtahid vivants de son époque, qu’il se choisit lui-même
s’il a suffisamment de connaissances en matière de religion ; dans le cas
contraire, il fera confiance au choix fait par sa communauté.
Une
fois sa décision prise, il devra formuler son NIYYATE, c’est-à-dire son
intention ferme de suivre ce Moujtahid, et de devenir
ainsi son Moukallid.
Ce
choix restera irrévocable du vivant du Moujtahid
choisi.
Le
Moukallid qui a choisi de suivre un Moujtahid déterminé, doit respecter tous ses Fatwa, sans
exception. Il ne peut prendre la liberté, par exemple, de suivre uniquement
certains de ses Fatwa et d’en délaisser d’autres, ni même d’appliquer certains
Fatwa délivrés par un autre Moujtahid.
Ce
n’est qu’en cas de décès de ce Moujtahid que son Moukallid
aura à effectuer un nouveau choix, dans les mêmes conditions que précédemment.
Cependant,
il pourra continuer à suivre les Fatwa de son ancien Moujtahid
s’il en a une connaissance parfaite et s’il les a déjà appliqués de son vivant.
Seul
un Moujtahid est dispensé de suivre les Fatwa d’un
autre Moujtahid.
Tous
les autres individus, qu’ils se prétendent « Olama »,
Chercheurs en Religion, Moullas, Professeurs, Orientalistes,
Islamologues ou Philosophes, tant qu’ils ne sont pas parvenus au niveau de « Moujtahid », sont tenus de faire le Taklid
d’un Moujtahid.
LES CONNAISSANCES
D’UN
MOUJTAHID
U
n Moujtahid est un Expert Religieux aussi bien en FIQH (Jurisprudence
Islamique), qu’en TAFSIR (Commentaire du Saint-Qur’an)
selon les Paroles de notre Saint-Prophète (s.a.w.) et de nos Massoumines (a.m.). Par conséquent, il doit posséder un pouvoir de «
ZANN » et de « GOUMANN » pour formuler un Décret Religieux, c’est-à-dire qu’il
doit maîtriser tous les ILM (connaissances) et solutionner tous les problèmes, qu’ils
soient basiques ou modernes, se présentant à ses disciples.
Marhoum Mirza Kummi
(a.r.) a énuméré dans son livre « KAWANINE » les ilm qu’un Moujtahid doit maîtriser :
1. LOUGT : Encyclopédie du sens exact du Terme Arabe ;
2. SARF : Grammaire Arabe ;
3. NAHAV : Conjugaison et Terminologie en Arabe ;
4. KALAM : Théologie, étude de la Parole Divine ;
5. MANNTIK : Logique, ou comparaison et capacité de jugement
entre deux solutions possibles d’un sujet donné ;
6. OUSSOUL : Racines, Fondements des Lois Islamiques ;
7. TAFSIR : Commentaire Authentique du Saint-Qur’an,
conforme aux paroles de AHLOUL-BAYT (a.m.), i.e. la
Famille du Saint-Prophète (s.a.w.)
;
8. HADITH ou HADICE (au pluriel : ahadith
ou ahadice) : Paroles du Saint-Prophète
(s.a.w.), et capacité de distinguer les vrais ahadith des faux ahadith ; voir le chapitre consacré à ce sujet ;
9. REJAL : Biographies Historiques des RAVI (rapporteurs des ahadice)
;
10. MAANI WA BAYANN, et OUROUZ : Art de
manier la
Littérature et la Poésie Arabes ;
11. HAY’ATT : Astronomie ;
12. TIBB : Principes de Médecine ;
13. HINSAR, HISSAB et RIYAZI : Mathématiques.
Les
Foqaha ont scindé les MASSAEL (sujets d’ordre
religieux), en Quatre Parties, elles-mêmes subdivisées en plusieurs chapitres :
A. IBADATE
B. MOUAMALATE
C. IKA’ATE
D. EHKAME
Par
ailleurs, cinquante deux ouvrages ou traités de base ont été réalisés sur ces
sujets, à savoir :
- 10
traités sur l’IBADATE,
- 19
traités sur le MOUAMALATE,
- 11
traités sur l’IKA’ATE,
- 12
traités sur l’EHKAME.
