Prologue 1
Préface 15
Le problème des
relations familiales 15
Devrions-nous
imiter l'Occident ou être indépendants ? 16
La
contrainte de l'Histoire 16
L'INDEPENDANCE SOCIALE DE LA FEMME 19
Indépendance
dans le choix de son destin 19
Le
mariage avant la naissance 20
L'échange
de filles 21
Le
mouvement islamique de libération des femmes 22
La
permission des parents 23
L'homme
soumis à la volupté, la femme prisonnière de l'amour 25
L'Islam
et les exigences de l'époque moderne 30
Objections 32
Avec
quoi le temps est-il lui-même compatible ? 33
Adaptation
ou abrogation ? 35
L'Islam
et la vie moderne (II) 38
Les
esprits rigides et les ignorants 40
Une
parabole du Coran 42
L'Islam
et la modernité (III) 46
1 - La
nature du changement 46
2 - Le
secret de la flexibilité des lois islamiques 47
L'insistance
sur le fond et l'indifférence à la forme 48
Des
lois fixes pour des besoins immuables, et des lois variables pour des besoins
changeants 49
La
question du changement de l'alphabet 52
Ce
qui est interdit, ce n'est pas le port d'un chapeau, mais la dépendance des
autres 53
Ce
qui est important et ce qui est plus important 54
Les
lois qui ont le droit de veto 54
Les
compétences du gouvernant 55
Le
principe de l'Ijtihâd 55
LA POSITION DE LA FEMME DANS LE CORAN 57
La
philosophie spécifique de l'Islam concernant les droits de la famille 57
Egalité
ou similarité 59
La
position de la femme dans la vision islamique 61
Ressemblance,
non ; égalité, oui 67
La
Déclaration des Droits de l'Homme est une philosophie et non une loi 72
La
philosophie ne peut pas être prouvée par des sondages 74
Un
coup d'oeil sur l'historique des droits de la femme en Europe 75
La
dignité de l'homme et les Droits de l'Homme 78
Remarques
importantes sur le Préambule de la Déclaration des Droits de l'Homme 79
La
position et le respect de l'homme 80
La
philosophie occidentale dévalorise l'homme 81
LES FONDEMENTS NATURELS DES DROITS FAMILIAUX 87
Les
relations entre les droits naturels et les buts de la nature 88
Les droits
sociaux 89
Les
droits familiaux 91
Les
fondements naturels des droits familiaux (II) 92
La
vie familiale est-elle naturelle ou contractuelle ? 93
La
théorie des quatre étapes 94
La
femme dans sa nature 97
LES DIFFERENCES ENTRE L'HOMME ET LA FEMME 101
S'agit-il
de rapport de complémentarité ou de perfection et d'imperfection ? 102
La
théorie de Platon 103
Aristote et
Platon 105
L'opinion
du monde moderne 105
Deux
sortes physiques différentes 106
Deux
psychologies différentes 107
Les
sentiments réciproques de l'homme et de la femme 108
Les
différences entre l'homme et la femme (II) 108
La
pièce maîtresse de la création 110
Une
relation plus sublime que le désir 111
La
différence dans les sentiments réciproques de l'homme et de la femme 112
Un
mouvement hâtif 115
La
théorie de Will Durant 115
Un
bref historique de la dot 122
La
dot dans le système islamique de droits 124
Un
coup d'oeil sur l'histoire 125
La
vraie philosophie de la dot (ou le cadeau de mariage) 126
La dot
dans le Coran 129
La
qualité des sentiments parmi les animaux 130
Les
cadeaux dans les relations illicites 130
L'amour
est plus naturel que le mariage chez les Européens 130
La
dot et la pension (II) 131
Les
coutumes pré-islamiques abolies par l'Islam 131
L'Islam
a son propre système de dot 134
Des
critiques 136
La
dot et l'entretien (III) 141
La
mise en quarantaine de la femme européenne jusqu'à la seconde moitié du XIXe
siècle 143
Pourquoi
l'Europe a-t-elle accordé subitement l'indépendance économique à la femme
143
Le
Coran et l'indépendance économique de la femme 145
Comparaison
145
Des
critiques et leur réponse 146
Trois
sortes d'entretiens 147
La
femme moderne ne veut-elle pas de dot et d'entretien ? 148
Sauvegarder
les intérêts économiques de la femme 148
Pourquoi
décrier tant l'entretien de l'épouse ? 152
L'Etat
remplace le mari 154
La
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a-t-elle humilié la femme ?
157
L'HERITAGE 161
Pourquoi
la femme était-elle privée d'héritage ? 161
L'héritage
du fils adoptif 163
L'héritage
d'un allié 163
La
femme, une partie de l'héritage 164
L'héritage
de la femme en Iran, à l'époque sassanide 164
L'héritage
de la femme en Islam 165
L'objection
des "occidentalisants" 166
L'objection
des hérétiques à la loi de l'héritage pendant les premiers temps de l'Islam
167
LE DIVORCE 169
L'augmentation
du nombre des divorces dans la vie moderne 169
L'environnement
américain est propice au divorce 172
Cinq
théories 173
Le divorce
(II) 176
Les
divorces ignobles 178
Une
rumeur sans fondement 181
Pourquoi
l'Islam n'a-t-il pas prohibé le divorce ? 184
Le
droit au divorce (III) 185
Les
lois naturelles concernant le mariage et le divorce 186
La
position naturelle de l'homme dans la vie familiale 188
Les
opinions d'une femme psychologue 189
Une
structure fondée sur les sentiments 191
Ce
qui consolide la structure familiale est quelque chose de plus que l'égalité
193
L'égalité
dans la corruption 193
Le divorce
(IV) 194
La
nature de la paix familiale est différente de celle des autres sortes de
paix 197
1 - L'Islam
favorise tout facteur aidant à éviter le divorce 198
2 - Les
services antérieurs rendus par l'épouse à la maison familiale 203
Le droit
au divorce (V) 206
Le
droit de l'homme au divorce émane de son rôle spécial et non d'un quelconque
droit de propriété 207
Le
divorce est une libération dans un certain sens 208
La
peine prévue pour le divorce 209
La
délégation du droit de divorce à la femme 209
Le
divorce juridique 210
Certains
cas de mariage sont-ils incurables comme le cancer ? 211
Les impasses
213
Le
dilemne du divorce 214
L'opinion
de l'Ayatollah al-Hillî 215
L'opinion
de Cheikh al-Tûcî 219
LE MARIAGE A DUREE DETERMINEE 221
La
vie moderne et le mariage à durée déterminée 224
Les
adolescents et la crise sexuelle 225
Que
choisir : une vie monacale temporaire, un communisme sexuel ou un mariage à
durée déterminée ? 225
Le mariage
d'essai 226
Russel
et sa théorie de mariage à durée déterminée 227
Le
mariage à durée déterminée (II) 228
L'historique
des croyances 229
Des
objections 230
Le
mariage à durée déterminée et le harem 235
Les
causes sociales de la formation du harem 236
Le
mariage à durée déterminée a-t-il été institué pour faciliter la licence ?
238
Le
harem et le monde moderne 239
Le
calife a interdit le mariage à durée déterminée 240
LA POLYGAMIE 245
Le
communisme sexuel 245
L'opinion
de Platon 246
La
polyandrie 246
Les
défauts de la polyandrie 248
La polygamie
(II) 249
L'Islam
et la polygamie 249
Les
causes historiques de la polygamie (I) 254
Les
causes de l'échec de la polyandrie 257
L'échec
du collectivisme sexuel 258
Les
causes historiques de la polygamie (II) 262
Les
facteurs géographiques 263
La
polygamie en Occident 265
Les
menstrues 267
Les
limites de la période de la fécondité chez les femmes 268
Les
facteurs économiques 269
Le
facteur de nombre et de tribu 269
La
supériorité numérique des femmes 270
Récapitulation
271
Le
droit de la femme à la polygamie 272
Pourquoi
y a-t-il plus de femmes que d'hommes en âge de se marier ? 277
La
femme résiste mieux que l'homme aux maladies 278
La
polygamie est un droit de la femme 280
La
théorie de Russel 281
La
polygamie prohibée, l'homosexualité autorisée 283
L'homme
est-il polygame par nature ? 284
La
polygamie, un facteur de maintien de la monogamie 287
Les
finasseries de l'homme moderne 289
La
crise résultant de l'existence de femmes sans maris 291
Les
diverses réactions au nombre excédentaire des femmes 292
Les
inconvénients et les défauts de la polygamie 294
La
méthode correcte de recherche 295
Sous
un angle psychologique 296
Sous
l'angle du comportement et de l'éducation 298
Sous
l'angle moral 299
Sous
l'angle légal 302
Sous
l'angle philosophique 304
La
théorie de la polygamie en Islam 306
La
limitation 306
La
justice et le traitement égal 306
La
crainte de ne pas être juste 310
Les harems 311
D'autres
conditions 312
L'homme
moderne et la polygamie 313
Table des Matières 315
Pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons plus loin, on a présumé que la question fondamentale dans ce domaine est celle de la liberté de la femme et de l'égalité de ses droits avec ceux de l'homme, et que les autres questions sont subordonnées à cette question fondamentale.
Toutefois, à notre avis, la question la plus fondamentale ou tout au moins, l'une des questions les plus fondamentales relatives aux droits familiaux est de savoir si le système domestique est indépendant de tous les autres systèmes sociaux et qu'il a ses propres critères et logiques spécifiques, ou s'il est tout simplement l'un des nombreux systèmes sociaux sur lequel s'appliquent les mêmes critères et philosophie qui régissent les autres.
La raison de cette interrogation est que, d'une part, dans ce système, les principales parties concernées appartiennent à deux sexes opposés, et, d'autre part, il implique la procréation et la succession des parents et des enfants. La nature a façonné d'une façon différente les organes de reproduction des deux parties.
La société domestique est semi-naturelle et semi-contractuelle. Elle est dans une position intermédiaire entre la société instinctive -telles celles des abeilles et des fourmis dont les droits et les devoirs sont prédéterminés par la nature et sans aucune possibilité de sortir des règles- et la société contractuelle, telle la société civile des êtres humains, laquelle a un aspect naturel ou instinctif.
Comme on le sait, les anciens philosophes considéraient la philosophie de la vie familiale comme une branche indépendante de la "sagesse pratique" et croyaient à l'existence d'une logique et d'un critère spécifique à cet aspect de la vie humaine. Ainsi, Platon, dans "La République", et Aristote, dans "La Politique", et Avicenne, dans "Al-Chifâ'" avaient regardé ce sujet sous cet angle.
En ce qui concerne les droits de la femme dans la société, il y a là encore une controverse et une interrogation sur le point de savoir si les droits naturels et humains de la femme et de l'homme sont identiques ou différents, ou en d'autres termes si les droits accordés par la nature aux êtres humains sont mono-sexuels ou bi-sexuels, et si la sexualité masculine ou féminine affecte ou non, d'une manière ou d'une autre, les droits et les obligations humains.
Dans le monde occidental, un mouvement des droits de l'homme émergea au 17e siècle, accompagnant l'essor des mouvements philosophiques et scientifiques. Les écrivains et les penseurs du 17e et du 18e siècles firent des efforts louables pour mettre en circulation leurs idées sur les droits inaliénables de l'homme. Jean-Jacques Rousseau, Voltaire et Montesquieu, qui appartenaient à cette catégorie d'écrivains et de penseurs, sont de grands bienfaiteurs de la société humaine, et on peut dire que les services qu'ils ont rendus à l'humanité ne sont nullement inférieurs à ceux des grands inventeurs et découvreurs.
Leur idée fondamentale consistait à dire que l'homme a une série de droits et de libertés naturels et innés qui sont absolument inaliénables et intransférables et auxquels on ne peut renoncer. Tous les hommes, qu'ils soient gouvernants ou gouvernés, noirs ou blancs, riches ou pauvres, sont égaux.
Le résultat de ce mouvement social et intellectuel se manifesta d'abord en Angleterre, ensuite aux Etats-Unis et enfin en France. Des révolutions écla-tèrent, des systèmes furent changés et des chartes signées. Peu à peu le mouvement pénétra dans d'autres pays.
Au 19e siècle, de nouvelles idées économiques, sociales et politiques émergèrent dans le domaine des droits de l'homme. De nouveaux développements conduisirent à l'apparition du socialisme, à la participation des travailleurs aux profits industriels et au transfert du gouvernement des mains des capitalistes vers les dirigeants travaillistes.
Jusqu'à la fin du 19e siècle, toutes les discussions engagées et toutes les mesures prises avaient trait aux droits des employés sur les employeurs. Au 20e siècle, la question des droits de la femme fut soulevée, et, pour la première fois en 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme des Nations Unies proclama l'égalité des droits entre l'homme et la femme.
Tous les mouvements sociaux qui surgirent depuis le 17e siècle en Occident tournaient autour de la liberté et de l'égalité. Et étant donné que le mouvement des droits de la femme était le dernier de la série, et que l'histoire du sort de la femme en Europe sur le plan de l'égalité et de la liberté était pleine d'amertume, la Déclaration des Droits de l'Homme des Nations Unies ne parla que de liberté et d'égalité.
