Comment j'ai été guidé… |
(Smaoui Mohamed Tijani) |
Note aux lecteurs
Nous avons le plaisir de vous offrir, ci-dessous, le livre "Comment j'ai été guidé" de Smaoui Mohamed Tijani.
C'est une autobiographie montrant que celui qu'Allah (swt) bénit de Sa grâce, arrive à force de recherche, à reconnaître la religion la plus proche de son Seigneur. C'est l'école de pensée d'Ahl-Al-Bayt (la Sainte Famille du Prophète) dont l'amour a été rendu obligatoire par le Saint Coran (Ach Choura (42), verset 23), et par le Saint Prophète lui-même. A ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion de le lire, j'incite expressement à le faire pour deux raisons: 1) pour que les frères et soeurs Shia Issna Asheri maîtrisent mieux les fondements de leurs propos religieux (ce qui n'est pas toujours le cas). 2) pour pouvoir répondre ou "s'armer" contre certains musulmans qui dénigrent chroniquement la foi chiite duodécimain. "Man a'arafa nafssahou, faqad a'arafa rabbahou" (connaît-toi toi-même pour connaître ton Seigneur) dit un célèbre hadiçe de nos Massoumines (as) |
DEDICACE |
Mon livre est un témoignage, le récit d'un voyage, l'histoire d'une découverte an sein de l'Islam et dans ma foi.
Puisque toute découverte est basée sur l'esprit saint, et c'est la raison qui distingue l'homme des autres créatures. Je voudrais dédier ce livre à tout esprit éclairé qui sait discerner la vérité de l'erreur, à tout esprit animé du désir de compréhension.
Je dédis ce livre à tout être sachant comparer les idées et théories, et qui est capable de reconnaître ce qui est logique de ce qui ne l'est pas, et ce qui est authentique de ce qui est douteux et improbable.
Allah le tout puissant a dit: "Ceux qui écoutent le discours et en suivent le meilleur. Ce sont ceux-là que Dieu a bien guidés et ce sont ceux-là les gens doués de cerveau." Azzoumar -18.
A ceux-là je dédis mon livre, en espérant qu'Allah Loué soit-Il éclairera nos esprits avant nos yeux, pour nous guider et illuminer nos cœur, pour qu'il nous montre la bonne voie afin d'aller à lui, et la mauvaise voie à éviter, Daigne t-Il, nous accepter parmi ses serviteurs fidèles, car Il écoute et Il exauce.
Mohamed Tijani Smaoui
INTRODUCTION |
Louange à Dieu, Seigneur de l'Univers, Il créa l'homme de la terre, et le façonna de la meilleure façon. Il l'a élevé au-dessus de toutes les créatures, Il ordonna à Ses Anges de se prosterner devant Lui.
Il lui fit don de l'esprit qui apporta la foi, Il le dota de yeux pour voir, d'oreilles pour entendre et de moyens pour s'exprimer.
Il lui envoya Ses Messages pour lui annoncer de bonnes nouvelles, pour l'avertir, pour l'alerter et l'empêcher de s'égarer en suivant le diable maudit.
Il lui interdit d'adorer Satan son ennemi. Il lui ordonna de n'adorer qu'Allah et de suivre le chemin droit avec conviction et compréhension. Et Il lui défendit de suivre les croyances de ses ancêtres, de ses amis ou de ses parents qui ont toujours suivi les croyances de ses prédécesseurs sans raisonner.
Qui donc a meilleur parler que celui qui a appelé à Dieu, qui a agi dans le bien,et qui a dit:"je fais partie des musulmans". Foussilat, Verset 33.
Que les bénédictions, les salutations et la paix soient sur Son Messager Mohammed, qui apporta la grâce. Celui qui fut, le soutien des faibles et des opprimés, Sauveur de toute l'humanité de l'ignorance et des ténèbres, qui les guida sur la voie illuminée, celle des fidèles et des bienfaisants.
Que la bénédiction et les salutations d'Allah soient sur notre maître Mohammed Ibn Abdallah, le Prophète. Egalement sur sa descendance purifiée, qu'Allah a choisi parmi tous les fidèles comme exemples et guides à tous les croyants. Dieu nous incitait dans le Coran à les suivre, car Il les purifiait et les rendait infaillibles. Il a promis que quiconque montera sur leur vaisseau sera sauvé, et quiconque s'en abstiendra périra.
Que les bénédictions et les salutations soient sur les honorables Compagnons qui ont soutenu et honoré le Prophète et sa noble descendance, et se sacrifièrent pour la victoire de l'Islam. Ils ont connu la vérité et lui ont été fidèles avec conviction et sont restés sur le bon chemin, car ils étaient reconnaissants.
Qu'Allah les récompense pour leurs services rendus à l'Islam et aux musulmans. Que les bénédictions et les salutations soient sur leurs successeurs, et tous ceux qui demeurent et progressent sur le chemin droit, guidés jusqu'au jour du jugement.
O Seigneur, exauce mon vœu, Tu connais tout et Tu entends tout.
O Seigneur, ouvre mon cœur, c'est Toi qui nous conduit à la vérité absolue. Je te prie ô Seigneur de m'aider à mieux m'exprimer, car Tu octroies la Sagesse à quiconque parmi Tes fidèles adorateurs.
Je Te prie Seigneur de me prodiguer Ta connaissance et de me permettre de joindre Tes Serviteurs vertueux.
BIOGRAPHIE SOMMAIRE |
Je me souviens encore, comment mon père m'a emmené avec lui à la Mosquée locale pour les prières rituelles, "Tarawih" pendant les nuits du mois de Ramadan. J'avais alors dix ans. Il m'a présenté aux hommes qui priaient là et qui ne pouvaient cacher leur étonnement.
Je savais d'avance que le Meddeb (enseignant du Coran) avait tout arrangé pour que je dirige les prières de "Ashfâa" pendant deux ou trois nuits.
J'étais habitué à la prière avec les enfants du quartier derrière lui, et j'attendais que l'Imam (dirigeant des prières) arrive à la sourate de Maryam, l'autre moitié du Coran.
Mon père veillait à nous apprendre le Coran aussi bien à l'école Coranique qu'à la maison. Un parent aveugle qui connaissait le Coran par cœur, nous donnait des leçons privées.
Voulant montrer sa bonne influence sur moi le "Meddeb" m'a appris les "Rakâa" (génuflexions) appropriées pendant les prières, il était fier que je puisse réciter le Coran dès le bas âge, et dut me tester plusieurs fois pour s'assurer que je comprenais bien toutes ses instructions.
Après avoir dirigé les prières et récité le Coran, comme je devais le faire, tous les hommes présents félicitèrent mon père et remercièrent mon "Meddeb" pour ses efforts, ils louèrent Allah pour la grâce de l'Islam.
Ces souvenirs me poursuivent encore maintenant car on m'admirait beaucoup et ma réputation s'était étendit au delà du quartier et jusqu'à la ville entière.
Ces nuits de Ramadan ont laissé leurs influences religieuses sur moi jusqu'à nos jours, et à chaque fois que je traverse une période de confusion, je sens un pouvoir mystérieux qui m'attire vers la bonne voie; et chaque fois que je sens la faiblesse de mon âme et la futilité de la vie, ces souvenirs s'élevant en moi et m'élevant spirituellement et en éclairant dans ma conscience la flamme de la foi pour me permettre d'assumer mes responsabilités. La charge qui me fut confiée par mon père et mon "Meddeb" (diriger la prière en bas âge) m'a fait sentir que je n'excellait pas, ou du moins que j'étais au delà de ce qu'en attendait de moi. C'est pour cela que j'ai passé mon enfance et mon adolescence dans une rectitude relative, mais pas sans jeux innocents et une avidité de connaître et d'imiter.
Pendant cette période que je fus entouré par la grâce divine de telle sorte que je fus tenu à l'écart des actes immoraux (sans en avoir le mérite puisque cela était la grâce de Dieu).