Un Moujtahid
maîtrise parfaitement tous ces sujets
LES QUALITES D’UN
MOUJTAHID
U
n TALIB-E-ILM,
(Etudiant en Sciences Religieuses), qui veut accéder à ce niveau suprême du
Savoir, doit ressentir, en premier lieu, un niyyate
pur, c’est à dire la ferme intention de vouloir acquérir ce Savoir, exclusivement
pour plaire à ALLAH (s.w.t.) (« kourbatane
élallah »), et ce niyyate
doit être exempt de tout désir de profit matériel ou temporel. Il doit se
contenter de peu pour sa vie personnelle, vivre humblement et avec simplicité, sans
aucun luxe ni faste.
De
plus, il doit posséder et cultiver un caractère MALAKOUTI, c’est à dire
compatissant, sympathique, ne s’emportant pas facilement. Il doit pouvoir
endurer toutes les privations, contraintes et ZOULM (exactions) qu’il pourrait
avoir à affronter sur son chemin à cause de son IMAANE (foi). Il ne se pliera
pas devant les tyrans qui voudraient lui faire promulguer des Fatwa contraires
au SHARIAT-E-AHLOUL-BAYT (a.m.)
L’Histoire
a conservé les noms de très nombreux Moujtahid, qui
ont été martyrisés en raison de leur Imaane. Des
contemporains en font partie.
Parmi
ces derniers, tous mondialement connus et estimés, nous nous contenterons de
citer notre précédent Marja-é-Taklid, Ayatullah Sayyed Aboul Qassim Al Khoey, dont la plupart d’entre nous, plus particulièrement
ceux qui lui ont rendu visite lors d’un Zyarat à
Karbala et à Najaf, se souviennent parfaitement, pour
son érudition, sa grandeur d’âme et sa piété.
En
dépit de leur activité toute spirituelle, ils ont été enlevés, torturés ou
sommairement exécutés par les tyrans à la tête de leur pays, ceci pour avoir
simplement été les Garants de notre foi et du Message de notre Saint-Prophète (s.a.w.). Et ce
sublime Message a pu nous parvenir sans les altérations programmées par les
différents dictateurs dans le but de dénaturer l’Islam à leur profit. Aucun de
nos Moujtahid n’a jamais failli à sa mission : Seule
la Vérité consent ainsi tous les sacrifices !… Les Moujtahid demeureront les Garants de notre foi tant que
durera la période d’Occultation de notre Douzième Imam, l’Imam de notre temps, Al
Mehdi Sahébouz-Zamane (a.f.)
C’est
bien parmi ces Personnes hors du commun, que nous sommes invités à nous choisir
un Guide sur le plan spirituel.
En
effet, nous n’avons ni leur courage, ni leur esprit de sacrifice, de dévouement
et de renoncement, pour la perpétuation - dans notre intérêt - de la Foi
Authentique, ni même leur ilm, leur immense Savoir
acquis dès leur plus jeune âge, leur capacité de recherche permanente et
approfondie qu’une vie entière ne saurait achever… Et pourtant, par manque
d’information ou par arrogance, il arrive parfois à certains d’entre nous, pauvres
ignorants, de « nous asseoir à la table de négociation », de nous mettre à
contester ou à adapter leurs Directives à nos desiderata… et de n’oublier
qu’une seule chose, c’est qu’il n’y a pas là, matière à négocier, que le Moujtahid ne tire aucun profit des Directives qu’il nous
donne, qu’il nous fait gracieusement profiter de ses propres recherches, pour
notre Salut auprès d’ALLAH (s.w.t.), en nous
déchargeant de bien des soucis !… Imaginons que nous ayons à effectuer toutes
ces recherches, nous-mêmes : outre la prolifération de différentes opinions qui
n’auraient d’ailleurs pas de bases bien solides, il y aurait de fortes chances
que nous devenions encore plus exigeants, la connaissance apportant la
responsabilisation !…
Venons-en
maintenant aux autres conditions pour pouvoir devenir Moujtahid.