Les protagonistes de ce mouvement maintinrent que celui-ci était complémentaire du mouvement des droits de l'homme. Ils soutinrent qu'il était insensé de parler de la liberté et des droits de l'homme sans assurer la liberté et l'égalité pour la femme. Ils affirmèrent en outre que la principale cause de tous les troubles familiaux tient au fait de la privation de la femme de sa liberté et de l'égalité de ses droits avec l'homme, et qu'une fois qu'on tiendrait compte de cette question, tous les problèmes seraient résolus.
Mais ce qui fut oublié dans cette affaire, c'est ce que nous avons considéré comme une question fondamentale concernant le système des droits familiaux, c'est-à-dire la question de savoir si ce système est indépendant ou non des autres systèmes sociaux, et s'il a ou non un critère et une logique différents. L'attention a été concentrée seulement sur les principes généraux de la liberté et de l'égalité, et le seul point pris en considération fut celui des droits humains naturels et indéniables, point à partir duquel on a argué que puisque la femme est un être humain, elle a droit à tous les droits dont jouit l'homme.
Or, dans certains chapitres de ce livre, nous traiterons pertinemment de la question de savoir de quelles sources sont dérivés les droits naturels. Et là, nous verrons que la base de tous les droits naturels est la nature elle-même. Ainsi, si l'homme a des droits spécifiques que ne possèdent pas un cheval, un mouton, un poisson ou un oiseau, cela est dû à sa nature et à la façon dont il a été créé. Si tous les êtres humains sont égaux en matière de droits naturels, et qu'ils doivent tous vivre librement, c'est parce que cela fait partie de leur création même. Les intellectuels qui défendent l'idée de la liberté et de l'égalité comme un droit inné, n'ont que cet argument à l'appui de leur thèse. Par conséquent en matière de droits familiaux aussi, nous devons être guidés par la nature elle-même.
A présent, voyons pourquoi on n'a pas accordé l'attention due à la question que nous avons soulignée comme fondamentale. Est-ce parce qu'il aurait été établi, à la lumière de la connaissance scientifique moderne, que la différence entre l'homme et la femme serait simplement organique, et qu'elle n'affecterait pas leurs êtres fondamentaux physiques et spirituels, ni leurs droits et obligations ?
En fait, c'est tout à fait le contraire. En effet il a été établi, à la lumière de la recherche scientifique et des découvertes biologiques et psychologiques, qu'il existe des différences significatives entre les deux sexes. Nous allons discuter de cette question dans ce livre et citer les avis des biologistes et des physiologistes à cet égard. Il est surprenant que, malgré ce fait, la question fondamentale ait été ignorée. Peut-être l'ignorance de cette question vitale est-elle due au développement rapide du mouvement de la libération de la femme. C'est pourquoi, s'il a pu réparer certaines injustices dont la femme faisait l'objet, il a causé d'autres injustices, à elle et à la société humaine. Nous allons voir, dans divers chapitres de ce livre, que la femme occidentale était privée jusqu'au début du 20e siècle des droits les plus élémentaires, et que c'est seulement au début de ce siècle que les peuples occidentaux commencèrent à penser à y remédier. Et étant donné que le mouvement féminin a fait suite à tous les autres mouvements fondés sur "la liberté" et "l'égalité", on a chargé ces deux mots de la réalisation de tous les miracles, oubliant que l'égalité et la liberté ont trait aux relations entre les êtres humains en tant qu'êtres humains seulement. Il ne fait pas de doute que la femme, en tant qu'être humain, est née libre, comme tout autre être humain, et qu'elle a, de ce fait, des droits égaux. Mais la femme est un être humain avec certains traits particuliers, tout comme l'homme est un être humain avec certaines autres particularités. Les traits de leurs caractères sont différents, et leurs mentalités sont différentes. Cette différence n'est le résultat d'aucun facteur géographique, historique ou social, mais réside dans leur création même. La nature les a faits différents à dessein, et toute mesure prise à l'encontre du dessein de la nature aboutirait à des désastres. De même que nous nous sommes inspirés de la nature pour proclamer la liberté et l'égalité pour les êtres humains, de même nous devons nous guider sur la nature pour décider si les droits de l'homme et de la femme sont d'une même sorte ou de deux sortes différentes, et si la société familiale est, ou non, au moins une société semi-naturelle. La question de savoir si la bisexualité des animaux -dont les êtres humains- est un fait du hasard ou si elle fait partie du plan de la création, mérite quand même d'être posée. De même, il est intéressant de savoir si la différence entre les deux sexes est une différence superficielle et corporelle, ou si, comme le dit Alexis Carel, chacune des cellules de l'être humain porte un signe sexuel. La logique de la nature innée n'est-elle pas que l'homme et la femme portent chacun un message particulier ? Les droits sont-ils d'une même sorte, ou de deux sortes différentes ? La morale et l'éducation sont-elles de deux sortes ou d'une seule et même sorte ? La question doit être posée à propos des peines, des responsabilités et des messages.
Le mouvement de libération des femmes n'a pas accordé l'attention nécessaire au fait qu'à côté de l'égalité et de la liberté il y a d'autres questions qui se posent. Certes, la liberté et l'égalité sont deux points essentiels, mais ils ne sont pas les seuls, ni tout en tout. L'égalité des droits est une chose, mais leur similitude en est une autre. L'égalité des droits de l'homme et de la femme sur le plan de la valeur morale et matérielle est tout à fait différente de l'uniformité et de la similarité de leurs droits. Pendant la période de ce mouvement, le concept de l'égalité a été utilisé intentionnellement ou involontairement au sens de similarité, et la quantité a ainsi éclipsé la qualité. On a mis l'accent sur le fait que la femme est un être humain, mais on a oublié qu'elle est femme aussi.
En fait, cette négligence n'est pas due à un simple effet de hasard ou de hâte, mais à d'autres facteurs aussi ayant trait au désir d'exploiter la femme au nom de la liberté et de l'égalité.
L'un de ces facteurs était l'avidité des industriels qui voulaient faire sortir la femme de sa maison pour aller à l'usine, afin d'exploiter sa potentialité économique. Aussi ont-ils plaidé pour les droits de la femme, pour son indépendance économique, et pour l'égalité de sa liberté et de ses droits avec ceux de l'homme. Mais ce sont eux finalement qui ont obtenu ce qu'ils voulaient vraiment. Dans le chapitre IX de son livre "Les Plaisirs de la Philosophie", Will Durant -après avoir cité certaines théories humiliantes pour les femmes, élaborées par Aristote, Nietzsche, Schopenhauer, et quelques écritures saintes juives, et après avoir rappelé que pendant la Révolution française, bien qu'on ait évoqué un peu la liberté de la femme, il n'y eut pratiquement pas de changement dans la condition de celle-ci- écrit que jusqu'à la fin du XIXe siècle, aucune loi n'obligeait l'homme à respecter la femme. Puis, traitant des causes du changement de la condition féminine au XXe siècle et de la libération de la femme des répercussions de la révolution industrielle, il dit : «Les ouvrières touchaient un salaire inférieur à celui des hommes, et les patrons les préféraient aux hommes en raison de la fréquence de la révolte de ceux-ci. Il y a un siècle, il était difficile pour les hommes de trouver un emploi en Angleterre, alors que les annonces incitaient ceux-ci à envoyer leurs femmes et leurs enfants aux usines. Le premier pas franchi dans la voie de la libération de nos grand-mères fut la loi de 1882, en vertu de laquelle les femmes de Grande Bretagne jouissaient désormais d'un privilège sans précédent, à savoir le droit de garder pour elles-mêmes l'argent qu'elles gagnaient(1). Cette loi éthique chrétienne a été déposée par les patrons à la Chambre des Communes dans le but d'attirer les femmes d'Angleterre vers les usines. Et depuis cette date-là, jusqu'à nos jours, le désir irrésistible du gain a conduit les femmes à se libérer des corvées de la maison pour être asservies dans le magasin ou l'usine...»(2)
Avec le développement de la machine et la croissance contiuelle de la production, il est devenu nécessaire pour les capitalistes d'employer tous les moyens audiovisuels, intellectuels, émotionnels, artistiques et sexuels, afin de transformer l'homme en un consommateur sans volonté et de lui imposer le surplus de leur production. Là encore les capitalistes avaient besoin de se servir de la femme pour atteindre leur but, mais cette fois-ci ils n'eurent pas besoin des efforts physiques et de l'énergie productrice de la femme en tant qu'un simple travailleur aidant l'homme à la production, mais de la beauté de la femme, de son charme de son attirance et de sa séduisance afin d'inciter les gens à la consommation, obligeant ou persuadant ainsi la femme de vendre son honneur et sa dignité et de devenir un simple objet de consommation. Evidemment tout ceci se faisait au nom de la liberté de la femme et de son égalité avec l'homme.
Les hommes politiques aussi n'ont pas manqué d'utiliser ce facteur pour arriver à leurs fins. Aussi voit-on les femmes régulièrement dans les reportages des journaux et des revues.
Evidemment les jeunes du XXe siècle n'ont pas raté cette occasion inespérée. Afin d'obtenir une femme sans assumer toutes les responsabilités conventionnelles que leur lien avec elle entraîne normalement, et pour pouvoir satisfaire leurs besoins sexuels librement, ils ont plus que tous autres versé des larmes de crocodiles sur les malheurs de la femme et sur la discrimination qu'elle subirait par rapport à l'homme. Et pour pouvoir mieux contribuer à cette "cause sacrée", ils sont allés jusqu'à retarder leur mariage jusqu'à l'âge de 40 ans, voire même jusqu'à rester célibataires pour toujours !
Il ne fait pas de doute que le siècle courant a corrigé de nombreux torts faits à la femme, mais il lui a aussi apporté beaucoup de malheurs. Est-elle donc condamnée à subir fatalement l'une ou l'autre sorte de ces malheurs, les anciens et les nouveaux ? Ou bien ne peut-elle pas se défaire aussi bien de ses malheurs anciens que de ses nouveaux malheurs ?
En fait, il n'est pas du tout fatal qu'elle doive continuer à souffrir. Elle a souffert dans le passé parce qu'on avait oublié qu'elle était un être humain. Elle continue de souffrir maintenant, parce que son tempérament de femme, ses exigences innées et ses capacités particulières ont été ignorés, volontairement ou involontairement.
Ce qui est surprenant, c'est le fait que chaque fois qu'on évoque les différences naturelles et innées entre l'homme et les femmes, certains présument que ces différences seraient le signe de l'imperfection de la femme et de la perfection de l'homme, ce qui les conduit à croire que les hommes jouissent de certains privilèges dont seraient privées les femmes. Ils ne savent pas qu'il ne s'agit pas de perfection et d'imperfection. Il n'était nullement dans l'intention du Créateur de rendre les uns parfaits et privilégiés, les autres défectueux et démunis. Ces gens, qui fondent leurs arguments sur cette présomption étonnante, affirment qu'étant donné que la nature a été injuste envers la femme, nous ne devrions pas ajouter l'insulte au tort qui lui a été fait, et qu'il est donc plus humain d'ignorer sa qualité de femme. Mais en réalité c'est l'irrespect de la position naturelle de la femme qui conduit le plus souvent à la priver de ses droits. Si les hommes constituaient un front contre les femmes et qu'ils disent : «Etant donné que nous sommes égaux, notre travail, nos responsabilités, nos salaires et nos rétributions devraient être similaires. Vous devez partager avec nous les travaux durs que nous effectuons, toucher un salaire correspondant au volume de travail que vous aurez effectué, et vous ne devez attendre de nous aucune considération, aucun respect et aucune protection. Supportez vos propres dépenses, partagez avec nous les frais d'entretien des enfants, et débrouillez-vous pour vous défendre contre tous les dangers. Vous devez dépenser pour nous autant que nous dépenserions pour vous.»
Si une telle situation venait à se présenter, les femmes seraient sûrement les perdantes, car de par leur nature elles ont une capacité de production inférieure à celle des hommes, alors que leurs dépenses sont supérieures aux leurs. Leurs règles, leurs grossesses, leurs douleurs dues au port de l'enfant et à son allaitement, les placent dans une position qui exige la protection des hommes. Elles ont besoin de plus de droits et de moins de responsabilités. Cette position n'est pas particulière aux êtres humains. Elle s'applique également à tous les animaux vivant en couple. Dans le cas de tous ces animaux, le mâle protège instinctivement sa partenaire femelle.
Si nous prenons en considération la position particulière naturelle et innée de l'homme et de la femme, tout en insistant sur leur égalité sur le plan humain et l'égalité de leurs droits communs à l'être humain, nous remarquons que la nature a mis la femme dans une position très appropriée qui ne lèse ni sa personne ni sa personnalité.
Pour nous faire une idée des conséquences du fait d'ignorer la position naturelle respective de l'homme et de la femme, voyons d'abord ce que ceux qui sont allés jusqu'au bout de ce chemin ont dit ou écrit à ce propos.
Il y a quelque temps, un article intéressant est paru dans la revue américaine "Coronet". Il mérite d'être lu. Il raconte la plainte d'une femme qui explique comment les femmes qui travaillent ont perdu, au nom de l'égalité et de la liberté entre l'homme et la femme, les soins dont on les entourait auparavant : Avant, les femmes n'étaient pas tenues de soulever un poids supérieur à 25 livres alors que cette limite n'existait pas pour les hommes. Elle dit qu'actuellement les conditions de travail à l'usine General Motors dans l'Etat d'Ohio, où près de 2.500 femmes ouvrières travaillent dur, ont considérablement changé. Ainsi, elle se voit obligée maintenant de tenir une machine très lourde, ou de nettoyer un four métallique de 250 livres qu'un ouvrier musclé et bien bâti a placé là quelques minutes auparavant. Elle se sent, après un tel travail, complètement exténuée et meurtrie. Elle dit qu'elle doit, toutes les minutes, accrocher avec un cric une mouche de 60 à 120 centimètres, pesant 35 livres, et qu'elle a toujours les mains gonflées et endolories.