Je n'oublierai de mentionner que ma mère, qu'Allah bénisse son âme, avait une grande influence sur moi. Elle a ouvert mes yeux en apprenant les courtes "sourates" du Coran, ainsi que les prières et les prescriptions de la pureté rituelle. Elle m'entourait de soins particuliers parce que j'étais son premier fils et peut-être trouvait-elle une joie en m'éduquant, car elle partageait le foyer avec l'autre épouse de mon père et ses enfants.
Le nom de "Tijani" qui me fut donné par ma mère, avait une signification particulière chez la famille Smaoui. Elle s'est adhérée à la confrérie soufie des "Tijanis" depuis que l'un des fils du fondateur de l'ordre en Algérie a visité Gafsa, ma ville natale, où les familles éduquées et aisées contribuaient à l'expansion de la "Tijaniyya". A cause de mon nom: "Tijani", je devins très populaire dans la famille Smaoui et ailleurs, surtout chez ceux qui étaient rattachés à l'ordre "soufi". C'est pour cela plusieurs vieillards parmi les "prieurs" présents aux prières nocturnes de Ramadan venaient féliciter mon père, puis embrasser ma tête et ma main en disant:" C'est la grâce de notre maître le "Cheikh Ahmed Tijani"".
A noter que l'ordre "Tijani" est largement répandu au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, au Soudan, en Egypte et surtout au Sénégal, et que ceux qui s'y rattachent sont parfois fanatiques, ils ne visitent pas les tombeaux d'autres saints et prétendent que tout les saints s'étaient communiqué leur Sagesse, tandis que leur "Cheikh Ahmed Tijani" avait reçu la sienne directement du Prophète - paix soit sur lui- bien qu'il naquit treize siècles après la mort du Prophète.
On racontait que le Cheikh Ahmed Tijani communiquait souvent avec le Prophète - paix soit sur lui- en lui parlant directement et non en rêve. Egalement que la fameuse invocation formulée par le Cheikh Ahmed Tijani vaut mieux que quarante récitations du Coran entier.
Mais je m'abstiendrai de m'étendre ici sur l'ordre Soufi des Tijanis et j'y reviendrai brièvement par la suite.
Ainsi j'ai grandi dans la croyance comme la plupart des jeunes de chez nous. Nous étions tous, Allah soit loué, des musulmans sunnites appliquant le rite de l'Imam Malek ibn Anès, l'Imam de la " Médina".
En Afrique du nord, nous sommes répartis en plusieurs ordres Soufis. Rien qu'à Gafsa seulement existent la "Tijaniyya", la "Kadiriyya", la "Rahmaniyya", la"Soulaïmyya" et la "Issawyya".
Chaque ordre mentionné a ses propres fidèles et sympathisants, qui récitent son "Dhikr"; ses poèmes dans tant de cérémonies particulières, telles que mariages, circoncisions et tant d'autres.
Mis à part leurs aspects négatifs, ces ordres Soufis ont joué un rôle important dans la préservation des rites religieux et pour le maintien du respect pour les Saints.
PELERINAGE A LA MECQUE |
J'avais alors dix-huit ans quand l'organisation nationale des scouts Tunisiens a décidé de m'envoyer comme l'un des six représentants Tunisiens à la première conférence des scouts arabo-musulmans qui eu lieu à la Mecque.
J'étais le membre le plus jeune du groupe et certainement le moins instruit, car parmi nous, il y avait deux directeurs d'école, un professeur à la capitale, un journaliste et un cinquième dont j'ignorais la profession. Mais j'ai appris plus tard qu'il était un proche parent du Ministre de l'éducation national de cette époque.
Le voyage ne fut pas directe, notre première escale fut Athènes où nous sommes restés trois jours, la deuxième fut Amman capitale de la Jordanie où nous passâmes quatre jours. Puis nous sommes arrivés en Arabie Saoudite où nous participâmes à la conférence et accomplîmes les rites du "Hajj" et "Omrâ" Pèlerinage et visites des lieux Saints.
Je ne saurais décrire mes sentiments quand j'entrais dans la maison d'Allah pour la première fois. Mon cœur battait si vite qu'il faillit percer ma poitrine juste pour voir le symbole du monothéisme, puis les larmes coulèrent abondamment de mes yeux.
C'était comme si les Anges me haussaient au-dessus des autres pèlerins et m'élevaient sur le toit de la "Sainte Kâaba" d'où je répondais à l'appel d'Allah: "O Allah me voici, Ton serviteur vient à Toi pour Te servir". Ecoutant d'autres pèlerins, j'ai compris que la plupart d'entre eux ai attendu longtemps et ont fait tant d'économies dans leur vie pour pouvoir venir à la Mecque et réaliser le pèlerinage.
Dans mon cas le voyage fut rapide et je ne m'y était point préparé.
Je me rappelle mon père, dès qu'il vit le billet d'avion et s'assura que j'allais réellement au pèlerinage, il eut les larmes aux yeux. En me disant adieu il m'embrassa et me dit chaleureusement: "Félicitations mon fils, Allah a voulu que tu fasses ce pèlerinage avant moi, tu es le fils de "Sidi Ahmed Tijani" ; prie Allah pour moi sitôt dans Sa maison, qu'il me pardonne, et que je puisse visiter aussi Sa maison en pèlerin".
J'ai senti qu'Allah Lui-même m'appelait, qu'Il prit soin de moi et m'amena dans le lieu que tous les musulmans désirent tant visiter.
J'ai tant apprécié cette occasion, ainsi j'ai accompli avec tant de zèle et de ferveur mes prières et mon "Tawaf" (cicumbulations autour de la Kâaba).
J'ai bien but de l'eau de Zamzam, et gravis la montagne "Annour", où les gens s'aventuraient à atteindre la grotte de "Hiraa". Voulant être le premier, je fus devancé seulement par un soudanais, ainsi je fus le deuxième à cette course.
Quand je fus entré dans la grotte je me suis roulé par terre comme si j'étais au sein de la prophétie, sentant le souffle du Prophète, oh quels sublimes souvenirs! Ils m'ont si profondément marqué et impressionné qu'ils sont restés inoubliables.
Dieu eut soin de moi de plusieurs manières, tous ceux que j'ai rencontrés dans la conférence m'ont aimé, plusieurs d'entre eux m'ont demandés mon adresse pour correspondre.
Quant à mes compagnons Tunisiens, qui m'ont regardés d'un regard méprisant depuis notre première rencontre à Tunis, lors de l'élaboration du voyage.
Je compris leur attitude mais je fus patient, car j'ai toujours su que les gens du nord n'appréciaient pas beaucoup les gens du sud tunisien, et les considéraient comme arriérés, mais bientôt leur opinion commença à changer.
Pendant le voyage, la conférence et le pèlerinage, je me montrais digne de leur respect, grâce à ma connaissance de la poésie, j'ai gagné plusieurs prix. Ainsi je suis revenu dans mon pays avec plus de vingt adresses de pèlerins, de différentes nationalités.
Nous sommes restés en Arabie Saoudite vingt-cinq jours pendant lesquels je rencontrais plusieurs Savants musulmans et j'écoutais leurs conférences, j'étais influencé par quelques croyances des "Wahhabites", (secte dominante en Arabie Saoudite) et j'espérais que tous les musulmans les suivraient.
Je pensais qu'ils étaient l'élite choisi par Allah parmi Ses adorateurs pour protéger Sa maison, car ils étaient les plus purs et les plus savants sur la terre. J'ai cru qu'Allah leur avait donné du pétrole pour qu'ils servent l'Islam et prennent soin des pèlerins, les hôtes d'Allah le Miséricordieux.