Il faut pour cela être :
o BALIG, ce qui signifie adulte, comme
défini plus haut ;
o AAKIL, c’est à dire en possession de
toutes ses facultés mentales et intellectuelles ;
o AADIL, ou magnanime, juste, franc ;
o HOMME, dans le sens complet du terme ;
o SHIA
ISNA ASHARI, fidèle de Ahloul-Bayt
(a.m.)
Si une seule de ces conditions
fait défaut à celui qui souhaite accéder à ce rang élevé, les Croyants ne
pourront pas faire son Taklid, et ne pourront donc
pas suivre ses Fatwa.
Un MARJA-E-TAKLID est un Moujtahid que ses pairs reconnaissent comme étant le plus
compétent en ILM-E-FIQH, en TAKWA
et en PARHEZGARI
(piété
et ascétisme). Il est alors autorisé à émettre des Fatwa à ses disciples (Moukallid).
Par
ailleurs, rappelons qu’un Moujtahid ou un Marja-é-Taklid ne se contentent pas d’acquérir des
connaissances religieuses à leur profit exclusif. Ils les approfondissent, font
des recherches dans tous les domaines cités plus haut et dispensent leurs connaissances
à leurs Talib-é-ilm (étudiants), afin de former les Olama et Foqaha à venir. Ils
écrivent aussi des KITAB (ouvrages de Théologie) sur différents sujets, dont de
nombreux, se composant de plusieurs Volumes, sont le fruit de dizaines d’années
de travail. Tous les Tolaba (étudiants) peuvent
consulter et étudier ces traités, même après le décès de leur auteur.
Un
Marja est également l’Autorité Suprême habilitée
à recevoir et à distribuer les aumônes
religieuses, comme la ZAKAT, le KHOUMS, etc… Ces
aumônes ont été prescrites par ALLAH (s.w.t) dans le Saint-Qur’an, et ses bénéficiaires sont bien déterminés. Sans
l’intermédiaire de notre Marja, il aurait été
impossible à chacun d’entre nous d’accomplir correctement ce devoir et de les
faire parvenir à qui de droit.
Enfin,
le Marja est amené à diriger et à subventionner des
MADRESSA, des HAWZA (Ecoles Religieuses), des Mosquées, et à aider les pauvres
et les nécessiteux de la Communauté, partout dans le monde.
Il
a le pouvoir de nommer des Représentants en différents lieux, et de les
autoriser à collecter en son nom les aumônes religieuses.
Certains
d’entre eux sont également mandatés pour distribuer eux-mêmes une partie de ces
aumônes à qui de droit.
En
un mot, un Moujtahid ou un Marja
consacrent toute leur vie terrestre à la Recherche, à la Propagation (Tabligh) et
au soutien de l’ISLAM. C’est ainsi qu’ils continuent
à vivre après leur mort.
C’est là, le vrai SAWAB-E-JARIA
(bienfait
perpétuel)
QUI PEUT DEVENIR MOUJTAHID ?
O
n peut
affirmer sans conteste que tous les Musulmans de la planète, et de quelque époque qu’ils soient - passée, présente,
ou future - , sont égaux face aux devoirs religieux du Shariat
: tous doivent en effet se conformer aux mêmes Préceptes Islamiques ; par
ailleurs, nous savons que l’ISLAM doit perdurer
jusqu’à la fin du monde.