Cet article décrit ensuite l'anxiété et l'angoisse d'une autre femme dont le mari est marin dans la Navy. Cette femme raconte que l'Amiral a décidé d'affecter un certain nombre de femmes pour travailler avec les marins sur les navires. Un navire avec un équipage de 40 femmes et 480 hommes est ainsi parti en mission. A son retour de mission, les pires craintes des épouses des marins se sont avérées justifiées. En effet, on a appris que non seulement il y eut de nombreuses idylles amoureuses à bord du navire, mais la plupart des femmes ont eu des rapports sexuels avec plus d'un homme.
L'article rapporte que dans l'Etat de Floride, les veuves sont très soucieuses depuis la libération des femmes, parce qu'un juge de cet Etat a déclaré inconstitutionnel un article de loi qui exonérait des impôts sur les revenus les veuves qui ne possédaient pas plus de 500 dollars, en arguant que cette loi constitue une discrimination contre les hommes et au profit des femmes.
L'article ajoute que les veuves de Floride sont les premières à pâtir de cette tendance à l'égalité des sexes. Le tour des autres viendra. Pour beaucoup de gens la question est de savoir si les femmes ont perdu beaucoup plus qu'elles n'ont gagné à la suite de leur "libération" ? Mais nous disons à quoi bon cette interrogation ? Les jeux sont faits. Cette année, vingt-sept amendements à la Constitution américaine ont été adoptés, en vertu desquels tous les privilèges liés au sexe de l'individu sont considérés comme inconstitutionnels. Ainsi les craintes exprimées par le Professeur Ruscobound, de l'Université de Harvard, selon lesquelles la libération de la femme aura des conséquences regrettables pour la position légale de la femme aux Etats-Unis.
G. Irvin, un Sénateur de Caroline du Nord, après avoir étudié la société américaine où les hommes et les femmes ont des droits égaux, propose que tous les codes familiaux soient amendés et que les hommes n'aient plus à couvrir le budget de la famille.
Selon cette revue, un jour Mme MacDaniel dit que certaines ouvrières de son usine souffrent d'hémorragies internes parce qu'elles soulèvent des objets lourds, et que ces femmes désirent revenir à leur ancienne position. Elles veulent être considérées comme des femmes et non pas comme de simples ouvrières. Pour les partisans de l'égalité tout semble très simple. Ils sont assis tranquillement dans leurs appartements luxueux et parlent de l'égalité des droits, mais ils n'ont jamais mis les pieds dans les usines où la plupart des femmes salariées de ce pays doivent travailler. Mme MacDaniel dit qu'elle ne veut pas de cette égalit, parce qu'elle ne peut faire de travaux manuels. Les hommes sont plus forts que les femmes. Elle préfère laisser tomber le travail plutôt que rivaliser avec les hommes. Les privilèges que les femmes qui travaillent en Ohio ont perdus valent bien mieux que les bénéfices qu'elles ont gagnés sous la protection de la loi des travailleurs. Les femmes ont perdu leur personnalité. On ne sait pas ce qu'elles auraient gagné après leur émancipation. La position ? Peut-être la position d'un petit nombre a été améliorée, mais pas celle de la majorité.
Tel était l'essentiel de l'article. Il apparaît clairement, d'après son contenu, que ces femmes sont si écurées par ce qu'on leur a imposé au nom de la liberté et de l'égalité, qu'elles sont devenues allergiques à ces deux mots. Elles oublient que ce ne sont pas les mots qu'il faut blâmer. L'homme et la femme sont deux étoiles, avec leurs orbites distinctes dont elles ne doivent pas sortir :
«Le soleil ne peut rattraper la lune, ni la nuit devancer le jour. Chacun
d'eux vogue dans son orbite.»
(Sourate Yâssîne, 36 : 40)
Leur bonheur, tout comme le bonheur de toute la société humaine, dépend de la condition dans laquelle ils se meuvent dans leurs orbites distinctes. La liberté et l'égalité ne peuvent être utiles que si chacun des deux sexes suit son cours naturel.
Lorsque nous disons que la question des droits de la femme à la maison et dans la société doit être réexaminée ou réévaluée, et qu'il ne faut pas qu'elle reste dans les limites de sa précédente évaluation, nous entendons par là que nous devons être guidés par la nature et prendre en considération toutes les expériences heureuses et malheureuses du passé, et spécialement celles du siècle courant. C'est par la suite seulement que l'action en faveur des droits de la femme devient vraiment positive.
Il est admis par tout ami ou ennemi que c'est le Saint Coran qui a ravivé les
droits de la femme. Même les adversaires admettent du moins que le Noble Coran a
franchi, à l'époque de sa Révélation, un grand pas vers l'amélioration de la
condition des femmes et la restauration de leurs droits humains. Le Saint Coran
a fait renaître les droits de la femme en sa qualité d'être humain et de
partenaire de l'homme dans l'humanité et les droits humains, mais sans négliger
la qualité spécifique de la femme ou de l'homme. En d'autres termes, le Coran
n'a pas oublié la nature de la femme. C'est pourquoi il existe une parfaite
harmonie entre les Commandements de la nature et les Commandements du Saint
Coran. La femme dans le Coran est la même que la femme dans la nature. Ces deux
grands Livres divins, l'un créé, l'autre compilé, se conforment pleinement l'un
avec l'autre. Le principal but de notre livre est de projeter la lumière sur
cette harmonie et cette conformité, et de les expliquer.
Le Problème des Relations Familiales
Le problème des relations familiales n'est pas, à notre époque, si simple qu'il puisse être résolu à travers des sondages d'opinion parmi les jeunes gens et les jeunes filles, ni à travers des séminaires. Il n'est pas confiné à un seul pays, et aucun pays n'a pu prétendre l'avoir réglé avec succès.
Will Durant, le célèbre philosophe et auteur de "L'Histoire de la Civilisation"(3) écrit : «Si nous supposions que nous vivions en l'an 2000, et que nous voulions savoir quel était l'événement le plus important du 1er quart du 20e siècle, nous remarquerions que ce ne fut ni la 1ère Guerre Mondiale, ni la Révolution russe, mais le changement opéré dans la position de la femme. Rarement l'histoire a connu un tel changement incroyable en si peu de temps. Le foyer familial, qui avait été jusqu'alors la base de l'organisation sociale, le système conjugal qui avait constitué une prévention contre la débauche et une garantie de la stabilité de la vie familiale, la loi morale complexe qui nous avait aidé à passer de la barbarie à la culture et à une conduite sociale disciplinée, tout ceci a été balayé par ce changement révolutionnaire.»
Même maintenant, alors que nous vivons au 3e quart du 20e siècle nous entendons plus que jamais les gens se plaindre de l'effondrement du système du foyer, de l'affaiblissement de la base matrimoniale, de la tendance des jeunes hommes à éviter le mariage et des femmes à détester la maternité, de la détérioration des rapports entre les parents (notamment les mères) et les enfants, du penchant de la femme à la vulgarité, du remplacement de l'amour par une sensualité vulgaire, de fla croissance du nombre des divorces et des enfants illégitimes, et de la raréfication de la sincérité et de la cordialité entre la femme et le mari.
Devrions-nous imiter l'Occident ou être Indépendants ?
Il est regrettable que certaines gens mal informées pensent que les questions relatives aux rapports familiaux sont similaires aux problèmes de l'organisation du tourisme, de la conduite d'un taxi ou d'un bus, de l'installation de réseaux de canalisations d'eau et d'électricité qui sont résolus par les Européens depuis longtemps, et que, étant donné notre inefficacité ou notre incompétence face à telles difficultés, nous devons suivre leur exemple le plus tôt possible.
C'est là une pure illusion. Les Européens sont les plus grandes victimes des problèmes familiaux. Ils en souffrent plus que quiconque et leurs intellectuels le reconnaissent volontiers. Vivant à côté de la question de l'éducation féminine, ils sont sur ce point dans un désordre total et très loin de leur avance sur les autres domaines, technologiques, scientifiques, etc. Leur vie familiale est de loin moins heureuse que la nôtre.
D'aucuns pensent que la détérioration et la corruption du système familial sont dues à la libération de la femme, laquelle libération à son tour résulte inévitablement de la vie industrielle et du progrès de la science et de la civilisation. C'est une question du déterminisme historique. Ils estiment que nous n'avons d'autre alternative que de nous soumettre à la corruption et au chaos, et d'oublier le bonheur familial que nous vivions auparavant.
Cette façon de penser est très superficielle et enfantine. Nous admettons que la vie industrielle a affecté les relations familiales et continue de le faire, mais les principaux facteurs qui perturbent la vie familiale en Europe sont au nombre de deux.
L'un d'eux consiste en les coutumes, les usages et les lois absurdes et cruels qui prévalaient en Europe jusqu'au siècle dernier. C'est seulement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle que la femme a obtenu le droit de posséder une propriété.
L'autre facteur est le fait que ceux qui s'étaient occupés de l'amélioration de la position de la femme ont choisi une mauvaise voie. Ils ont cherché à embellir ses sourcils, mais ils ont fini par la priver de la vue.
Encore plus que la vie industrielle, ce sont les vieilles lois de l'Europe et les réformes des modernistes qui doivent assumer la responsabilité du chaos et de la confusion actuels. C'est pourquoi nous, Musulmans d'Orient, nous ne sommes nullement obligés de suivre la voie qu'ils ont empruntée, et de tomber dans la fondrière dans laquelle ils sont tombés. Nous devons être prudents vis-à-vis de la vie occidentale.
Nous devons considérer la vie en Occident avec prudence. Lorsque nous
cherchons à utiliser et à acquérir leurs sciences, leurs industries, leurs
techniques et certains de leurs règlements sociaux commandables, nous devons
nous abstenir d'imiter leurs coutumes, usages et lois qui leur ont apporté tant
de malheurs. Nous devons éviter par exemple d'amender notre Code civil et nos
relations sociales en vue de les conformer aux lois européennes.
Un jour, une fille, l'air perturbée, vint voir le Saint Prophète et lui dit :
O Messager d'Allah ! Mon père m'a fait une grande injustice.
Que t'a-t-il donc fait, lui demanda le Prophète ?
Il a un neveu et il m'a mariée à lui sans mon consentement, répondit-elle.
Consens donc à ce qu'il t'a donné et sois la femme de ton cousin, dit le Prophète.
Mais je n'aime pas mon cousin. Comment pourrais-je par conséquent me marier avec un homme que je n'aime pas, protesta-t-elle ?
Dans ce cas-là, pas de problème. Si tu ne l'aimes pas, choisis une autre personne que tu aimerais, la rassura le Noble Prophète.
En fait, je l'aime beaucoup et je n'aime personne d'autre, et je ne veux me marier avec personne d'autre. Mais parce que mon père m'a mariée sans demander mon avis, je suis venue te voir pour t'en parler. Je voulais t'entendre dire justement ce que tu viens de dire. Je voulais que toutes les femmes sachent que les pères n'ont pas le droit de décider ce qui leur plairait et de marier leurs filles à qui ils aimeraient.
Cette histoire a été rapportée par d'éminents juristes dans des ouvrages hagiographiques qui font autorité tels que "al-Masâlik" (d'al-Chahîd al-Thânî)(4), et "Jawâhir al-Kalâm". Pendant l'époque pré-islamique, les Arabes, comme tous les autres peuples de l'époque, croyaient qu'ils avaient une pleine autorité sur leurs filles et leurs surs, et parfois même sur leurs mères. Ils ne reconnaissaient pas à la femme le droit de choisir son mari, ce choix étant le privilège exclusif du père, du frère, et en leur absence, de l'oncle paternel, et ce à tel point qu'un père se permettait d'offrir sa fille en mariage avant même sa naissance. Un homme pouvait conclure un contrat avec un autre, en vertu duquel si le premier avait une fille, celle-ci devrait se marier avec le second lorsqu'elle serait grande.
Un jour, au cours de son dernier pèlerinage, le Saint Prophète vit un homme s'approcher de lui et lui dire :
J'ai une plainte à déposer.
Oui, qu'est-ce qu'il y a, demanda le Noble Prophète ?
Il y a quelques années, pendant l'époque pré-islamique, Târiq ibn Murqa' et moi participions à une bataille. Au cours du combat, il réclama une lance en criant : «N'y a-t-il personne qui voudrait bien me donner une lance contre une récompense ?» Je suis allé vers lui et lui ai demandé quelle était la récompense promise. Il dit qu'il m'accorderait la main de la première fille qu'il aurait. Depuis cette époque les années se sont écoulées. Récemment, j'ai découvert que cet homme a eu une fille et qu'elle se trouve à la maison. Je suis allé chez lui et je lui ai rappelé sa promesse. Mais il est revenu sur sa promesse et m'a demandé de payer une nouvelle dot. C'est pourquoi je suis venu te voir pour savoir qui de lui ou de moi a raison.
Quel est l'âge de la fille, demanda le Saint Prophète ?