Après le pèlerinage je suis retourné dans mon pays portant le costume saoudien. Je fus surpris par l'accueil que mon père avait préparé pour moi. Beaucoup de gens étaient venu à ma rencontre, ils étaient conduits par les Cheikhs des ordres "Issawiyya", "Tijaniyya" et "Kadiryya" avec leurs tambours de cérémonie. Ils firent le tour de la ville en chantant en ma compagnie, et chaque fois qu'ils passèrent devant une mosquée, ils s'arrêtaient pour un moment. Pendant que les gens (particulièrement les vieux), venaient me féliciter les larmes aux yeux, exprimant leur désir de voir le maison d'Allah, et visiter le tombeau de son Prophète. Beaucoup de gens me regardaient comme s'ils n'avaient jamais vu un jeune pèlerin de mon âge à Gafsa.
J'ai vécu les jours les plus heureux de ma vie pendant cette période, et beaucoup de gens, y compris les notables de la ville, venaient me rendre visite et me féliciter.
Ils m'ont souvent demandés de réciter la "fatihaa" (chapitre inaugural du Coran) avec des prières en présence de mon père, ce qui me gênait.
Chaque fois qu'un groupe de visiteurs quittait la maison, ma mère venait vers moi et brûlait de l'encens, et récitait quelques versets du Coran pour chasser "le mauvais œil".
Pour célébrer cet événement mon père a donné une fête pendant trois nuits au centre de l'ordre "Tijanyya", où il a égorgé un mouton chaque nuit pour le banquet. Les gens me posaient toutes sortes de questions, et la plupart de mes réponses étaient des éloges des Saoudiens.
Bientôt on commença à m'appeler "Hajj" (le pèlerin) et dans la ville le titre se rapportait à moi. Peu à peu je devenais célèbre parmi des groupes différents de musulmans et particulièrement chez les frères musulmans.
Je faisais le tour des mosquées, donnant des conférences sur des sujets religieux exhortant les gens à ne pas embrasser les tombeaux, ni toucher les mausolées pour la grâce parce que c'était surtout signe de polythéisme. Mes activités se multipliaient. Je donnais des leçons religieuses tous les vendredis avant le prêche de "l'Imam" à la mosquée "Abi-Yaaâcoub" ; la grande mosquée.
Les leçons religieuses du dimanche étaient surtout écoutées par mes élèves du secondaire du collège où j'enseignais la technologie et l'initiation technique. Ils appréciaient mes efforts. Je leur consacrais beaucoup de mon temps, essayant de les aider à être moins ignorants et mieux armés face aux athées et certains professeurs communistes.
Les étudiants avaient l'habitude de m'attendre avec impatience et voulaient rejoindre nos cercles religieux. Quelques uns parmi eux venaient à la maison, car j'apportais avec moi bon nombre de livres sur l'Islam. Je leur lisais ces livres avec méthode afin de pouvoir répondre à toutes leurs questions.
L'année même où j'ai accompli le pèlerinage à la Mecque je complétais l'autre moitié de mon devoir religieux en me mariant. C'était le désir de ma mère de me voir marié avant de mourir, car elle avait assisté aux mariages de tous mes demi-frères. Allah lui a donc attribué ce qu'elle espérait, car je me mariais avec une jeune fille que pourtant je n'avais jamais rencontré auparavant.
Ma mère mourut après qu'elle eut assisté à la naissance de mon premier fils et de mon second enfant.
Mon père décéda deux ans avant elle. Mais avant sa mort, il put accomplir le pèlerinage à la Mecque, il se tourna vers Allah et devint le plus pieux.
La révolution Libyenne connut une certaine popularité à cette période où les arabes et les musulmans se sentaient humiliés après la défaite de la guerre de six jours. Le leader libyen, parlait au nom de l'Islam et dirigeait les prières parmi son peuple exhortant les croyants à la libération "d'Al-koods" (Jérusalem).
Je fus engagé à ses idées, comme beaucoup de jeunes musulmans et arabes. Et par la suite, nous avons organisé une visite éducative en Libye. C'était un groupe de quarante enseignants, nous visitions le pays du début de la révolution, et quand nous sommes revenus chez nous, nous étions très optimiste. Nous espérions un futur meilleur pour les musulmans dans le monde.
Pendant les années précédentes j'avais correspondu avec quelques amis, mon amitié se renforça avec quelques uns parmi eux, ils m'avaient demandé de leur rendre visite, ainsi je préparais un voyage pour les vacances d'été qui durera trois mois.
J'avais l'intention aller en Libye et en Egypte par voie terrestre, et de là, je voulais me rendre au Liban, par voie maritime, puis en Syrie, en Jordanie et en Arabie Saoudite pour y accomplir la "Omra" (petit pèlerinage), et aussi pour renouveler mon allégeance à la secte des Wahhabites, car j'en faisais la propagande parmi mes étudiants et dans les mosquées fréquentées par les frères musulmans.
Ma réputation se répandit de ma ville natale aux autres villes environnantes, car quelques visiteurs qui assistaient aux prières du vendredi, en entendant mes leçons ils firent ma réputation, qui atteignit "Ismaîl El-Hadifi", Leader de l'ordre Soufi très connu à Tozeur, capitale du Djerid et lieu de naissance du fameux poète Tunisien "Aboul Kacem-Chabbi".
Le Cheikh Ismaîl influençait de nombreux disciples en Tunisie et à l'étranger particulièrement parmi les émigrés Tunisiens de France et d'Allemagne.
J'ai reçu une invitation de sa part par l'intermédiaire de ses agents à Gafsa, qui m'avaient écrit une longue lettre, me remerciant pour les services que je rendais à l'Islam et aux musulmans.
Dans cette lettre, ils ont prétendu que les services que je rendais ne me rapprochaient pas d'Allah, car je n'avais pas de "Cheikh" (un maître qui me guide) et ils disaient: "celui qui n'a pas de "Cheikh" a le diable pour maître. Tu dois avoir un Cheikh pour qu'il te montre la voie, autrement la moitié de ta connaissance est vaine".
Ils m'ont informé que Cheikh Ismaîl lui-même, m'avait choisi parmi tous les autres affiliés pour être l'un de ses adeptes les plus proches. Je fus absolument enchanté en apprenant ces nouvelles.
Je pleurais pour cette grâce Divine qui m'a élevé jusqu'aux cimes et aux meilleurs lieux, tout simplement parce que j'étais sur la voie de "Sidi Hadi Al-Hafine" qui était aussi un Cheikh Soufi connu pour ses miracles. Et je devins l'un de ses partisans les plus proches, et comme j'étais l'ami de "Sidi Salah Essayaah" et "Sidi Jilani" et d'autres Leaders soufis, ainsi j'ai attendu impatiemment cette rencontre.
Lorsque j'entrais dans la maison de "Cheikh Ismaîl" je regardais curieusement les visages, le lieu était envahi de ses adeptes et fidèles disciples, parmi lesquels se trouvaient les vieillards portant des habits blancs immaculés. Après la cérémonie de salutation, le Cheikh Ismaîl apparut et chacun se leva et lui embrassa les mains avec grand respect, son député me fit signe: "c'est lui le Cheikh!". Mais je ne montrais pas mon enthousiasme, car je m'attendais à quelque chose de totalement différent de ce que je voyais. En face de moi avançait un homme sans prestance ni charisme particulier et l'obséquiosité qui l'entourait me semblait sans commune mesure avec l'allure de sa personne. Cependant, il m'accueillit à son tour chaleureusement et me fit asseoir à sa droite, et m'offrit de la nourriture.
Après le dîner de la cérémonie rituelle, commença le colloque, son délégué à Gafsa m'a présenté à lui de nouveau. Il m'a demandé de faire acte d'allégeance au Cheikh et chacun des présents se réjouissait d'avance de cet honneur qui m'était attribué.
Plus tard j'ai réalisé ce poids qui me donnait ma relative célébrité, ce qui m'encouragea à questionner librement le Cheikh; je ne ressentais aucune gêne à intervenir et parfois à m'opposer aux réponses que je trouvais peu convaincantes. Certains n'appréciaient pas mon comportement révérencieux à l'égard du Cheikh.