Notre
Saint-Prophète (s.a.w.) a dit :
« Ce qui est HALAL (licite) restera
halal jusqu’au QIYAMAT (Jour du Jugement Dernier) ; et ce qui est HARAM (illicite)
restera haram jusqu’au Qiyamat
»
« Il est du devoir de chaque
Musulman, Homme ou Femme, d’acquérir le Ilm (la
Connaissance) »
« Il doit sortir d’entre vous des personnes qui
appelleront les gens sur la voie d’ALLAH (s.w.t.) »
Il
est donc tout à fait clair que quiconque,
sans exception, souhaite acquérir l’ensemble des connaissances religieuses, peut
le faire librement, et qu’il y est même encouragé. Ce qui veut dire que le
grade de Moujtahid ou de Faqih
n’est en aucun cas réservé à une race, à une famille, à un clan ou à un pays. Tout
Croyant, qu’il soit Arabe ou AJAM (non Arabe), SAYYED (descendant de l’un de
nos Douze IMAMS infaillibles, eux-mêmes liés directement par le lien du sang au
Saint-Prophète (s.a.w.)), ou
simple Musulman, de quelque pays, race, couleur ou caste que ce soit, peut
entreprendre les études nécessaires pour y accéder. L’Histoire nous fournit
d’ailleurs les Noms de nombreux Moujtahid réputés
pour leur Ilm, qui n’étaient ni Arabes, ni Sayyed.
Il
va de soi que le grade de Moujtahid n’est pas
héréditaire.
Ainsi,
il est mentionné dans l’ouvrage intitulé « IDDA » de Sheikh Toussi
(a.r.) que notre Saint-Prophète
(s.a.w.) avait envoyé Ma’az
ibn Jabal (un SAHABI , ou
Compagnon) à titre de Représentant au Yémen, et qu’il l’avait autorisé à
émettre des Fatwa.
Nos
Imams de Ahloul-Bayt (a.m.)
avaient, eux-aussi, agréé des Foqaha
pour délivrer des Fatwa aux Croyants ; parmi ceux-là, on peut citer Aba’an ibn Taglab, qui officiait
en la Mosquée de Madina (Médine), du temps de notre 5è
Imam, l’Imam Mohammad Baqir (a.s.),
avec son agrément.
De
même, nos 10e et 11e Imams (a.m.) ayant été
emprisonnés et empêchés de faire le tabligh sous la
dynastie abbasside, avaient nommé des Foqaha afin de
guider les SHIAS de leur époque.
Enfin,
les Noms des Quatre NAYAB (Représentants) de notre Imam Contemporain, Sahébouz-Zamane (a.f.) pendant la
période de la Petite Occultation (GAYBAT-E-SOUGRA) sont connus de nous tous :
- Abou
Oumar Ousmane bin Saïd, qui avait déjà été Nayab de nos 10è et 11é Imams (a.m.),
et dont le mausolée se trouve à Bagdad,
- son
fils Abou Jaafar Mohammad bin
Ousmane,
- Abou
Kassim bin Rawh bin Abi Bahar Navbakhti,
qui était lui-même un grand Faqih,
- Aboul Hassan Ali bin Mohammad Samari
Cette
période de Gaybat-é-Sougra dura de l’an 260 à l’an 329
Hijri, puis débuta la Grande Occultation (GAYBAT-E-KOUGRA),
période que nous vivons actuellement, et durant laquelle il nous est ordonné
par notre Imam (a.f.) de nous adresser aux Moujtahid pour toutes les Directives Religieuses.
De
nos jours, les Moujtahid remplissent ce rôle auprès
de nos communautés de par le monde.
Il
en existe en Iraq, en Iran, au Liban, au Pakistan, en Inde, etc…,
bref, dans les pays où les Shias ne sont pas soumis à
une oppression ouverte.
DEUXIEME PARTIE
QU’EST-CE QUE LE SOUNNAT-E-RASSOUL
? (s.a.w.)
L
e
SOUNNAT-E-RASSOUL (s.a.w.) se divise en Trois Parties
:
1.
Les AHADICE ou KAUL : Paroles, Dires du Saint-Prophète
(s.a.w.) ; en d’autres termes, ce qu’il (s.a.w.) a dit, ordonné ou interdit,
2.