La fille a grandi. Un cheveu blanc est même apparu sur sa tête.
Si tu veux mon avis, ni toi ni lui n'avez raison. Va t'occuper de tes affaires et laisse la pauvre fille à son sort, lui conseilla le Prophète.
L'homme resta déconcerté devant cette réponse pendant quelques moments. Il se demandait avec étonnement quel verdict c'était ! Les pères n'ont-ils pas d'autorité sur leurs filles ? Pourquoi le père n'aurait-il pas le droit de prendre une nouvelle dot et d'accorder volontiers la main de sa fille ?
Le Prophète ayant remarqué l'étonnement et la déconcertation de cet homme lui dit :
Ne te soucie pas. Si tu fais ce que je t'ai dit, ni toi ni ton ami Târiq ne commettrez aucun péché.
Il y avait pendant l'époque pré-islamique une forme de mariage en vogue, appelée le mariage d'échange. C'était là la manifestation de l'autorité absolue des pères sur leurs filles. Il consistait en le fait qu'un homme offre en mariage sa fille à un autre homme à condition que celui-ci offre à son tour sa fille en mariage à celui-là. Dans ce type de mariage, aucune des deux mariées n'obtenait de dot. L'Islam abolit cette coutume. Le Saint Prophète accorda une liberté totale à sa fille Fâtimah al-Zahrâ' pour qu'elle choisisse son mari.
Lorsque Ali ibn Abi Talib (P) vint un jour demander au Saint Prophète la main de sa fille, Fâtimah al-Zahrâ' (P), ce dernier lui dit que plusieurs personnes s'étaient déjà présentées pour le même motif et qu'il avait fait part de leur désir à sa fille, mais celle-ci avait tourné la face en signe de refus. Le Saint Prophète lui promit d'informer Fâtimah al-Zahrâ' de son désir aussi.
Le Saint Prophète alla voir Fâtimah et lui parla du désir de Ali de se marier avec elle. Cette fois, à la grande joie du Messager d'Allah sa fille ne détourna pas la face et resta calme, en signe de consentement. En sortant le Saint Prophète ne cacha pas son bonheur en s'écriant :
Allah est le plus Grand !
Le Mouvement islamique de Libération des Femmes
L'Islam a rendu un grand service à la femme. Non seulement il a mis fin au contrôle absolu des pères sur leurs filles, mais il a accordé à la femme la liberté, l'indépendance de pensée et d'opinion et lui a donné une personnalité.
Il reconnaît officiellement ses droits naturels. Toutefois il y a des différences fondamentales entre les mesures prises par l'Islam à cet égard et ce qui a été fait en Occident.
La première différence concerne la psychologie de l'homme et de la femme. Sur ce point l'Islam a, en effet, fait des merveilles. Nous en discuterons dans les chapitres suivants.
La seconde différence réside en ceci que l'Islam, tout en rendant les femmes conscientes de leurs droits, et tout en leur assurant une personnalité, la liberté et l'indépendance, ne les a pas incitées à la révolte ni à garder rancune envers les hommes.
Le mouvement islamique de libération de la femme était blanc. Il n'était ni noir, ni rouge, ni bleu, ni violet. Il n'a pas mis un terme au respect des filles pour leurs pères et des femmes pour leurs maris. Il n'a pas renversé les bases de la vie familiale ni n'a rendu les femmes soupçonnées à propos de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs maris et enfants. Il n'a pas laissé à un homme célibataire l'occasion de profiter d'une femme sans assumer ses responsabilités. Il n'a pas arraché les femmes à leurs maris ni les filles à leurs parents pour les livrer aux magnats riches et aux fonctionnaires. Il n'a rien fait de semblable à ce qui avait suscité tant de torrents de larmes, dénonçant le déchirement des familles en pièces. Là où la protection paternelle a disparu, là où personne ne sait quoi faire avec une perversion sans cesse rampante, avec une croissance incessante des cas d'infanticide et d'avortement, avec 40 % d'enfants illégitimes et avec tant de nouveau-nés dont on ne connaît pas les pères et dont les mères ne veulent pas parce qu'ils ne sont pas nés d'un mariage légal. Les mères de tels enfants les livrent tout simplement à une organisation sociale quelconque sans jamais revenir pour s'en enquérir.
Sans doute avons nous besoin, dans notre pays, d'un mouvement de libération de la femme, mais ce dont nous avons vraiment besoin, c'est un mouvement islamique blanc, et non d'un mouvement européen avec une teinte noire et sombre. Nous avons besoin d'un mouvement qui reste à l'abri des mains sales des obsédés sexuels parmi les jeunes. Nous avons besoin d'un mouvement vraiment islamique de libération de la femme, mouvement issu des nobles enseignements islamiques, mouvement fondé sur l'étude profonde et logique de la société musulmane.
La question qui nécessite un examen sur le plan de l'autorité exercée par les pères sur leurs filles est de savoir si le consentement du père est essentiel dans le cas du premier mariage d'une fille vierge.
Il y a, du point de vue islamique, certaines choses incontestables qu'il convient de rappeler.
Le garçon et la fille sont tous deux économiquement indépendants. Tout être humain, adulte et sain d'esprit, a le droit d'avoir le contrôle total de sa propriété, à condition d'être socialement mûr, c'est-à-dire capable de veiller sur lui-même. Un père, une mère, le mari ou le frère n'ont pas pouvoir de supervision et d'intervention sur lui ou sur elle, sur ce plan.
Un autre point incontestable à rappeler, a trait au mariage. Les garçons adultes et mûrs ont une pleine liberté à cet égard et personne d'autre n'a aucun droit d'intervention. La position de la femme qui a été mariée une première fois et qui se trouve maintenant sans époux est la même. Mais le cas d'une fille vierge qui veut se marier pour la première fois est un peu différent.
Il ne fait aucun doute que le père ne peut forcer même une fille vierge à se marier avec quelqu'un contre sa volonté. Nous savons déjà ce que le Saint Prophète a dit à une fille que son père avait mariée sans son consentement. Il lui a fait savoir que si elle n'était pas heureuse, elle pourrait se marier avec un autre. Mais il existe une différence d'opinion entre les juristes sur la question de savoir si une fille vierge peut contracter un mariage sans le consentement de son père, et si la validité de son mariage est conditionnée d'une manière ou d'une autre par le consentement de son père.
Il y a un autre point incontesté : si le père refuse de donner son consentement sans une raison valable, il perd son droit. Les juristes affirment unanimement que dans un tel cas la fille est libre de contracter le mariage avec quiconque de son choix.
Mais autrement, comme nous l'avons souligné, les juristes divergent sur le point de savoir si la validité du mariage d'une fille vierge dépend du consentement de son père. La majorité des juristes, spécialement les contemporains, disent que non. Mais d'autres sont d'avis que cette validité dépend du consentement du père.
Etant donné que ce point fait l'objet de divergence d'opinions, il n'est pas possible d'en traiter du point de vue islamique. Toutefois, il peut être abordé du point de vue social.
L'homme soumis à la volupté, la Femme prisonnière de l'amour
La règle selon laquelle la fille vierge ne doit pas, ou tout au moins ne devrait pas, se marier sans le consentement de son père, n'a pas pour fondement le fait qu'elle soit considérée comme mineure ou moins mûre que le garçon. Car si c'était ainsi, il ne devrait pas y avoir de différence entre une fille de 16 ans déjà mariée une première fois et divorcée depuis, et qui de ce fait n'a pas besoin du consentement de son père pour un nouveau mariage, et une fille vierge de 17 ans qui elle en a besoin pour pouvoir se marier, selon l'avis de certains juristes. En outre, si l'Islam regardait les filles comme n'étant pas mûres, il ne leur aurait pas accordé l'indépendance économique et n'aurait pas considéré des transactions impliquant des millions de francs, faites par elles d'une façon indépendante, comme valides. Même si nous dépassons les arguments jurisprudentiels relatifs à cette question, celle-ci a un fondement philosophique qu'on ne saurait ignorer.
Il n'est nullement question de l'immaturité de la femme, ni de son inadéquation intellectuelle. Il s'agit plutôt d'un aspect déterminé de la psychologie des deux sexes, à savoir l'esprit de la séduction ou de la chasse chez l'homme d'une part, et de la crédulité de la femme concernant la fidélité et la sincérité de l'homme d'autre part.
L'homme cherche le sexe et la femme cherche l'amour. L'homme est soumis à son besoin sexuel, alors que la femme, d'après les psychologues, possède une plus grande capacité à contrôler et à dissimuler ses désirs. C'est la mélodie de l'amour, la sincérité et la fidélité qui subjuguent la femme et la font s'agenouiller. C'est ce qui signifie la crédulité de la femme.
Tant que la femme est vierge et qu'elle n'a pas d'expérience avec un homme, elle peut être facilement leurrée par des rêves d'amour.
Le professeur Reeck, un psychologue américain, dit que la meilleure phrase qu'un homme puisse dire à une femme, c'est : «Chérie, je t'aime». Il dit que la bonne chance pour une femme, c'est de pouvoir gagner le cur d'un homme et de le retenir toute sa vie.
Le Saint Prophète, ce psychologue divin, a exprimé clairement cette vérité il y a 1400 ans. Il a dit que si un homme exprime son amour à une femme, celle-ci n'oubliera jamais sa déclaration.
Les hommes qui cherchent toujours à séduire une femme exploitent pleinement ce sentiment familial. Les mots : «Je t'aime à mourir» sont le meilleur appât pour séduire une femme qui n'a pas eu d'expérience avec un homme.
C'est pourquoi il est essentiel qu'une fille sans expérience sexuelle consulte son père et obtienne son consentement avant de contracter un mariage. Les pères connaissent mieux la mentalité des hommes et pensent, sauf dans certains cas exceptionnels, à l'intérêt de leurs filles. Donc la loi qui exige le consentement du père ici, ne méprise pas la femme, loin de là, elle cherche seulement à la protéger. Objecter à la nécessité d'obtenir le consentement du père lors du mariage de sa fille vierge et inexpérimentée est plus illogique que s'interroger sur le fait de savoir pourquoi le consentement du père ou de la mère n'a pas été rendu nécessaire dans le cas des garçons.
Je m'étonne comment les gens qui entendent chaque jour les conséquences dramatiques des histoires d'amour libre entre les garçons et les filles, continuent de conseiller à celles-ci de se révolter et de ne pas écouter les conseils de leurs parents protecteurs.
A mon avis cette attitude équivaut à une sorte de complicité entre ceux qui prétendent avoir de la sympathie pour la cause de la femme et les coureurs de jupons. Les premiers préparent en fait le terrain aux seconds et leur facilitent le travail.
La fille a une option absolue concernant son mariage. Seulement, cette option dépend du consentement du père, mais à condition que celui-ci ne s'abstienne pas de le donner par mauvaise intention ou parce qu'il n'est pas compétent pour émettre un jugement adéquat, pour une raison ou une autre. Qu'est-ce qu'il y a de mal dans une telle règle que l'Islam a instaurée, ou comment peut-on considérer cette règle comme étant contre le concept fondamental de la liberté humaine ? Cette règle est une précaution juste pour sauvegarder l'intérêt des filles inexpérimentées et une sorte de prévention contre une tendance naturelle de l'homme à vouloir satisfaire ses désirs.
A cet égard aucune objection ne se justifie à cette loi islamique telle que nous venons de la comprendre. Ce à quoi on peut objecter, ce sont de mauvaises coutumes qui prévalent chez les Musulmans. En effet, beaucoup de pères continuent de croire, à tort, qu'ils ont une autorité absolue sur leurs filles, et que si celles-ci donnent leur avis sur le choix de leurs partenaires (qui sont censés devenir les pères de leurs futurs enfants), il s'agit d'une sorte d'insolence et d'incorrection. Ils ne prêtent pas suffisamment attention à la maturité de la fille, alors que l'opinion de celle-ci constitue selon la loi islamique une nécessité indiscutable. Beaucoup de mariages se déroulent avant que la mariée n'atteigne la maturité, et sont de ce fait légalement invalides et nuls. Dans la plupart des cas on ne vérifie pas si la fille est déjà mûre ou non, et on a tendance à croire que la puberté de la fille suffit pour que son mariage soit valide. Mais nous savons ce que les grands juristes ont écrit sur la nécessité et les critères du test de la maturité des filles. Certains juristes ont posé comme condition de la validité du mariage de la fille, sa maturité religieuse également. Ils ont soutenu que seules les filles qui connaissent les principes de la religion et qui savent faire des raisonnements intellectuels sur les fondements de la religion sont aptes au mariage. Malheureusement, la plupart des parents (ou tuteurs) et de ceux qui président aux cérémonies religieuses du mariage ne respectent pas ces conditions.
Il est à noter que dans la conclusion de tous les anciens contrats de mariage les mots "adultes et mûrs" figuraient avec les noms des futurs conjoints.
En tout état de cause, selon la loi chiite, une femme adulte et mûre et ayant
été déjà mariée une première fois, n'a pas besoin du consentement de son père
pour contracter un nouveau mariage.
Le défunt Nehru, l'ex-Premier Ministre indien, avait des idées laïques et ne croyait à aucune religion. Il ressort de ses déclarations que ce qui le rendait allergique à la religion, c'était d'après lui la rigidité et la monotonie de celle-ci.