Le Cheikh a senti l'atmosphère tendue, il a essayé de calmer la situation en utilisant son esprit, il dit: "celui qui commence par une rencontre brûlante, finira par une vie brillante". Le public considéra comme une grâce de la part du Cheikh.
Le Cheikh était intelligent et très expérimenté, il ne m'a pas laissé continuer mon intervention souvent provocatrice, il a raconté le conte suivant:
"Un jour, un homme Savant assiste à une conférence donné par le sage pieux, l'homme pieux demanda au Savant d'aller se laver; le Savant est allé se laver, après quoi il revint à la classe, l'homme pieux répéta sa demande "Va et lave-toi", le Savant partit se laver pour la deuxième fois, pensant qu'il ne s'était pas lavé correctement, quand il revint en classe, l'homme pieux lui demanda de se laver de nouveau, l'homme Savant se mit à pleurer, et dit: "Maître, je me suis lavé de tout mon savoir et de tous mes actes, et il ne me reste que ce qu'Allah va m'octroyer par tes mains". A ce moment- là, l'homme pieux dit: "Maintenant tu peux t'asseoir"."
Je me rendais compte alors que j'étais visé par le Cheikh et chacun des présents le comprenait également. Ils m'ont demandés de garder le silence, et de montrer plus de respect en présence du Cheikh, afin de ne pas échouer dans ma vie. Ils basaient leurs arguments sur le verset coranique suivant:
"O vous qui avez cru! N'élevez pas la voix au-dessus de celle du Prophète, et ne lui parlez pas sur le ton que vous employez entre vous-même de peur de voir vos œuvres annihilées sans que vous sous en rendiez compte." Al-Houjourat, Verset 2.
Alors j'ai reconnu mes limites, j'ai obéi à leur ordre et le Cheikh m'a gardé auprès de lui, durant trois jours, pendant lesquels je lui posais beaucoup de questions, dont quelques unes pour tester ses connaissances.
Le Cheikh savait cela, et il me répondait qu'il y avait deux interprétations, et deux significations du Coran. L'une révélée apparente, et l'autre caché à un septième degré. Il a ouvert son coffre personnel, qui contenait la chaîne traditionnelle des pieux et des Savants sages qui le reliait avec l'Imam Ali Ibn Abi-Taleb, et à travers beaucoup de Saints tel que "Abdoulhassen-Chadhili".
Il faut remarquer ici que ces réunions faites par le Cheikh étaient des réunions spirituelles, et elles commençaient par quelques poèmes suivis par des chants et des récitations sur l'ascétisme, la piété et le renoncement à la vie d'ici-bas et l'avidité de chercher l'au-delà.
Tous les disciples contribuaient, chacun à leur tour en commençant par la droite du Cheikh, en récitant tout au moins un verset coranique. Peu à peu la confrérie se penchait à droite et à gauche, effectuant un balancement sur le rythme des chants. Le Cheikh se leva, et les disciples se levèrent à leur tour pour former un grand cercle autour de lui et ils commencèrent à dire: "Ahh-Ahh-Ahh-Ahh!", ce qu'ils appellent l'invocation de la poitrine. Le Cheikh se tournait à chaque fois vers un disciple, l'atmosphère se modifiait, les danseurs commençaient à sursauter en criant dans un rythme organisé mais irritant.
Après cette activité éprouvante, le calme revint peu à peu. Le Cheikh récite son dernier poème, alors que les disciples lui embrassent la tête et les épaules avant de s'asseoir.
J'ai participé à leur rituel mais sans conviction, car cela contredisait mes croyances qui m'interdisent d'attribuer des associés à Allah et tout intermédiaire entre l'homme et son Créateur.
Je m'effondrais en pleurant, mon cœur et mon esprit étaient déchirés entre deux tendances contradictoires.
La première était l'idéologie soufie d'après laquelle l'homme traverse une expérience spirituelle, basée sur le sentiment de la crainte, sur l'ascétisme et sur l'effort pour se rapprocher de Dieu par l'intermédiaire de Ses Saints Serviteurs, Ses Savants et Sages.
La deuxième était l'idéologie des Wahabites qui m'ont enseignés que tout cela n'était que polythéisme qui ne sera jamais pardonné par Dieu.
Si le Messager d'Allah, Mohammed Lui-même, ne peut pas aider ou intercéder en faveur des gens, alors comment pourraient-ils le faire eux les Saints et les Pieux qui sont venus après Lui?!.
Malgré la position qui me fût conféré par le Cheikh, car il me désigna comme son délégué à Gafsa. Je n'étais pas convaincu. Bien que je sympathisais parfois avec l'ordre soufi que je respectais pour l'amour d'Allah et de Ses Saints. J'avais en mémoire le verset:
"N'invoques avec Dieu aucun autre dieu. Il n'y a de dieu que Lui." Al Kassas, Verset 88.
Parallèlement au verset:
"O croyants! Craignez Dieu et cherchez un moyen intermédiaire." Al Maaida, Verset 35.
Les Oulémas Saoudiens m'ont enseignés: "le moyen et l'intermédiaire n'est que la bonne action."
Mon esprit était troublé, mais les disciples du Cheikh venaient chez moi de temps à autre pour célébrer les rituelles nocturnes et "l'invocation de la poitrine" telles que je les ai décrite.
Mes voisins étaient gênés par les brouhahas de nos voix: "Ahh-Ahh-Ahh!." Ils se plaignaient auprès de ma femme par l'intermédiaire de leurs épouses, quand je l'ai su, je demandais aux disciples de célébrer leur récital ailleurs, et je me suis excusé auprès d'eux en les informant que je partais en voyage pour une durée de trois mois, ainsi j'ai dit adieu à ma famille, à mes amis, et j'ai imploré la protection d'Allah.
LE VOYAGE EN EGYPTE |
Je suis resté à Tripoli, la capitale libyenne, afin d'obtenir le visa pour l'Egypte grâce à quelques amis que Dieu les récompense pour leurs efforts.
La route pour le Caire était longue, trois jours et trois nuits durant lesquelles je partageais une "voiture de louage" avec quatre égyptiens qui travaillaient en Libye et qui rentraient chez eux, pendant le voyage je bavardais avec eux, et je leur récitait le Coran. Ils m'ont appréciés et m'ont invités à descendre chez eux en Egypte. J'ai choisi parmi eux Ahmad qui n'était pas loin de mes idées et qui était pieux, il m'offrit une très grande hospitalité, que Dieu le récompense.
Je suis resté au Caire vingt jours durant lesquels j'ai rencontré le célèbre chanteur Farid El-Atrache dans son immeuble sur le Nil. Je l'admirais pour sa modestie, son humilité et sa générosité, j'ai réussis à le voir pendant vingt minutes seulement car il allait prendre l'avion pour le Liban.
Puis j'ai visité le fameux psalmodieur du Coran le Sheikh Abdulbass et Mohamed Abdoussamad dont j'aimais beaucoup la voix, je suis resté chez lui trois jours durant lesquels j'ai discuté avec ses proches et ses amis, ils m'appréciait pour mon enthousiasme, ma franchise et mes connaissances, s'ils parlaient de l'art je chantais, s'ils parlaient de soufisme et de l'ascétisme je m'identifiais de l'ordre de "Tijanyya" et "Madanyya", s'ils évoquaient l'Occident je parlais de mes visites à Paris, Londres, Belgique, Hollande, Italie et Espagne pendant les vacances d'été. Et s'ils parlaient de pèlerinage, je les surprenaient en parlant de la Mecque, je leur parlais des endroits que j'avais visités, encore inconnus de bien des pèlerins, tels que la grotte de Hira, la grotte Thaor, la place du sacrifice d'Ismaïl etc. S'ils parlaient de sciences et technologie, je trouvais toujours le vocabulaire adapté et enfin en politique, je leur exprimais mes points de vue en disant: " que Dieu bénissent l'âme de Naceur Salaheddine Ayoubi, qui s'est privé de sourire, et lorsque l'un de ses proches l'a critiqué en lui disant que le Saint prophète souriait souvent, il répondit: "Comment voulez vous que je souris pendant que la mosquée de Jérusalem est occupé par les ennemis d'Allah. Non par Dieu, je ne sourirais jamais avant sa libération."