Les KIRDAR : la façon dont le Saint-Prophète (s.a.w.) s’est comporté durant sa
vie, sa manière d’être et d’agir nous servant de Modèle,
3.
Les FE’EL ou TAKRIR : comportements des AS’HAB (Compagnons) du Saint-Prophète (s.a.w.) ; autrement
dit, la façon dont ils se sont comportés devant lui (s.a.w.),
et qu’il (s.a.w.) a approuvée, ou du moins qu’il (s.a.w.) n’a pas empêchée.
Il
est important et de rigueur que ces trois sounnates
ne peuvent et ne doivent jamais être en opposition aux instructions du Saint-Qur’an, qui est la Parole d’Allah (swt).
LES AHADITH
AUTHENTIQUES
L
e terme
AHADICE (ou AHADITH) est employé couramment pour désigner les Paroles, les
Dires de notre Saint-Prophète (s.a.w.).
Il faut savoir que tous les Ahadith, ou présentés
comme tels, ne sont pas dignes de confiance. Pour nombre d’entre eux, il
subsiste un doute quant à leur véracité. Notons bien que ce ne sont pas les
Paroles de notre Saint-Prophète (s.a.w.)
qui sont mises en doute, mais la franchise, l’équité, et la mémoire de leurs
rapporteurs (RAVI).
Du
vivant de notre Saint-Prophète (s.a.w.),
les MOUNAFEKOUN (hypocrites ; au
singulier : mounafik ) et les JUIFS avaient déjà commencé à semer la zizanie et
le doute dans l’esprit des nouveaux Croyants, dès lors qu’ils avaient constaté
une désaffection grandissante à leur égard et au profit de l’ISLAM, qui, de son côté, progressait rapidement en dépit de
tous leurs efforts pour l’anéantir. La Sourate « Mounafékoun
» dans le Saint-Qur’an en est le témoignage permanent.
Notre
Saint-Prophète (s.a.w.) avait
d’ailleurs lui-même mis en garde les Croyants :
« Si des paroles vous sont rapportées comme
émanant de moi, ne les acceptez pas avant d’avoir vérifié et constaté qu’elles
sont en parfait accord avec le Saint-Qur’an et ma Sounnate, sinon, rejetez-les ! »
Après
la période prophétique, et durant le règne des différentes dynasties, beaucoup
d’autres soi-disant Ahadith eurent
cours, avec ou sans le soutien des autorités de leur époque. La Terre d’Islam
s’étendant et devenant de plus en plus vaste, il fut d’autant plus difficile de
les vérifier.
Face
à cette prolifération de faux Ahadith, nos Grands Olama et Foqaha, au prix d’un
travail fastidieux et de longue haleine, s’étalant sur plusieurs siècles, finirent
par réaliser une nomenclature exhaustive de tous les Ravi. Ils compilèrent et
écrivirent également leurs Biographies. L’ensemble de ces oeuvres est appelé le
SHARH-E-HAL. Cette Branche de la « Connaissance des Ahadice
» s’appelle ILM-E-REJAL pour les Ahadice reconnus
comme authentiques, et ILM-E-DIRAYAT pour les autres.
Le
ILME-REJAL est la connaissance des Ravi sûrs,
dont la vie,
les comportements et
les
agissements,
le passé et le présent étaient au-dessus de tout soupçon. Ils étaient loin de
tout mensonge et de toute vanité ou vantardise. Les Ahadice
qu’ils ont rapportés sont agréés comme MOA’TABAR, ou authentiques.
Le
ILME-DIRAYAT est la connaissance des Ravi qui ont rapporté des Ahadice émanant de notre Saint-Prophète
(s.a.w.) ou de nos Imams (a.m.),
en les ayant entendus soit directement, soit d’une autre personne, laquelle dit
les avoir entendus d’une tierce personne, et ainsi de suite, jusqu’à parfois
plusieurs intermédiaires. Ces Ahadice sont soumis à
plusieurs tests avant d’être, soit acceptés comme dignes de confiance, soit
rejetés.