Vers la fin de sa vie, il sentait un vide en lui et dans le monde, et a cru que ce vide ne pourrait être rempli que par une force spirituelle. Cependant, il gardait encore son aversion pour la religion, car il pensait toujours qu'un état de rigidité et de monotonie prévaut dans toutes les religions.
Un journaliste indien, M. Karanjia, avait interviewé Nehru vers la fin de sa vie ; c'était apparemment la dernière interview au cours de laquelle le dirigeant indien a exprimé ses points de vue sur les problèmes généraux du monde. Evoquant Gandhi, le journaliste lui dit : «Certains esprits libéraux et progressistes croient que Gandhi a infléchi et modéré, par ses solutions émotionnelles et ses moyens moraux et spirituels, votre croyance originelle au socialisme scientifique.» Nehru a répondu : «C'est bien et même nécessaire de tirer avantage des moyens moraux et spirituels. J'étais toujours d'accord avec Gandhi à cet égard. Je crois qu'il est nécessaire de s'armer de plus en plus de ces moyens, car maintenant plus que jamais nous avons besoin de réponses spirituelles et morales aux questions que pose le vide moral créé par la culture moderne qui se répand.»
Puis le journaliste lui posa des questions sur le marxisme. Nehru admit l'imperfection de cette doctrine, et souligna ses défauts. Il suggéra encore une solution spirituelle aux problèmes du monde. Là, le journaliste saisit l'occasion pour lui dire franchement : «M. Nehru, votre conception actuelle des solutions morales et spirituelles ne vous rend-elle pas différent du Nehru d'hier ? Ce que vous venez de dire laisse penser que le Nehru de la fin de sa vie se met à la recherche de Dieu.»
Nehru répondit : «Oui, j'ai changé. Mon insistance sur les valeurs morales et spirituelles n'est pas fortuite» ; et d'ajouter : «Maintenant, la question qui se pose est comment rehausser la morale et la spiritualité au plus haut niveau. Certes la religion devrait pouvoir accomplir cette mission, mais malheureusement, elle a pris la forme d'un ritualisme myope et rigide et s'est réduite à des formalités rigides. Seules sa forme extérieure et sa coquille ont survécu, alors que son esprit et sa conception authentiques ont disparu.»
L'Islam et les exigences de l'époque moderne.
De toutes les religions, l'Islam est la seule qui s'occupe de tous les aspects de la vie humaine. Ses enseignements ne se limitent pas aux actes d'adoration, à la prière et à une série de conseils moraux. De même qu'il traite des relations de l'homme avec Allah, de même il trace les grandes lignes des relations de l'homme avec l'homme. Il traite sous différentes formes des droits et devoirs individuels aussi. C'est pourquoi la question de savoir si ses enseignements sont applicables ou non aux changements constants des circonstances et à l'évolution des époques est pertinente dans le cas de l'Islam plus que dans celui de n'importe quelle autre religion.
Notons au passage que beaucoup d'intellectuels et d'écrivains non musulmans ont étudié les lois sociales et civiles de l'Islam et conclu qu'elles constituent un corps de lois progressistes. Ils ont rendu un grand hommage à l'Islam en tant que religion vivante et éternelle, et ont reconnu la validité et l'actualité de ses lois à toutes les époques et toutes les circonstances.
Le célèbre écrivain libéral anglais Bernard Shaw a dit : «J'ai toujours tenu en haute estime la religion de Mohammad à cause de son étonnante vitalité. Elle est la seule religion qui m'apparaît apte à s'adapter aux changements des circonstances, à la variété des situations et à l'évolution des époques. Et je prédis -en m'appuyant sur les signes de cette prédiction qui se manifestent d'ores et déjà- que la religion de Mohammad sera acceptable en Europe demain.»
«Les hommes de clergé du Moyen Age avaient, soit par ignorance soit par fanatisme, brossé un portrait sombre de la religion de Mohammad. Ils détestaient en fait et l'homme et sa religion, et le considéraient à tort comme étant l'ennemi de Jésus Christ. J'ai étudié profondément cet homme étonnant et extraordinaire, et à mon avis, loin d'être un anté-Christ, il mérite l'appellation de Sauveur de l'Humanité. Je crois que si un homme comme lui dirigeait aujourd'hui le monde moderne, il réussirait à résoudre ses problèmes de manière à lui apporter la paix et le bonheur qui lui manquent.»
Le Dr. Chibli Châmel, un Libanais matérialiste arabe, a traduit pour la première fois "l'Origine des Espèces" de Darwin en arabe avec un commentaire d'un scientifique allemand, Bouchner, en lui donnant le titre de "Arme contre les croyances religieuses". Bien qu'il soit matérialiste, il n'a éprouvé aucune gêne en affichant son admiration pour l'Islam en tant que religion vivante et applicable à toutes les époques.
Cet homme a écrit dans le second volume de son livre intitulé "Philosophie de l'Evolution", et publié en arabe, un article portant le titre de "Le Coran et la Civilisation" en vue de réfuter les assertions d'un non-Musulman qui, ayant travaillé dans les pays musulmans, avait prétendu que l'Islam est responsable du déclin des Musulmans.
Chibli Châmel a essayé de démontrer qu'en réalité la cause du déclin des Musulmans est leur déviation des enseignements sociaux de l'Islam, et que ceux des Européens qui attaquent l'Islam le font, soit par ignorance, soit dans l'intention de faire douter les peuples orientaux de leurs lois et de leur système afin de les maintenir sous la tutelle de l'Occident.
De nos jours la question de savoir si l'Islam est compatible avec l'époque moderne devient brûlante. Lorsque nous rencontrons des gens de toutes les catégories sociales, et notamment ceux des classes cultivées, nous remarquons que cette question est posée plus que n'importe quelle autre question.
Parfois, ces gens donnent une tournure philosophique à leur discussion et disent que puisque tout dans ce monde est sujet à changement et que rien n'est statique ni stationnaire, y compris la société humaine, comment peut-on concevoir qu'un corps de lois demeure immuable à travers les âges ?
Si nous considérons cette question d'un point de vue purement philosophique, la réponse en est simple. Ce sont les choses matérielles du monde qui subissent des changements constants, qui se développent et déclinent, et qui sont sujettes à l'évolution et à la décadence. Quant aux lois universelles, elles ne changent pas. Par exemple, les êtres vivants évoluent conformément à des lois spécifiques, et les scientifiques ont mis en évidence les lois de cette évolution. Il n'y a donc pas de doute que les êtres vivants changent constamment, mais les lois de leur évolution et de leur développement ne sont soumises à aucun changement. En parlant des lois, il faut noter qu'il n'y a pas de différence entre les lois naturelles et les lois positives, car il est possible que celles-ci, qui avaient été conçues et promulguées par l'homme, aient eu pour source la nature elle-même, et qu'elles soient conformes au processus d'évolution des individus et de la société humaine.
En tout cas, les interrogations sur la compatibilité ou l'incompatibilité de l'Islam avec les exigences de l'époque n'ont pas qu'un aspect philosophique et général. La question qui se pose le plus souvent est que, puisque les lois sont promulguées en fonction des besoins de l'homme, et que les besoins sociaux de l'homme sont évolutifs, comment les lois sociales pourraient-elles dès lors être immuables ?
Cette question est pertinente, et la réponse en est que l'un des miracles de l'Islam est justement le fait qu'il a promulgué des lois immuables pour les besoins immuables de l'homme, et des lois souples et élastiques pour ses besoins provisoires et changeants. C'est ce que nous allons expliquer avec plus de détails et dans les limites où notre exposé nous le permet.
Avec quoi le Temps est-il lui-même Compatible ?
Avant de répondre à cette question, nous aimerions attirer l'attention sur deux points :
Le premier point est que la plupart des gens qui parlent de progrès, de développement et de changement dans une situation supposent que tout changement social, surtout si sa source se trouve en Occident, est la conséquence du progrès et du développement. C'est là l'une des idées les plus erronées que la génération actuelle ait entretenues.
Ces gens ont l'impression qu'étant donné que les moyens de la vie changent de jour en jour, et que ceux qui sont imparfaits sont remplacés par de plus perfectionnés, et puisque la science et l'industrie progressent constamment, par conséquent tous les changements dans la vie humaine forment une sorte de progrès et d'avancée, et sont de ce fait les bienvenus. Bien plus, ils pensent que de tels changements sont inévitables et doivent intervenir nécessairement un jour ou l'autre.
En réalité tous les changements ne sont ni le résultat direct du progrès de la science et de l'industrie, ni inévitables. Car alors que la science progresse, la nature rebelle de l'homme ne reste pas inactive. La science et la raison poussent l'homme vers la perfection, alors que la nature humaine rebelle l'attire vers la perversion et la déviation. Car les désirs naturels de l'homme s'efforcent de se servir de la science pour mieux assouvir la volupté humaine. Ainsi, tout en étant réceptive au progrès et à la perfection, l'époque est tout aussi réceptive à la perversion et à la déviation. Nous devons donc progresser avec l'évolution du temps, mais tout en combattant la corruption. Les réformateurs et les réactionnaires luttent tous les deux contre le temps, à cette différence près que les premiers se battent contre la perversion de l'époque, et que les réactionnaires combattent contre son progrès. Si nous considérons le temps (l'époque) et ses changements comme le critère de tout le bien et de tout le mal, quel est alors le critère de jugement du temps lui-même ? Si tout doit se conformer au temps, à quoi le temps lui-même doit-il se conformer ? Si l'homme doit suivre les bras croisés le temps et ses changements, que restera-t-il alors du rôle constructif et créatif de la volonté humaine ? L'homme est embarqué sur le véhicule du temps, qui est en mouvement. Il ne doit pas oublier ou négliger de guider et de contrôler son véhicule. Autrement, il serait pareil à une personne montée sur un cheval et qui se laisse guider par la volonté du cheval.
Le second point qui mérite d'être noté ici, est le fait que certains ont résolu le problème de "l'Islam et les exigences de l'époque" d'une façon simpliste. Ils disent que l'Islam est une religion éternelle et peut s'adapter à toute époque. Mais lorsqu'on leur demande comment cette adaptation se fait et quelle est sa méthode, ils répondent que lorsqu'on constatera que l'époque aura changé, on abolira sur-le-champ les anciennes lois pour les remplacer par de nouvelles ! Ils arguent que les lois temporelles de la religion doivent être flexibles et en harmonie avec le progrès de la science et de la connaissance, et l'épanouissement de la culture et de la civilisation. D'après eux, une telle flexibilité et une telle adaptabilité aux exigences de l'époque sont conformes à l'esprit de l'Islam et ne s'opposent nullement à ses enseignements. Ils disent qu'étant donné que les exigences de l'époque sont toujours changeantes, chaque époque commande donc une nouvelle série de lois. En outre, ils affirment que les lois civiles et sociales de l'Islam sont conformes à la vie simple des Arabes du pré-islam, et fondées dans la plupart des cas, sur leurs circonstances et usages. Et comme elles ne sont pas compatibles avec l'époque actuelle, elles devraient être remplacées par des lois modernes.
On doit demander à ces gens : si adaptation signifie aptitude à être abrogé, quelle loi donc n'a-t-elle pas ce type de flexibilité ? Et quelle loi ne s'adapte-t-elle pas à l'esprit de l'époque, dans ce sens ?
Cette interprétation de la flexibilité et de l'applicabilité à toutes époques équivaut exactement au raisonnement de quelqu'un qui dirait que "le livre et la librairie sont le meilleur moyen de jouir de la vie", et qui, lorsqu'il est sommé de s'expliquer sur cet énoncé, répond : «Car on peut vendre les livres à des prix bas, lorsqu'on veut se divertir, et dépenser l'argent ainsi obtenu dans la satisfaction de ses désirs et passions.»
Un écrivain iranien dit que les enseignements de l'Islam sont divisés en trois parties : la première partie consiste en des croyances fondamentales, telles que l'Unité Divine, la Prophétie, la Résurrection, etc. La seconde partie est relative aux actes d'adoration tels que la Prière, le Jeûne, l'ablution, le lavage rituel, le pèlerinage, etc. La troisième partie comprend les lois relatives à la vie des gens.
Selon lui : «Seules les deux premières parties font partie intégrante de la religion et sont à préserver pour toujours. Quant à la troisième partie, elle ne fait pas partie intégrante de la religion, car celle-ci n'est pas concernée par le mode de vie quotidienne des gens. Le Prophète lui-même n'a pas prescrit ces lois comme faisant partie de la religion, car elles ne font pas partie de sa mission prophétique. C'est à peu près par hasard, en sa qualité de chef d'Etat, qu'il a été amené à promulguer certaines lois régissant la vie des gens. Autrement, la religion n'a rien à voir avec la vie mondaine des gens.»
Il est difficile d'imaginer qu'une personne vivant dans un pays musulman puisse être si ignorante des préceptes de l'Islam !
Le Coran n'a-t-il pas décrit les objectifs des Prophètes ? Ne dit-il pas formellement : «Nous avons envoyé nos Messagers avec une preuve claire, et Nous avons fait descendre avec eux le Livre et la Balance afin que les gens établissent la justice.» (Sourate al-Hadîd, 57 : 25) En fait, il décrit la justice sociale comme étant le principal but de tous les Prophètes.