Quelques Savants d'Al-Azhar qui assistaient à ces discussions ont beaucoup appréciés et aimés ce que je récitais du Coran et de la Sounna du Prophète, ils étaient impressionnés par mes arguments solides et m'ont demandés, de quelle université je venais, je répondait fièrement: l'université Ezzeitouna qui était fondé avant Al-Azhar du Caire, j'ajoutais que les Fatimides qui ont construits Al-Azhar venaient de Mahdia de Tunisie. Aussi à l'université d'Al-Azhar j'ai rencontré plusieurs Savants et accepté beaucoup de livres qui m'étaient offerts.
Un jour pendant que j'étais dans le bureau d'un responsable officiel des affaires d'Al-Azhar, un membre du conseil du commandement de la révolution égyptienne vint pour l'inviter à une réunion de masse qui regroupe les musulmans et les coptes dans l’une des plus grande compagnie de chemin de fer du Caire.
Le responsable m'a invité chaleureusement à venir avec lui, ma place était à la tribune d'honneur entre le Savant "Azhri" et le père de "Chenouda".
On me demanda de faire un discours dans cette réunion, ce que je fis comme j'en avais l'habitude dans les mosquées, et les comités culturels de mon pays.
Je commençais à me sentir important et j'avais une grande confiance en moi, je pensais que j'étais vraiment un homme Savant. Comment ne pas ressentir ce sentiment, quand un grand nombre d'Oulémas m'incitaient à le croire et me proposaient d'enseigner à Al-Azhar.
On m'a permis de voir quelques reliques du Saint Prophète, un officier de la mosquée de l'Imam Houssein (as) au Caire m'a emmené dans une pièce privée, il a ouvert une cassette, et en sortit la chemise du Saint Prophète me l'a présenté et m'a permit de l'embrasser, puis il m'a montré d'autres reliques appartenant au Prophète.
En sortant de cette chambre je pleurais et j'étais touché par ce geste rare, car l'officier m'a laissé entendre que le Prophète Lui-même m'avait autorisé de voir ses reliques. Je l'ai cru d'autant plus qu'il a refusé de prendre de l'argent, enfin et après mon insistance il en prit une petite somme, et m'a félicité d'être l'un de ceux que la grâce du Saint Prophète a honoré.
Sans doute cette visite a laissé une trace profonde sur moi, je pensais pendant quelques nuits à ce que disaient les wahàbites saoudiens à savoir que le Prophète comme toute autre personne et que son influence est vaine, et son rôle est terminé, je n'aimais pas cette idée et j'étais convaincu qu'elle était erronée. Surtout si, le prouve le Coran, le martyr qui meurt en guerre sainte, n'est pas réellement mort:
"Ne prend surtout pas ceux qui ont été tués sur le chemin de Dieu pour des morts mais plutôt des vivants recevant des leur subsistance auprès de leur Seigneur." (Alé Imràne: verset 169)
Alors que dire de notre Prophète Mohammad qui est la miséricorde de tout ce monde et le parfait exemple à suivre.
Je devenait de plus en plus clairvoyant en comparant les doctrines wahàbites et soufis, je m'interrogeais sur ces confréries qui confiaient toute leur réflexion au bon vouloir d'un Sheikh, qui dirigeait entièrement la vie des ses adeptes.
Mais ne m'avait-on pas appris un hadith Koudoussi:
" Mon servant, obéis tu seras comme moi - tu diras à la chose soit et elle deviendra réelle. "
La lutte intérieure commençait à me miner, mais à ce moment là mon voyage en Egypte touchait à sa fin, j'ai visité pendant les derniers jours un grand nombre de mosquées de l'imam Malek et celle de l'imam Abou Hanifa, de l'imam Ahmad ibn Hanbal et de l'imam Chafey, ainsi que la mosquée de Saida Zainab et de l'Imam Houssein, j'ai prié dans toutes les mosquées, j'ai aussi visité le "Zaouya" de l'ordre Soufi "Tijanyya". J'aurais d'histoires à raconter concernant ces visites, mais je préfère être concis.
RENCONTRE A BORD |
Je voyageais du Caire à Alexandrie à la date prévue, car j'avais réservé ma place dans un bateau Egyptien de la ligne de Beyrouth. Je me sentais très fatigué physiquement et mentalement, et dès mon embarquement sur le bateau, j'allais me coucher pour deux ou trois heures, lorsque je me suis réveillé j'ai entendu une voix me disant: "Le frère semble être épuisé?"
J'ai répondu affirmativement: "Le voyage du Caire à Alexandrie m'a épuisé, et pour être à l'heure j'ai sacrifié trop d'heures de sommeil."
J'ai compris à son accent qu'il n'était pas Egyptien et ma curiosité me poussait à faire sa connaissance. Je me suis présenté à lui, et j'ai appris qu'il était Irakien, conférencier à l'université de Bagdad, s'appelait Monem, et venait en provenance du Caire où il avait présenté sa thèse de doctorat à l'Université Al Azhar.
Nous commençâmes une conversation sur l'Egypte et le monde Arabo-Musulman, nous parlions de la défaite des Arabes et de la victoire des juifs, les sujets dans ce domaine sont malheureusement nombreux. J'expliquais que la cause de la défaite était la division des arabes et des musulmans en plusieurs petits pays, ainsi malgré leur population nombreuse, ils n'avaient pas de poids statique.
Nous parlions beaucoup de l'Egypte et des Egyptiens, et nous étions d'accord sur les raisons de cette défaite. J'ajoutais que je considérais cette division comme ayant été aggravée par les puissances coloniales, afin de faciliter notre occupation et notre humiliation.
J'exposais également mon dépit face aux divisions religieuses entre les "Malikites" et les "Hanifites". Je lui racontais une triste histoire qui m'était arrivé à la Mosquée "Abou-Hanifa" au Caire. Où un homme après la prière, me demanda pourquoi je ne croisais pas les bras en priant, j'ai répondu avec respect et courtoisie que je suis "Maliki" et que les "Malikites" préfèrent détendre les mains pendant les prières, il me répondit brutalement: "Va à la Mosquée des Malikites alors et fais tes prières là bas!".
J'ai quitté la Mosquée avec dégoût et amertume et de plus en plus perplexe face à l'état de ma religion.
Le professeur Irakien a sourit en m'annonçant qu'il était un Chi'ite, j'étais troublé par cette nouvelle et sans réfléchir je lui ai dis: "Si je savais que tu étais un Chi'ite, je ne t'aurais parlé" ; il m'a demandé: "Pourquoi ?".
Je répliquais: "Parce que vous n'êtes pas musulmans!; vous adorez Ali Ibn Abi-Taleb, et les modérés parmi vous adorent Dieu, mais ne croient pas au Message du Saint Prophète Mohammed au lieu de le donner à Ali.
Pendant que je continuais mon argumentation mon compagnon m'écoutait attentivement, souriant quelques fois et montrant son étonnement maintes fois.
Quand je terminais il m'a demandé de nouveau: "Es-tu un professeur qui enseigne à des étudiants ?" J'ai répondu: "Oui."
Il me dit alors gravement: "Si les professeurs pensent ainsi, nous ne pouvons blâmer les gens ordinaires qui ont une éducation modeste."
-"Que veut tu dires ?"
-"Je m'excuse mais d'où as-tu- recueillis ces fausses rumeurs ?"
Je lui exposais mes informations venant des ouvrages célèbres d'histoire, et des gens illustres et des connaissances communes.
Il dit: "Laissons ce que disent les gens, mais peux-tu me citer un seul ouvrage célèbre ?".
Je commençais à mentionner quelques livres tel que Fajr-al salam, de l'écrivain historien Ahmed Amine et d'autres.