Sheikh
Bahaoudine Ameli (a.r.) a écrit un Traité intitulé « VAJIZEH », qui nous
éclaire amplement sur ce sujet.
Pour
qu’un Hadice soit agréé comme étant
authentique, les Olama et Foqaha
les font analyser en fonction de plusieurs critères :
- Le KHABAR ou information concernant les
Paroles du Saint-Prophète (s.a.w.)
qui nous sont parvenues par un Sahabi, (ou Tabéï, i.e. Compagnon), autre que nos Imams (a.m.) ;
- Le MATANE ou Paroles d’origine ;
- Le SANADE ou Paroles rapportées par
différents Ravi, cités par leurs noms ;
- Le SILSILA ou la chaîne des Ravi successifs
qui ont rapporté le Hadice.
Si
ledit Hadice est confirmé comme étant digne de
confiance après avoir été soumis à ces diverses
analyses,
il sera appelé MOTAVATIR, sinon il sera classé comme VAHID, et sera seulement
mentionné pour information.
Si
au moins trois Ravi l’ont rapporté sans que l’on puisse affirmer si ces Ravi
sont sûrs ou non, ce Hadice sera classé comme
MOUSTAFIZ, mais s’il a été rapporté par une seule personne, il sera appelé
GARIB.
Si
un Hadice est rapporté par plusieurs Ravi, qui sont
tous connus - et reconnus -, alors il sera classé comme MOUSNAD, mais si ceux-ci
ne sont pas reconnus, il sera classé comme MOUN’KATAA ou MOUN’FACIL.
Si,
dans le silsila des Ravi, le mot « ANN’ » a été
employé plusieurs fois, ce Hadice sera classé comme
MANA’ANN. D’autre part, si dans le silsila, aucun nom
de MAASSOUM (a.s.), - les quatorze Maassoum (a.m.), ou Immaculés, étant
: le Saint-Prophète (s.a.w.),
sa fille Janabé Fatéma
Zehra (a.s.) et les Douze Imams (a.m.)
- n’a été mentionné, il sera classé comme MOUZMAR. Si les Ravi ne sont pas
nombreux, il sera classé comme AALI.
Cette
analyse comporte encore d’autres critères, comme les
MOUSSALSSAL, SHAZ, SAHIH,
HASSAN, KAVI, MOASSAK, ZAEEF et
MAKBOUL, dont il serait fastidieux d’énumérer ici tous les détails.
Comme
le lecteur s’en sera rendu compte par lui-même, lorsqu’on lit ou lorsqu’on
entend une Parole présentée comme Hadice de notre Saint-Prophète (s.a.w.), il faut
avant tout bien réfléchir, vérifier, prendre des avis autorisés, et non pas
l’accepter de suite, les yeux fermés et la conscience tranquille, comme étant
authentique.
La
même recommandation est valable, non seulement en ce qui concerne la pléthore d’ouvrages
écrits par des soi-disant Orientalistes, Chercheurs ou autres Professeurs, ouvrages
présentés à grand renfort de publicité comme « islamiques » et « objectifs », et
dont regorgent les librairies, mais aussi en ce qui concerne les œuvres
cinématographiques concernant l’Islam, la vie de notre Saint-Prophète
(s.a.w.) ou celle des autres Prophètes (a.s.), qui contiennent de nombreuses contre-vérités
ayant pour but de les dénigrer et de les rabaisser au rang du commun des
mortels, avec des défauts et des faiblesses, ce qui est contraire aux Récits
Coraniques. Ces ouvrages nous spolient, et de notre argent, et de notre imaane (vrai foi), en semant le trouble dans notre esprit.
Nous
ne prétendons pas que ces ouvrages sont
tous tendancieux, mais simplement qu’ils sont sujets à caution, et qu’ils
doivent donc être abordés d’un oeil critique et initié.
Une
vigilance solidement documentée s’impose.