Nous disons à des gens comme cet écrivain iranien : vous n'êtes pas obligés de vous conduire conformément aux enseignements du Coran, mais pourquoi commettez-vous un péché encore plus grave en calomniant l'Islam et le Coran ? La plupart de nos malheurs sont dus au fait que nos murs et nos lois ont perdu leur seule source de force, à savoir la religion.
C'est seulement depuis un demi-siècle que nous entendons crier que l'Islam, c'est bon à condition qu'il reste confiné à la pratique de l'adoration et qu'il ne se mêle pas des affaires de la société. Ce cri est venu de l'extérieur des frontières de la nation musulmane, et on l'a fait propager dans tous les pays musulmans.
A vrai dire, ce cri est porteur d'un message à déchiffrer et dont le contenu est le suivant : «L'Islam doit être sauvegardé dans les limites où il constitue un obstacle devant le communisme, mais il doit disparaître dès lors qu'il porterait atteinte aux intérêts de l'Occident.» En d'autres termes, les enseignements islamiques relatifs au culte doivent survivre -d'après les Occidentaux- afin de s'en servir, le cas échéant, contre le communisme en tant que système athée. Quant aux enseignements islamiques sociaux qui constituent la philosophie de la vie des peuples musulmans et qui, lorsqu'ils sont suivis, confèrent à ces peuples une indépendance réelle et une personnalité distincte par rapport aux Occidentaux, indépendance et personnalité qui empêchent l'Occident de les assimiler et de les exploiter, ils doivent être enrayés.
Malheureusement pour les tenants de cette thèse, ils sont tombés dans un certain nombre d'erreurs :
1 - Tout d'abord, le Coran depuis 1400 ans a éliminé toute velléité de division des enseignements islamiques et la tendance à dire : «Nous croyons à certaines choses (certains des enseignements islamiques) et nous rejetons les autres», et a proclamé les règles de l'Islam comme étant indivisibles.
2 - Nous croyons ensuite qu'il est temps que les Musulmans ne se laissent plus duper par de tels slogans trompeurs. Le sens critique des gens s'est déjà plus ou moins éveillé et ils commencent peu à peu à distinguer les manifestations du progrès scientifique et les forces intellectuelles des manifestations de la corruption et de la perversion, même si elles proviennent de l'Occident.
Les peuples du monde musulman ont à présent plus que jamais conscience de la valeur des enseignements islamiques et se sont rendus compte qu'il leur suffit de les suivre et de s'y conformer pour mener une vie indépendante. Ils semblent s'y attacher tellement qu'ils n'y renonceront jamais.
Les Musulmans conscients savent que les désinformations dont font l'objet les lois islamiques ne sont qu'une duperie impérialiste.
3 - Troisièmement, les tenants de cette thèse doivent savoir que l'Islam est en mesure de faire face à tout système, athée ou non. Son idéal est de conduire la société en tant que philosophie de la vie, et ne veut nullement être confiné à la mosquée et aux autres lieux de culte. L'Islam qu'on veut cantonner aux mosquées, laisserait le champ libre non seulement à l'idéologie occidentale, mais également à des idéologies anti-occidentales. La preuve en est le prix élevé que paie l'Occident dans certains pays musulmans marxisants, à cause de son erreur de calcul.
L'homme n'est pas le seul être vivant qui mène une vie sociale. Beaucoup d'animaux, notamment les insectes, sont grégaires. Ils suivent des règles sensibles mais fixes de coopération, de division du travail, de production et de distribution, et ils donnent et reçoivent des ordres.
Les abeilles, certaines espèces de fourmis et de termites vivent selon des systèmes si superbes que l'homme, qui se considère comme étant le prince de la création, devrait mettre des années, ou même des siècles pour arriver à leur niveau.
Leur civilisation, contrairement à la civilisation humaine, n'a pas passé par des étapes d'évolution tels que l'âge de forêt, l'âge de pierre et l'âge atomique. Ils ont eu, dès le début, la même civilisation et le même système qu'ils ont de nos jours. C'est l'homme seulement qui a commencé sa vie à partir de zéro (voir Sourate al-Nisâ', 4 : 28 : «L'homme a été créé faible») et qui continuera ainsi jusqu'à l'infini.
Pour les animaux, les nécessités de la vie sont toujours les mêmes. la modernité et les nouvelles modes n'ont pas de sens pour eux. L'ancien monde et le nouveau monde n'existent pas pour eux. La science ne fait pas chaque jour une nouvelle découverte les concernant. Les plus récents produits de la lumière et des industries lourdes ne sont pas entrés dans leur marché. Pourquoi ? Parce qu'ils vivent par l'instinct et non par la raison.
Mais la vie sociale de l'homme est toujours sujette à changement. Chaque siècle le monde change. Et c'est là que réside le secret du fait que l'homme est considéré comme le prince de la création. L'homme est le fils mature et digne de la nature. Il est arrivé à un stade d'évolution où il n'a pas besoin de la guidance de cette force mystérieuse qu'est l'instinct.
La nature reconnaît que l'homme est mûr, et c'est pourquoi, elle le laisse libre. Ce qu'un animal accomplit par instinct et en suivant les lois inviolables de la nature, l'homme doit l'accomplir par son intellect et sa connaissance, et en suivant des lois décrétées et violables.
Etant le maître de son destin, l'homme peut toujours dévier de la voie du progrès, et c'est là que réside le secret de ses faux pas, de ses revers et de ses erreurs.
De même que la voie du progrès et de l'avancement lui est ouverte, de même la voie de la corruption, de la perversité et de l'échec l'est aussi.
L'homme a atteint un tel stade d'évolution que, selon les termes du Saint Coran, il peut prendre en charge la lourde responsabilité que les cieux, la terre et les montagnes n'ont pu porter. En d'autres termes, il peut mener une vie libre et accepter des responsabilités légales, professionnelles et autres. C'est la raison pour laquelle il n'est pas immunisé contre l'erreur, l'égoïsme, l'ignorance et l'injustice.
Là où le Coran évoque cette formidable capacité de l'homme, il souligne immédiatement son "injustice" et son "ignorance".
Ces deux capacités de l'homme : sa capacité d'évoluer et sa capacité de dévier sont inséparables. L'homme n'est pas pareil à l'animal qui, dans sa vie sociale, ne peut ni avancer ni reculer, ni tourner à gauche ni à droite. Dans sa vie, l'homme avance parfois et recule parfois. S'il y a dans la vie humaine mouvement et accélération, il y a aussi arrêt et pause. S'il y a progrès et évolution, il y a aussi corruption et déviation. S'il y a vertu et justice, il y a aussi agression et injustice. S'il y a manifestations de savoir et de sagesse, il y a également manifestations d'ignorance et de passion.
Et il est possible que les changements qui interviennent et les phénomènes qui apparaissent à chaque étape soient de la dernière catégorie (passion, injustice, déviation, etc.).
Les Esprits rigides et les Ignorants
L'homme fait parfois trop de choses, et parfois pas assez. S'il veut adopter une attitude intermédiaire, il doit s'efforcer de distinguer les changements de la première catégorie et les changements de la seconde catégorie. Il doit s'efforcer de faire évoluer l'époque par la force de la science, l'invention, l'effort et le travail. Il doit s'efforcer de s'adapter aux aspects du développement et du progrès de son époque. Il doit aussi s'efforcer d'empêcher l'avènement de déviations liées à l'époque et d'éviter de s'y engager.
Mais, malheureusement, l'homme n'adopte pas toujours cette attitude. Il est sujet à tomber dans deux fléaux dangereux : la maladie de la rigidité et la maladie de l'ignorance. Le premier mal conduit à la stagnation et au refus du progrès, le second, à la perversité et à la ruine.
Un esprit rigide a de l'aversion pour tout ce qui est nouveau et ne peut se réconcilier avec rien qui ne soit ancien. D'un autre côté un ignorant considère tout ce qui est nouveau comme étant moderne et progressiste, comme étant une exigence de l'époque. Pour un esprit rigide, tout nouveau développement signifie corruption et perversité, alors que pour l'ignorant, tous les nouveaux développements signifient indistinctement expansion de la culture et de la connaissance.
Les gens rigides ne distinguent pas la coque du grain, la fin et les moyens. A leur avis le devoir de la religion est de préserver tout ce qui est désuet et suranné. Ils pensent que le Coran est descendu pour arrêter la marche de l'histoire et fixer les conditions du monde au stade où elles se trouvaient.
Dans leur optique, les vieilles coutumes dépassées, telles que l'habitude de commencer la lecture par la dernière partie du Coran, d'écrire avec un roseau, d'utiliser un étui à stylo fait de carton, de se laver dans le bain turc à l'ancienne, de manger avec les mains, s'éclairer avec une lampe à pétrole, et de vivre dans l'ignorance et l'analphabétisme, constituent des rites religieux qu'il faut préserver. A l'opposé, les ignorants ont les yeux fixés sur le monde occidental afin de pouvoir imiter toute nouvelle mode et toute nouvelle coutume, et ils appellent cela modernité et exigence de l'époque.
L'esprit rigide et l'ignorant supposent tous les deux que les anciens usages et coutumes font partie des rites de la religion, mais à cette différence près que le premier veut les préserver alors que le second (l'ignorant) croit que la religion est essentiellement concomitante du culte de l'ancien et de la tendance à la stagnation et à l'inertie.
Au cours des quelques derniers siècles, la question de la contradiction entre la religion et la science a fait l'objet de beaucoup de débats en Occident. L'idée de la contradiction est née de deux développements :
1 - Tout d'abord l'Eglise avait adopté quelques notions philosophiques et scientifiques anciennes, comme étant des croyances religieuses qu'il fallait accepter, mais ces notions se sont avérées fausses grâce au progrès de la science.
2 - Ensuite, le fait que la science a changé le visage et les conditions de la vie.
De la même façon qu'ils ont donné une coloration religieuse à certaines questions philosophiques, les religieux rigides ont essayé de faire appartenir à la religion la forme matérielle extérieure de la vie, ce qui a conduit les ignorants à croire que les choses sont effectivement ainsi, et que la religion avait adopté une conception matérielle de la vie pour les gens. Or, étant donné que la forme matérielle de la vie doit -selon la science- changer, la science a décrété l'abolition de la religion.
La rigidité des uns et l'ignorance des autres ont engendré l'idée fictive de la contradiction entre la science et la religion.
L'Islam est une religion progressiste, et il veut que ses adeptes soient progressistes eux aussi. Le Noble Coran a recouru à une parabole pour persuader les Musulmans de continuer de marcher en avant sous la lumière de l'Islam. Il dit que les adeptes de Mohammad sont comme un grain semé dans le sol. Il fait d'abord sortir sa pousse, puis il devient robuste, il grossit, il se dresse sur sa tige. Il grossit si rapidement que les semeurs sont saisis d'admiration.
C'est là une analogie avec la société que le Coran vise. Ce que le Coran désire, c'est le développement. Il veut poser la fondation d'une société qui s'épanouit, se développe et s'étend continuellement.
Will Durant écrit qu'aucune religion n'a invité ses adeptes à se renforcer, comme l'a fait l'Islam. L'histoire de la première période de l'Islam montre combien l'Islam a pu reconstruire une société et la pousser en avant.
L'Islam est à la fois contre la rigidité et l'ignorance et les considère toutes deux dangereuses. La stérilité intellectuelle de l'esprit rigide, et son inclination aux vieilles coutumes qui n'ont rien à voir avec l'Islam authentique, ont fourni à l'ignorant un prétexte pour considérer l'Islam comme étant réellement opposé à la modernité. D'autre part, le fait que l'ignorant suive et adopte les dernières modes et façons de l'Occident, et croie que la prospérité des peuples orientaux dépend de leur occidentalisation complète aussi bien sur le plan matériel que spirituel, de leur acceptation des habitudes, des manières et des traditions de l'Occident, et de l'adoption aveugle de lois civiles et sociales semblables à celles des nations occidentales, tout ceci a fourni à l'esprit rigide le prétexte de regarder tout ce qui est nouveau avec suspicion, et à le considérer comme une menace pour sa religion, son indépendance et la personnalité sociale de sa communauté.
Entre-temps, c'est l'Islam qui doit payer le prix de l'erreur de ces deux catégories qui ont une fausse conception de la religion.
La rigidité de l'esprit rigide a laissé le champ libre à l'ignorant pour tout saccager, et l'ignorance de l'ignorant a rendu l'esprit rigide plus obstiné dans ses croyances.
Il est surprenant que ceux qui se disent cultivés, mais qui sont en réalité des ignorants, pensent que le temps est infaillible. La vérité est que tous les changements sont opérés par l'homme, et l'homme, lui, n'est pas du tout infaillible. Dès lors, comment peut-on présumer que les changements de l'époque doivent être nécessairement à l'abri de l'erreur.
De même que l'homme a des inclinations scientifique, morale, esthétique et religieuse, et qu'il prend constamment de nouvelles mesures pour le bénéfice de l'humanité, de même il a aussi certaines tendances négatives. Il est égoïste, avide de pouvoir et de plaisirs. Il aime l'argent et l'exploitation. S'il est capable de faire de nouvelles découvertes et de trouver de meilleurs moyens pour satisfaire ses besoins, il est susceptible aussi de commettre des fautes. Mais les gens mal guidés et mal informés ne comprennent pas cela. Ils récitent toujours la même litanie sur le même ton, en répétant que le monde moderne est ceci et cela.