Il répondait toujours calmement: "Depuis quand Ahmed Amine est une autorité sur le Chi'isme ?, cela n'est pas une preuve !" Il ajouta: "Pour être honnête, il faut se référer aux sources originelles du sujet."
Je dis: "Pourquoi devrais-je entreprendre des recherches sur un sujet déjà connu de tous ?".
Il répondit: "Ahmed Amine Lui-même a visité l'Irak, et j'étais l'un des professeurs qu'il a rencontré à Najaf. Nous lui avons reproché ses écritures sur le Chi'isme, il a alors reconnu qu'il ne savait rien des Chi'ites et qu'il en rencontrait pour la première fois. Nous lui avions dit que cette excuse est la pire de toutes, comment pouvait-il écrire des choses aussi calomnieuses sur nous, alors qu'il ne savait rien de nous !?
Frère, si nous jugions les juifs et les chrétiens d'après le Coran, certes ils n'accepteraient pas le jugement, en dépit du fait que le Coran est notre preuve absolu, pour cela nous devons montrer leurs erreurs dans leurs livres, la preuve sera plus forte et indiscutable et en accord avec le principe:
"Un témoin de sa famille fit le témoignage."
Ses paroles tombèrent dans mon cœur comme de l'eau fraîche dans la bouche d'un assoiffé, je m'étais déterminé à changer d'attitude et à devenir un vrai chercheur, car je sentais que seule une logique saine peut apporter une preuve solide, je me devais d'écouter attentivement ce nouveau compagnon, je repris la discussion:
-"Alors tu es l'un de ceux qui croient au Message de notre Saint Prophète Mohammed ?"
Il répondit: "Que la paix et la bénédiction d'Allah soit sur Mohammed et sa descendance. Tous les Chi'ites sont comme moi et croient en son Message. Frère tu ferais mieux de mener des recherches toi-même, ainsi tu n'auras plus de doute sur tes frères Chi'ites, parce que ces doutes peuvent devenir un péché."
Il ajouta:
"Si tu désire vraiment connaître la vérité et la voir de tes propres yeux, alors je t'invites à visiter l'Irak et là tu pourras rencontrer les Savants Chi'ites et les gens ordinaires également, tu vas reconnaître ainsi la vérité du mensonge".
J'ai dis: "ça a été mon désir de visiter l'Irak un jour, et de voir son patrimoine historique célèbre, spécialement l'héritage des "Abassides", et en particulier ceux de "Haroun Errachid", mais premièrement mes ressources financières sont limités à la "Omra" (visite à la Mecque et Médina). Deuxièmement mon passeport ne me permet pas d'entrer en Irak".
Il dit: "Premièrement, quand je t'ai invité à visiter l'Irak cela veut dire que je payerais ton voyage de Beyrouth à Bagdad "aller-retour", tu seras mon hôte personnel en Irak. Quand au passeport et l'entrée en Irak, laissons cela à Allah qu'Il soit Exalté, s 'Il t'a destiné à visiter l'Irak, cela se fera même sans passeport.
Cependant nous allons essayer d'obtenir un visa d'entrée dès que nous arriverons à Beyrouth.
J'étais très touché par cette offre, j'ai promis à mon ami de lui communiquer ma décision le lendemain, s'il plaît à Dieu. Je suis sortis de la cabine, j'étais monté au pont pour respirer l'air frais, les yeux perdus à l'horizon, mon esprit méditait.
Je glorifiais "Allah" Créateur de tout l'Univers, je le remerciais de m'avoir amené à cet endroit, je Lui demandais, Loué Soit- Il, de me protéger du mal et de la faiblesse, et de me protéger contre les erreurs.
Mon esprit vagabondait et présentait devant mes yeux une série d'événements de mon passé, le bonheur que j'ai goûté depuis mon enfance jusqu'à ce jour, je rêvais d'un avenir meilleur.
J'avais l'impression que Dieu et Son Messager me prodiguaient une attention particulière. Je regardais vers l'Egypte dont les côtes apparaissaient de temps à autre sur l'horizon.
Je disais adieu à la terre où j'avais embrassé la chemise du Prophète.
C'était le souvenir le plus précieux que je gardais de l'Egypte. Je me rappelais aussi des paroles du nouvel ami Chi'ite qui avait apporté à mon cœur une grande joie, à la perpective de réaliser un rêve qui me tentait depuis l'enfance: "La visite de l'Irak", le pays qui rappelle le règne fantastique d'Arrachid et de Maamoun, les fondateurs de l'Université de Sagesse qui recevait les étudiants occidentaux quand la civilisation islamique était à son apogée.
De plus, l'Irak est le pays du fameux Cheikh Abdoulkader Jilani dont la réputation a atteint tous les pays, et dont l'ordre soufi est entré dans chaque ville et chaque village, son ardeur et son zèle dépassait tout autre.
Je parcourais une mer d'imagination et d'espoir, je fus réveillé par le haut-parleur appelant les voyageurs pour le dîner. Je me dirigeais vers l'endroit désigné, les gens étaient nombreux, ils se bousculaient comme d'habitude à chaque rassemblement. Chacun voulait entrer le premier, les cris s'élevaient, j'essayais d'entrer par tous les moyens, subitement, le Chi'ite m'a attiré doucement en arrière en disant: "Ne te fatigues pas frère, on mangera plus tard sans bousculade. En faite, je te cherchais partout, Allons faire nos prières, après quoi nous viendrons dîner lorsque la foule sera dispersée."
J'ai apprécié son idée, ainsi je l'ai accompagné dans un endroit isolé, après les ablutions, je l'incitais à diriger les prières pour le tester et observer sa façon de prier. J'avais l'intention de refaire mes prières un peu plus tard.
Dès qu'il commença la prière du "Maghreb" en récitant les versets coraniques et les invocations, mon esprit fût transporté, et je me suis senti alors guidé par l'un des nobles compagnons du Prophète qui craignaient Dieu et que j'admirais tant.
Après la fin des prières, il a récité des invocations que je n'avais jamais entendu dans mon pays, ni dans aucun autre, je me sentais à l'aise à chaque fois que je l'entendais dire des louanges sur notre Saint Prophète Mohammed et sur sa descendance, que la paix d'Allah et Sa bénédiction soit sur Lui et sa Descendance.
J'ai remarqué que les larmes coulaient de ses yeux, je l'ai entendu pleurer en priant Dieu pour qu'il ouvre mon cœur, me donne la clairvoyance et me guide sur la bonne voie.
Nous sommes allés au réfectoire qui était presque vide, il s'assied après moi, il changea mon assiette avec la sienne qui contenait plus de viande, il me traitait comme si j'étais son hôte personnel, avec courtoisie et gentillesse, et il me racontait les dires du Prophète concernant l'étiquette de table.
J'étais impressionné par son moral, et lorsqu'il a dirigé les prières de "Al-Ichaa" qu'il a étendues en récitant plusieurs supplications qui m'ont fait pleurer, j'ai imploré Dieu. Loué Soit- Il., de changer ma suspicion à l'égard de cet homme car certaines conjectures sont un péché, mais que fallait-il penser ?!.
J'ai dormi cette nuit-là en rêvant de l'Irak, des "milles et une nuit", je me suis réveillé en entendant l'appel de mon ami Chi'ite pour faire les prières de "Al-Fajr", après l'achèvement des prières nous parlions de la grâce de Dieu et de Ses bienfaits envers les musulmans.
Nous nous sommes endormis à nouveau, mais à mon réveil, il était assis sur son lit, rosaire à la main, il récitait les noms d'Allah, ainsi je me sentais plus confiant, mon cœur se rassura, j'ai demandé à Dieu de pardonner ma suspicion.
Pendant le déjeuner, on annonçait l'approche des côtes libanaises et le débarquement dans deux heures s'il plaît à Dieu. Mon ami m'a demandé si j'avais bien réfléchi et quelle était ma décision ?.
J'ai répondu si Dieu le veut, et si j'obtiens le visa d'entrée, je ne vois pas d'inconvénient, puis je l'ai remercié pour son invitation.
Nous passâmes une nuit à Beyrouth, et dès notre arrivée à Damas nous étions à l'ambassade d'Irak. Et rapidement j'ai obtenu mon visa avec une facilité incroyable, il me félicita et remercia Dieu pour Son aide.
MA PREMIERE VISITE EN IRAK |
Notre voyage de Damas à Bagdad se déroula dans un bus climatisé de la compagnie internationale de "Najaf", car la température était de quarante degrés à Bagdad. A notre arrivée, nous nous dirigeâmes directement vers sa maison qui était dotée de l'air conditionné, je me suis bien reposé.
Il apporta des fruits et de la nourriture, pendant que les membres de sa famille entraient pour me souhaiter la bienvenue avec respect et politesse. Son père m'embrassa comme s'il me connaissait depuis longtemps. Quand à sa mère, vêtue de noir, elle me souhaita la bienvenue également.
Mon ami s'excusa pour sa mère qui ne pouvait pas me serrer la main, car cela n'était pas dans leurs habitudes de politesse islamique. Ils témoignaient ainsi à leur façon du respect du aux femmes. J'ai apprécié cela, je me suis dis: ces Chi'ites que nous accusons de dévier la religion, semble l'observer et l'appliquer plus que nous.
Pendant mon séjour en compagnie de mon amie Momeen, j'ai observé ses nobles manières, sa vertu, sa dignité, et sa générosité. J'ai aussi apprécié sa modestie et sa grande pitié que je n'avais pas encore perçu chez une autre personne avant cela. Je ne me sentais pas du tout comme un étranger, mais chez-moi.
Des lits nous ont été préparés sur le toit de la maison, je veillais tardivement "suis-je dans le monde du rêve ou de réalité ? Suis-je vraiment à Bagdad tout près de "Sidi Abdelkader-Jilani ?" "
En écoutant ces propos, mon ami riait et me demandait ce que les Tunisiens pensaient à propos de Abdelkader-Jilani ?.
Je racontais les miracles et mystères qui lui étaient attribués. Les confréries qui se construisent en son honneur, et qu'il est pour elles le noyau du cercle, comme le Prophète Mohammed était le sceau des prophètes, ainsi Abdelkader-Jilani est le sceau de tous les saints. De même que Jilani disait: "Tous les gens tournent autour de la "Kaâba", mais elle, tourne autour de moi."
J'essayais de le convaincre que le "Cheikh Abdelkader" venait à ses disciples en état d'éveil pour soigner leurs souffrances. En parlant de "Sidi Abdelkader" j'oubliais ou j'essayais d'oublier la croyance Wahhabite.
Lorsque je remarquais le manque d'enthousiasme de mon ami, j'essayais de convaincre mon esprit que tout cela était juste, mais en doute je lui demandais son opinion. Mon ami rit et dit: "Repose-toi cette nuit, demain si Dieu le veut, nous irons visiter le Cheikh Abdelkader", cette nouvelle m'a comblée de joie et je voulais que le jour se lève aussitôt. Mais j'étais si fatigué que je suis tombé dans un sommeil très profond, de telle sorte que je ne m'étais réveillé qu'après le lever du soleil, et l'appel pour la prière était déjà passé.
ABDELKADER – JILANI ET MOUSSA AL - KADHIM |
Après le petit déjeuner nous sommes allés à "Bab-Echeikh", où se trouve le haut lieu d'Abdelkader, que j'ai toujours désiré visiter, je me suis précipité dès l'entrée, assoiffé de le voir comme si j'allais me jeter dans ses bras, mon ami me suivais là où je marchais, je me mêlais à la foule des visiteurs qui s'entassaient autour de la tombe comme les pèlerins autour de la "Kaâba", quelques visiteurs lançaient des bonbons, d'autres accourent pour les ramasser. J'en ai ramassé deux, j'ai mangé le premier pour la bénédiction, et conservé le second pour le souvenir, j'ai fait beaucoup de prières et de supplications.
J'ai bu de l'eau comme si je buvais de l'eau de "Zamzam". Avant de quitter j'ai demandé à mon ami de m'attendre un moment, afin d'écrire à mes amis en Tunisie, des cartes postales représentants le Mausolé du "Cheikh Abdelkader" avec sa grande coupole verte, j'ai voulu prouver à mes amis et mes parents en Tunisie mon zèle et mon ardeur qui m'ont amenés à ces lieux qu'ils n'ont jamais pu voir.
Au centre de la ville dans un restaurant populaire, nous avons déjeuné, puis mon ami m'a amené dans un taxi à "Kadhimya" j'ai entendu ce nom lorsqu'il l'a indiqué au chauffeur, à la descente de la voiture nous nous sommes insérés à la foule des gens qui marchaient dans la même direction, hommes, femmes et enfants portants leurs bagages, ils m'ont rappelés l'époque du pèlerinage, je ne savais où aller, jusqu'à la parution des minarets et des coupoles dorées dont l'éclat éblouissait l'horizon.
J'ai de suite compris que c'était là l'une des mosquées Chi'ites car je savais d'avance que les Chi'ites décoraient leurs mosquées avec de l'or et de l'argent, ce que l'islam "interdit formellement".
J'éprouvais quelques difficultés pour entrer dans cette Mosquée, mais vu les sentiments de mon ami, je l'ai suivi malgré moi, je n'avais le choix.
Dès l'entrée j'ai remarqué les vieillards qui embrassaient les portes, je me divertissais par la lecture d'une pancarte sur laquelle était écrit "Entrée interdite aux femmes dévoilées" avec la sentence d'Imam Ali disant: "L'époque viendra où les femmes porteront des habits qui ne cachent rien, etc.".
A la porte du mausolée et pendant que mon ami lisait "La permission d'entrée" je regardais avec étonnement les versets coraniques gravés sur la porte en or massif.
Je rentrais suivant mon ami avec méfiance, mon esprit divaguait dans les fables et les légendes que j'ai lues dans certains livres qui comptent "les Chi'ites" parmi les incrédules.
A l'intérieur du mausolée se gravait les calligraphies et des ornements fabuleux, j'étais perplexe, je me croyais dans un monde étrange qui m'était inconnu et inhabituel.
De temps en temps j'observais avec répulsion ceux qui circulaient autour du tombeau en pleurant et en embrassant les barreaux et les coins du cercueil pendant que d'autres faisaient leurs prières tout près du tombeau, je me rappelais le "Hadith" du Prophète disant: "Dieu a maudit les juifs et les chrétiens quand ils ont fait des tombeaux de leurs saints un lieu de prosternation".
Je m'éloignais de mon ami qui commença à pleurer dès l'entrée, et pendant qu'il faisait ses prières, je lisais la pancarte qui présentait "l'ordre de la visite" elle contenait des noms qui me sont inconnus, je me suis isolé dans un coin pour lire la "Fatiha" sur l'âme du cadavre contenu dans ce tombeau en disant: O Dieu, donnez lui la grâce s'il était musulman, vous le connaissez mieux que moi".
Mon ami s'approcha de moi murmura dans mon oreille: "si tu veux que Dieu exauce tes souhaits, invoque Le ici, car on l'appelle: portail des demandes". Je ne donnais d'importance à ses propos - Dieu me pardonne- mais je contemplais les vieillards qui portaient sur leurs têtes des turbans blancs ou noirs, sur leurs fronts des empruntes de prosternations, leurs longues barbes parfumées leur donnait tant de prestige, leur regard était perçant et majestueux, aussitôt que l'un d'entre eux entrait au mausolée il éclatait en sanglot, je me demandais: Est-ce possible que toutes ces larmes soient mensongères ? Est ce possible que tous ces vieillards soient dans l'erreur ?!.
Je sortais de ce mausolée perplexe et étonné, pendant que mon ami sortait en reculent - signe de respect- pour ne pas tourner le dos au mausolée.