Ce qui est encore plus surprenant, c'est qu'ils comparent les principes de la vie à des objets tels que les souliers, le chapeau et le vêtement. Comme ces objets sont recherchés lorsqu'ils sont neufs, et jetés lorsqu'ils sont usés et déchirés, il en va de même, selon eux, pour les vérités universelles. Pour eux, le bien et le mal n'ont d'autre sens que le nouveau et l'ancien. Le féodalisme est mauvais parce qu'il est tout simplement devenu ancien et sorti de la mode. Autrement, il était tout à fait bien lorsqu'il fut introduit pour la première fois dans le monde.
D'une façon similaire, l'exploitation de la femme est une mauvaise chose, seulement parce qu'elle est détestée par le monde moderne ; autrement, ces mêmes gens qui combattent aujourd'hui cette exploitation, refusaient jusqu'à une date récente d'accorder aux femmes leur part dans l'héritage. Ils ne reconnaissaient pas à la femme le droit à la propriété, ni ne respectaient sa volonté et ses opinions.
Selon ces gens, notre ère étant l'ère de l'espace, pendant laquelle il n'est plus possible de monter sur un âne et de ne pas prendre l'avion, d'utiliser une lampe à pétrole au détriment de l'électricité, de tisser avec la main au lieu d'installer de grandes usines textiles, d'écrire à la main au lieu de faire appel aux formidables appareils d'imprimerie, de la même façon il n'est pas possible de ne pas participer aux soirées dansantes, aux réunions de nudisme, aux réceptions mondaines luxueuses, ni d'éviter le bavardage autour d'un verre d'alcool, les jeux de hasard, le port de vêtements courts à la mode, car tout ceci constitue des signes de modernité auxquels il faut souscrire sous peine de revenir à l'âge de l'âne.
Ils prétendent que telle est l'ère atomique, l'ère de la science, l'ère du satellite et des missiles balistiques. C'est très bien ! Nous aussi, nous remercions Allah de nous faire vivre à cette époque, et nous souhaitons pouvoir jouir au maximum des avantages de la science et de l'industrie. Mais hormis la source de la science, toutes les autres sources ont-elles tari vraiment à notre époque ? Est-ce que tous les phénomènes de notre siècle sont le produit du progrès scientifique moderne ? La science prétend-elle contrôler totalement la nature ? Non, la science n'a pas une telle prétention. Le drame de notre siècle réside en ceci qu'un groupe de scientifiques essaient, avec une bonne intention, de faire de nouvelles découvertes intéressantes, alors qu'un autre groupe de gens égoïstes, avides de pouvoir et d'argent, opportunistes, font mauvais usage du fruit des efforts des scientifiques, afin de parvenir à leurs buts douteux. La science se plaint constamment d'être mal utilisée par l'obstination de la nature humaine rebelle, et c'est là le malheur de notre époque.
La science fait des progrès dans le domaine de la physique et de la découverte des lois de la lumière, mais une bande d'opportunistes exploitent ce progrès scientifique pour faire des films qui ne débouchent que sur la destruction du tissu familial. Les chimistes font des progrès et découvrent les propriétés des diverses substances et leurs combinaisons, mais quelques individus exploitent ces découvertes pour fabriquer de l'héroïne qui constitue une destruction de l'homme. La science fraie son chemin vers le cur de l'atome, et découvre une merveilleuse source d'énergie, mais avant de pouvoir mettre cette source d'énergie au service de l'humanité, les gens avides du pouvoir accourent pour transformer ce progrès scientifique en une bombe atomique qu'ils lancent sur un peuple innocent.
Lorsqu'on organisa une réception en l'honneur d'Einstein, le plus grand scientifique du 20e siècle, le savant monta sur la tribune et dit : «Honorez-vous l'homme qui a servi d'instrument pour la fabrication de la bombe atomique ?»
Einstein n'a pas utilisé lui-même son savoir pour fabriquer la bombe atomique, ce sont les autres qui se sont servis de ses découvertes pour mettre au point cet engin de destruction.
L'utilisation de l'héroïne, de la bombe atomique et des films de violence et de pornographie ne peut pas être justifiée sous le prétexte qu'ils constituent les phénomènes du 20e siècle.
Si les derniers types de bombardiers sont utilisés pour lancer les bombes les plus perfectionnées sur les peuples d'autres nations, et que les gens les plus instruits sont employés pour accomplir cette mission destructive, le fait d'avoir recours à ces moyens modernes enlève-t-il à celle-ci son caractère barbare ? Non, tout ce qui est moderne n'est pas forcément progrès humain.
Le principal argument de ceux qui disent qu'en matière des droits familiaux nous devons suivre le système occidental, est que les temps ont changé et que les exigences du 20e siècle veulent que nous soyons ainsi. Là-dessus, nous proposons de clarifier tout d'abord nos points de vue sur cette question, sans cela la discussion de tout autre point serait incomplète, bien que le contexte de notre sujet ne nous permette pas d'aborder la question sous tous ses angles : philosophique, juridique, social et moral. Pour le moment, il suffit de mettre au clair deux points :
L'adaptation aux changements de l'époque n'est pas une question aussi simple que le laissent entendre certains ignorants. Les changements opérés par le temps sont parfois progressifs et parfois régressifs. Nous devons donc marcher en avant avec les changements progressifs, et combattre les tendances rétrogrades. Pour pouvoir distinguer, l'une de l'autre, ces deux sortes de changement, et déterminer leur nature respective, nous devons découvrir la source des nouveaux développements et leur direction. Nous devons voir quelles sont les tendances humaines qui les ont opérés, et quelle classe sociale se trouve derrière eux. Nous devons déterminer s'ils sont motivés par une tendance humaine sublime, ou par de basses propensions bestiales, et savoir s'ils sont venus à l'existence à la suite de recherches de savants et d'intellectuels désintéressés, ou comme le résultat des bas désirs d'éléments corrompus et égoïstes de la société.
2 - Le Secret de la flexibilité des lois islamiques :
Le second point qu'il faut éclaircir, est le fait que les penseurs musulmans croient que l'Islam possède certaines potentialités qui le rendent applicable à toutes les époques. Selon ces penseurs, les enseignements islamiques sont en parfaite harmonie avec le progrès de l'histoire, l'expansion de la culture et les changements qui en résultent. Voyons maintenant quelle est la nature des potentialités que possède l'Islam, ou en d'autres termes quels sont les dispositifs mis dans la structure de cette religion pour la rendre adaptable à tous les changements de situation, sans avoir besoin d'abandonner aucun de ses enseignements, et sans qu'il y ait aucun conflit entre ses enseignements et les situations nouvelles résultant de l'expansion de la connaissance et du développement de la civilisation.
Bien que cette question comporte un aspect technique qui nécessiterait certaines mises au point et un long développement, nous essaierons de l'aborder brièvement afin de dissiper l'incompréhension de ceux qui doutent que l'Islam possède une telle capacité d'adaptation (pour avoir plus de détails sur ce sujet, le lecteur peut se référer à "Tanbîh al-Ummah", de l'Ayatollâh al-Nâ'inî ou à "Marja'iyyat wa Imamat" d'al-'Allâmah al-Tabâtabâ'î -en persan).
Il y a de nombreux facteurs qui constituent les motifs de l'adaptabilité de l'Islam au développement de la connaissance et de la civilisation, et l'applicabilité de ses lois à la variation des circonstances de la vie. Nous en mentionnons quelques-uns seulement, ci-après :
L'Insistance sur le Fond et l'indifférence à la forme
L'Islam n'a pas traité de la forme extérieure de la vie, laquelle forme dépend du degré du développement de la connaissance humaine. Les enseignements islamiques ont trait seulement à l'esprit et aux buts de la vie, et ils déterminent le meilleur moyen d'atteindre ces buts. La science n'a ni changé l'esprit et les buts de la vie, ni suggéré une voie meilleure, plus courte et plus sûre pour les atteindre. Elle a seulement fourni un meilleur moyen de traverser la route qui conduit à ces buts.
En s'intéressant seulement aux finalités de la vie, et en laissant la forme et les moyens aux bons soins de la science et de la technologie, l'Islam a évité tout heurt avec la culture et la civilisation. En outre, en encourageant les facteurs qui contribuent à l'expansion de la civilisation, en l'occurrence la connaissance, le travail, la piété, la volonté, le courage et la persévérance, il a joué le rôle du principal facteur uvrant en vue de l'expansion de la civilisation.
L'Islam a posé des panneaux de signalisation tout au long de la route du progrès humain. Ces panneaux indiquent d'une part la route et la destination, et d'autre part mettent en garde contre la présence de fossés et d'endroits dangereux. Toutes les lois islamiques sont des panneaux, soit de la première, soit de la seconde catégorie.
Les moyens de la vie dépendent à chaque époque du degré de la somme totale de la connaissance humaine. Et étant donné que la connaissance humaine est en expansion, des moyens de vie plus perfectionnés viennent à l'existence pour prendre automatiquement la place des moyens moins perfectionnés.
Les formes extérieures et matérielles de ces moyens n'ont aucun caractère sacré en Islam, et les Musulmans ne sont pas tenus de les préserver. L'Islam n'a pas dit que la couture, le tissage, l'agriculture, les transports ou les guerres, etc. doivent être faits avec tel ou tel autre outil, pour qu'il surgisse un litige ou un conflit entre la science et la loi islamique, une fois ledit outil tombé en désuétude à cause du progrès scientifique. L'Islam n'a pas prescrit des modèles spécifiques pour les chaussures et les vêtements, ni un mode de construction spécial, ni des outils particuliers de production et de distribution. Et c'est là un des facteurs de son applicabilité à tous les développements de l'époque.
Des lois fixes pour des besoins immuables, et des lois variables pour des besoins changeants
Le deuxième facteur qui explique l'adaptabilité des enseignements islamiques à toutes les époques, et qui a une grande importance, est le fait que l'Islam a envisagé des lois fixes pour les besoins humains immuables et des lois modifiables pour les besoins humains changeables, car une partie des besoins humains, individuels ou collectifs, sont de nature constante, et ils restent les mêmes à toutes les époques, et par conséquent le système qui doit régir les instincts humains et gouverner la société humaine est le même en tous temps(5). Et une autre partie des besoins humains sont de nature variable, et exigent par conséquent des lois variables. L'Islam a prévu de tels besoins changeants, et les a liés à certains principes fixes qui permettent d'instituer une disposition de loi particulière à chaque situation changeante.
Notre exposé ne nous permet pas de nous engager dans de longs développements pour expliquer avec plus de détails cette question, et nous nous contenterons ici de citer quelques exemples révélateurs à cet égard. Ainsi, il y a en Islam un principe social que traduit le Verset coranique suivant : «Préparez-leur tout ce que vous pouvez de force...» (Sourate al-Anfâl, 8 : 60). De même il y a de nombreuses traditions du Prophète qu'on appelle en jurisprudence "la cavalerie et le tir à l'arc" qui invitent les Musulmans à s'entraîner en vue de se défendre. Le Prophète a, en effet, ordonné que les Musulmans apprennent l'art de la cavalerie et du tir à l'arc et les enseignent à leurs enfants. Ces arts faisaient partie de la science militaire d'autrefois. Il est évident que l'ordre essentiel est de "préparer une force". L'arc et la flèche, l'épée et la lance, le mulet et le cheval n'ont pas d'importance. Ce qui importe, c'est d'être militairement fort devant l'ennemi. Acquérir une habileté en cavalerie et en tir à l'arc n'est qu'une forme de l'acquisition de force militaire, ou un moyen d'exécution de l'ordre essentiel. Préparer une force est une loi constante qui découle d'un besoin fixe et perpétuel, alors que l'apprentissage du tir à l'arc et de la cavalerie est la manifestation d'un besoin provisoire et changeant, qui varie d'une époque à l'autre, d'une circonstance à l'autre. Avec le changement des circonstances, l'apprentissage du maniement des armes à feu remplace celui de l'art du tir à l'arc.
Prenons un autre exemple, celui du principe social, mentionné dans le Coran, et concernant l'échange des richesses. L'Islam a reconnu le principe de la propriété individuelle. Toutefois, le droit à la propriété que l'Islam reconnaît est différent de ce qu'on voit dans le monde capitaliste. Ce qui caractérise la propriété individuelle, en Islam, c'est le principe de "l'échange". L'Islam a fixé de nombreuses règles à l'échange. L'une d'elles est énoncée dans le Coran en ces termes : «Ne mangez pas vos biens entre vous inutilement...» (Sourate al-Baqarah, 2 : 188), c'est-à-dire que dans les transactions et les affaires, l'argent ne doit pas passer d'une main à l'autre sans qu'il y ait un bénéfice légal qui a une valeur reconnue, car l'Islam n'admet pas la propriété comme équivalente à une autorité absolue sur le bien possédé.
Il est spécifié, dans la loi islamique, que la vente et l'achat de certaines choses, tels que le sang et l'excrément humains, sont interdits. La raison en est que de telles choses n'ont pas une valeur que l'on peut considérer comme faisant partie de la richesse humaine. Le principe qui se trouve à l'origine de cette interdiction est l'énoncé coranique qu'on vient de citer. L'invalidité de la vente et de l'achat du sang et de l'excrément humains n'est pas spécifiée dans un texte islamique ; elle est seulement l'une des applications d'un principe islamique qui pose comme condition de la validité d'un échange, l'utilité pour l'homme des choses échangées. Même s'il n'y a pas effectivement un échange, l'argent et le bien appartenant à un individu ne peuvent être appropriés par un autre sans qu'il y ait une utilité qui résulte de ce changement de propriétaire.
La loi interdisant l'appropriation de la propriété d'un autre inutilement est un principe ferme et applicable à toutes les époques, et découlant d'un besoin social permanent. Mais la règle selon laquelle le sang et l'excrément ne doivent pas être considérés comme une richesse et ne sont pas vendables, est liée à l'époque et au degré de civilisation. Elle est donc sujette à modification selon le changement des conditions, les progrès de la science et de l'industrie, et la possibilité d'une utilisation correcte et utile de ces matières.
Un autre exemple : l'Imam Ali (P) ne teignait jamais ses cheveux, même lorsqu'ils furent devenus tout blancs vers les dernières années de sa vie. Un jour, un homme lui dit :
Le Prophète n'a-t-il pas ordonné de teindre les cheveux blancs ?
L'Imam Ali lui a répondu :
Si.
Pourquoi ne le fais-tu donc pas, l'interrogea l'homme ?
Ali dit :
A l'époque où le Prophète a donné cette instruction, le nombre des Musulmans était insignifiant, et parmi eux figuraient beaucoup d'hommes âgés qui participaient aux batailles. Le Prophète (P) leur a donc ordonné de teindre leurs cheveux pour cacher leur âge, car si l'ennemi avait pu voir qu'il avait affaire à une poignée de vieillards, son moral en aurait été remonté. Mais depuis que l'Islam s'est répandu dans le monde entier, la situation a changé. C'est pourquoi, chacun est libre de teindre ou non ses cheveux.
Dans l'optique de l'Imam Ali, l'instruction du Prophète, à ce sujet, n'était pas une loi fondamentale et permanente, mais seulement l'une des applications d'une loi qui stipulait que «rien qui puisse remonter le moral de l'ennemi ne doit être fait».
On peut dire que l'Islam, de même qu'il attache de l'importance à l'esprit et au fond, attache de l'importance à la forme et à l'aspect extérieur. Mais s'il attache de l'importance à l'aspect extérieur des choses, c'est uniquement par souci de servir le fond.
La Question du changement de l'alphabet
Une polémique a été engagée récemment en Iran à propos du changement de l'alphabet. Cette question peut être regardée sous deux angles du point de vue des principes de l'Islam. En effet, d'un point de vue islamique, elle peut revêtir deux formes. La première forme de la question est de savoir si l'Islam favorise un alphabet particulier et rejette les autres. Considère-t-il l'alphabet en cours, dit l'alphabet arabe, comme son propre alphabet, et les autres, tel le latin, comme lui étant étrangers ? L'Islam, qui est une religion universelle, regarde tous les alphabets du monde d'une façon égale.
La seconde forme de la question est de savoir dans quelle mesure le changement de l'alphabet contribuerait à la fusion culturelle de la nation musulmane dans les autres nations, et quelle serait la conséquence de cette fusion sur la culture de la nation musulmane ? Après tout, pendant les 14 siècles écoulés, la littérature islamique et scientifique produite par l'Iran a été écrite avec l'alphabet actuel, l'arabe. En changeant d'alphabet, n'allons-nous pas couper tous liens avec cette littérature ? Une autre question se pose ici : qui a proposé un plan de changement de l'alphabet, et qui va l'appliquer ? C'est ce dont nous devons traiter maintenant.
Ce qui est interdit, ce n'est pas le port d'un chapeau, mais la dépendance des autres
Des gens comme moi sont souvent confrontés à des questions qu'on leur pose avec mépris et sarcasme, telles que : «Que dit la loi islamique à propos du fait de manger debout ?» «Et que dit-elle à propos du fait de manger avec une cuillère et une fourchette ?» «Le port du chapeau européen est-il interdit ?» «Est-il interdit de parler une langue étrangère ?»
Pour répondre à ces interrogations, nous disons : l'Islam n'a donné aucune instruction particulière à cet égard. L'Islam n'a pas ordonné à ses adeptes de manger avec la main ou avec une cuillère. Il leur a ordonné seulement d'être propres. L'Islam n'a prescrit aucun modèle particulier de chaussure, de chapeau ou de vêtement. Du point de vue islamique l'anglais, le japonais et le persan ont tous le même statut.
Toutefois, l'Islam a ordonné autre chose. Il a dit qu'il est interdit de perdre son identité, de se soumettre aux autres, de suivre les autres aveuglément, d'être assimilé par les autres, d'être dépendant des autres, d'être ensorcelé par les autres, de considérer un âne étranger mort une mule, d'importer l'immoralité et la perversité des autres au nom du phénomène du 20e siècle, de croire que les Musulmans doivent être occidentalisés extérieurement et intérieurement, physiquement et spirituellement, de prononcer le "r" se trouvant dans nos propres mots à la façon parisienne après avoir passé deux ou trois jours en France.
Ce qui est important et ce qui est plus important
Un autre facteur qui rend l'Islam compatible avec les exigences variables de l'époque, est la conformité de ses enseignements à la raison. L'Islam a proclamé que ses lois sont fondées sur une série d'intérêts supérieurs. En même temps, il a déterminé le degré d'importance de ces intérêts, ce qui a facilité la tâche des juristes dans les domaines où différents intérêts se trouvent en opposition les uns avec les autres.
Dans un tel cas où les intérêts se trouvent opposés, l'Islam a autorisé les juristes musulmans à peser l'importance relative de chaque intérêt par rapport aux autres, en ne perdant pas de vue les critères que l'Islam lui-même a mis pour permettre de déterminer les intérêts les plus importants. La jurisprudence musulmane appelle cette règle la question de "l'important et le plus important". Il y a beaucoup d'exemples de l'application de cette règle. Mais les impératifs de notre exposé ne nous permettent d'en traiter ici.
Les lois qui ont le droit de veto
Un autre facteur qui fait de l'Islam une religion mobile et applicable aux diverses circonstances, et par conséquent, vivante et éternelle, c'est le fait qu'il renferme une série de lois dont l'objectif est de contrôler et de modifier les autres lois. Ces lois, en langage juridique "les règles gouvernantes", telles que la règle de "pas de nuisance"(6), et celle de "pas d'embarras"(7), gouvernent toute la jurisprudence. En réalité l'Islam a conféré à ces règles le droit de veto contre toutes les autres lois et instructions.
En plus de tout ce qui vient d'être mentionné, l'Islam possède une série d'autres règles et de critères qui ont fait de cette religion la religion finale et éternelle. L'Ayatollâh al-Nâ'inî et al 'Allâmah al-Tabâtabâ'î ont beaucoup compté, dans ce domaine, sur les nombreux pouvoirs que l'Islam a délégués à un bon gouvernement islamique.
Le philosophe et poète pakistanais, Mohammad Iqbâl dit que "l'Ijtihâd" (la déduction des lois à partir de leurs sources originelles) est la force motrice de l'Islam. Et il a parfaitement raison. Mais ce qui est plus important, c'est que l'Islam a la particularité et la capacité de contenir l'ijtihâd. Aucune autre religion n'a cette qualité et cette capacité. La structure de l'Islam a été bâtie de telle sorte que cette religion puisse, avec l'aide de l'ijtihâd, s'adapter toujours au progrès continuel de la civilisation.
Dans son "Chifâ'", Avicenne fonde la nécessité de l'ijtihâd sur ce même principe du changement constant des besoins. Il dit : «Etant donné que, d'une part, les conditions de la vie sont changeantes, et que de nouveaux problèmes surgissent constamment, et que, d'autre part, les principes généraux de l'Islam sont fixes, il est nécessaire qu'il y ait, à toutes les époques, des savants qui ont une parfaite connaissance des lois islamiques et qui se chargent de prendre en considération les situations nouvelles qui surviennent, afin de pouvoir satisfaire les besoins des Musulmans.»
La constitution de l'Iran prévoit la présence à chaque époque d'un organisme composé d'au moins cinq Mujtahid (des savants éminents en théologie, capables de pratiquer l'ijtihâd) connaissant parfaitement les exigences de l'époque, et chargés de superviser les lois. L'idée de la présence d'un tel organisme, composé de gens qui ne soient ni rigides, ni opposés aux développements modernes, ni ignorants, ni imitateurs aveugles d'autrui, a pour motif la surveillance des activités législatives du pays.
Il est notable que l'ijtihâd, au sens réel du terme, signifie une spécialisation poussée, et nécessite une aptitude à la déduction des lois, un esprit de synthèse, une connaissance profonde et parfaite des fondements de l'Islam et des principes de la jurisprudence, ce qui n'est pas à la portée de n'importe quel théologien qui passe quelques années à l'Académie islamique.
Il ne fait pas de doute que la spécialisation dans le domaine de l'ijtihâd exige l'effort de toute une vie, et si la vie entière d'un homme n'est pas trop courte pour permettre d'atteindre le degré de l'ijtihâd, elle n'est pas trop longue non plus pour une telle tâche. En outre, à part le temps consacré à cette spécialisation, il faut compter sur l'Aide divine, une aptitude particulière, et une disposition spéciale.
A part la spécialisation et l'ijtihâd, certaines personnes peuvent acquérir
une connaissance si large que leurs vues peuvent être considérées comme faisant
autorité, si elles ont atteint en même temps un haut degré de connaissance
d'Allah et de crainte révérencielle. En effet l'histoire de l'Islam nous a
montré des gens qui, malgré leur vaste connaissance et leur haute moralité,
tremblaient de peur lorsqu'ils voulaient exprimer leurs opinions sur certains
points de la loi islamique.
La Philosophie spécifique de l'Islam concernant les droits de la famille
Concernant les droits de l'homme et de la femme l'Islam a une philosophie spécifique qui lui est propre, et qui diffère de ce qui s'est passé il y a 14 siècles et de ce qui se passe maintenant. Il ne croit pas que dans tous les cas l'homme et la femme ont les mêmes droits et les mêmes obligations. Dans certains cas, leurs droits et leurs obligations sont différents, et, par conséquent, parfois leur position est à cet égard similaire, et parfois dissemblable. Si l'Islam établit cette différence entre l'homme et la femme, ce n'est pas parce qu'il considérerait, comme certaines écoles de pensée, la femme avec mépris, ni parce qu'il la regarderait comme un être inférieur, mais pour d'autres raisons valables.
Sans doute avez-vous lu et entendu souvent les propos de certains imitateurs de l'Occident, alléguant que les lois de l'Islam concernant la dot, la pension de la femme, le divorce, la polygamie, etc. constituent la meilleure preuve du mépris de l'Islam pour la femme et de sa position favorisant l'homme.
Ils disent que durant toute la période historique antérieure au XXe siècle, tous les règlements et les lois, dans le monde, étaient fondés sur l'idée que l'homme est plus noble que la femme, et que celle-ci a été créée pour la jouissance de l'homme, et que les lois islamiques aussi tournent autour du pôle d'intérêts de l'homme.
Ils prétendent que l'Islam est la religion du sexe mâle, qu'il ne reconnaît pas la femme comme étant un être humain à part entière et que, pour cette raison, il ne lui accorde pas des droits égaux à ceux de l'homme. Ils disent que si l'Islam la reconnaissait comme être humain à part entière, il n'aurait pas autorisé la polygamie, il n'aurait pas donné à l'homme le droit de divorce, il n'aurait pas considéré le témoignage de deux femmes comme étant l'équivalent de celui d'un seul homme, il n'aurait pas fixé la part de la femme dans l'héritage à deux fois moins que celle de l'homme, il n'aurait pas donné à la femme un prix sous l'appellation de dot, il n'aurait pas fait dépendre la femme de l'homme sur le plan économique au lieu de la rendre indépendante de lui économiquement et socialement. Toujours selon ces esprits occidentalisés, les enseignements islamiques montrent par tout ce qui vient d'être énuméré que l'Islam regarde la femme avec mépris, et que, malgré sa prétention d'être la religion de l'égalité, celle-ci n'a pas été observée par lui, au moins dans le cas des relations familiales. Pour eux, l'Islam a marqué une nette préférence pour l'homme en matière de droits, en lui faisant toutes ces concessions. Dans leur optique, logiquement parlant, si l'Islam avait vraiment considéré la femme comme étant un être humain à part entière, il lui aurait accordé des droits similaires à ceux de l'homme ; mais ne l'ayant pas fait, il ne voit donc pas en elle un être humain à part entière.
Le principe sur lequel se sont fondés les détracteurs de l'Islam est que l'homme et la femme étant l'un et l'autre des êtres humains, donc égaux et ayant même dignité, ils doivent jouir par conséquent des mêmes droits. Le point qui mérite d'être pris en considération à cet égard est de savoir si sur la base de la dignité humaine ils doivent tous deux avoir des droits égaux et sans discrimination de sexe, ou s'ils doivent jouir des mêmes droits indépendamment de leurs différences dans la vie. Il ne fait pas de doute que la dignité humaine, ou l'humanité, étant le trait commun entre eux, ils doivent avoir des droits égaux. Mais est-il nécessaire qu'ils aient aussi des droits similaires ?
Si, au lieu de suivre aveuglément la pensée occidentale, nous réfléchissons d'une façon indépendante, la première question qui se pose à l'esprit est : l'égalité des droits signifie-t-elle vraiment aussi similarité des droits ? En réalité, il s'agit de deux choses différentes. L'égal