Je lui demandais: c'est le mausolée de qui ?.
Il dit: c'est le mausolée de l'Imam Moussa Al-Kadhim.
Je lui demandais encore: qui c'est Moussa Al-kadhim ?.
Il dit: que Dieu soit loué! Vous les "Sunnites" vous délaissez le noyau vous vous attachez à l'écorce.
J'ai dit d'un air mécontent: comment avons-nous délaissé le noyau en s'attachant à l'écorce ?.
Il m'a calmé en me disant: "mon frère, depuis que tu as mis les pieds en Irak, tu n'as pas cessé de parler de Abdelkader-Jilani, peux-tu me dire qui il est ? et pourquoi il a tant attiré ton attention ?!.
Je répondais rapidement avec fierté: "il est l'un des descendants du saint Prophète après Mohammed, cela aurait pu être Abdelkader "que Dieu soit satisfait de lui".
Il me demanda: "frère Smaoui connais-tu l'histoire islamique ? Je lui répondais sans hésiter, oui, mais en vérité je ne connaissais rien de l'histoire islamique, parce que nos professeurs nous empêchaient de la connaître, prétendant qu'elle était complexe et source de problèmes.
Par exemple je me rappelle du professeur de la rhétorique nous présentant l'allocution de l'Imam Ali qui s'intitule "Chakchakia" dans "Nahj-Al-Balagha".
J'étais étonné comme certains élèves en la lisant., j'ai osé lui demander si cette allocution était vraiment les propos de l'Imam Ali?Il répondit: "certainement, qui pourrait rivaliser en éloquence ? Si cela n'était pas ses propos, les Savants musulmans tel que Cheikh Mahommed Abda le grand mufti de l'Egypte, ne se donnerait pas tant de peine pour son interprétation".
Je dis alors: "l'Imam Ali accuse Aboubaker et Omar d'avoir usurper son droit au Khilafa"?.
Le professeur était outragé, il m'a blâmé et m'a menacé de renvoi définitif si je répétais pareille question, il disait: nous enseignons la rhétorique et non l'histoire, nous ne sommes pas concernés par les épisodes noires de l'histoire et les guerres meurtrières entre musulmans, tant que Dieu a purifié nos épées de leurs sangs, nous purifions nos langues de les injurier (il parlait des compagnons du Prophète).
Je n'étais pas convaincu par ce raisonnement, je restais révolté contre ce professeur qui nous enseignait la rhétorique arabe sans signification, j'essayais à maintes reprises d'étudier l'histoire islamique, mais je n'avais pas suffisamment de références, ni les moyens d'acheter ces livres. Personne de nos Savants s'y intéressait, ils étaient tous d'accord pour tourner cette page sans regard. Personne chez nous ne possède un ouvrage complet d'histoire.
Alors quand mon ami m'a demandé si je connaissais l'histoire? Je répondais obstinément par oui, mais en vérité je devais dire: "je sais que c'est une histoire sombre et futile, qui ne contient que des dissensions des intrigues et des contradictions."
Il m'a demandé si je connaissais la date de naissance de "Cheikh" Abdelkader-Jilani et son époque ?.
- Combien de temps le sépare du Messager d'Allah ?. - Au moins six siècles.
- Si nous comptons deux générations par siècle, la généalogie d'Abdelkader Jilani par rapport au Prophète serait de dix ou douze grands-pères au minimum'?! J'ai dis: oui.
- Alors celui-ci. Moussa Ibn Jaafar Ibn Mohammed Ibn Ali Ibn Hussain fils de Fatima Ezzahra, sa généalogie par rapport au Prophète est de quatre grands-pères seulement en fait il est né au deuxième siècle de "l'hégire", ainsi qui est le plus proche du Messager d'Allah.; Moussa ou Abdelkader ?.
Sans réfléchir j'ai dit: Moussa bien sûr, mais pourquoi on n'entend jamais parler de lui ? - c'est pour cela que j'ai dit - et je m'excuse de le répéter - que vous avez rejeter le noyau en gardant l'écorce, je te prie de m'excuser et de ne pas m'en vouloir.
En marchant notre discussion se poursuivait, nous nous arrêtons de temps en temps jusqu'à l'arrivée dans un "club scientifique" où se rencontraient les professeurs et les étudiants échangeant idées et théories. quand nous nous assîmes, il cherchait quelqu'un dans l'assemblée; comme si un rendez-vous était prévu.
Un homme est venu nous saluer, de leur conversation j'ai compris qu'il était son collègue à l'université, et qu'un autre collègue allait bientôt venir, c'était bien le docteur qu'attendait mon ami. entre-temps mon ami me disait: je t'ai emmené dans ce lieu pour te présenter à un Savant spécialiste des recherches historiques, il est professeur d'histoire à l'université de Bagdad, la thèse de son doctorat était sur Abdelkader-Jilani, j'espère "Inchâ-Allah" qu'il sera utile pour toi, car moi je suis pas spécialiste en histoire.
Nous buvions du jus de fruit, lorsque le docteur historien est arrivé, après les présentations, mon ami lui demanda de me donner un aperçu de l'histoire d'Abdelkader-Jilani, puis il nous a laissé seuls.
Le docteur historien m'a commandé une boisson fraîche et me demanda mon nom, mon pays et ma profession, il me demanda aussi de lui parler de la réputation d'Abdelkader-Jilani en Tunisie.
Je lui racontais plusieurs choses dans ce domaine, je disais même que les gens chez nous considèrent que le Cheikh Abdelkader a transporté le Prophète sur ses épaules la nuit de l'assomption lorsque "l'Archange Gabriel" reculait par crainte de se brûler, le saint Prophète dit alors à Abdelkader:
"Mon pied repose sur ton épaule, et ton pied reposera sur les épaules de tous les saints jusqu'au jour du jugement".
En écoutant mes propos, l'historien riait beaucoup, je ne savais pas s'il riait de ces légendes ou du professeur Tunisien qui les lui racontait.
Après une courte discussion sur les saint et les pieux, il m'a parlé de ses longues recherches pendant sept ans à Lahore, au Pakistan, en Turquie, en Egypte, en Grande-Bretagne et dans tous les endroits où se trouvaient des manuscrits attribués à Abdelkader-Jilani.
Il les a étudiés, disséqués et photocopiés mais il n'a trouvé aucune preuve qui fasse d'Abdelkader-Jilani est un descendant du Prophète, tout ce qu'il trouvait c'était un vers de poésie attribué à l'un des petit-fils d'Abdelkader et qui disait: "Mon grand-père le Messager de Dieu".
Quelques Savants l'expliquait par l'interprétation du "Hadith" du Prophète qui disait : "Je suis le grand-père de tout homme pieux".
Il ajoutait que l'histoire véritable prouve qu'Abdelkader-Jilani n'est pas du tout arabe mais d'origine persane, il est né dans un village iranien appelé "Jilane" auquel se rapporte le nom d'Abdelkader. Il a émigré à Bagdad où il a fait ses études il est devenu enseignant à l'époque de la décadence. L'homme était ascète et pieux, les gens l'ont aimé, ainsi après sa mort ils ont établis l'ordre Soufi "Kadiryya" en sa mémoire, comme c'était le cas pour les disciples de chaque maître soufi. Et ajouta: "L'état des arabes est vraiment lamentable de ce point de vue". L'ardeur de l'idéologie Wahhabite s'est alors rappelée à moi, je lui dis: "Donc vous pensez comme les Wahhabites Docteur ? Car ils disent comme vous, il n'y a pas de saints !.
Il dit": Non pas du tout, je ne suis pas d'accord avec les croyances des Wahhabites, ce qui est regrettable chez les musulmans, c'est leurs tendances extrêmes, d'excès ou de négligence, ou bien ils croient en toutes les légendes et les fables qui ne se basent ni sur la logique ni sur la loi coranique, ou bien ils dénient toutes choses même les miracles de notre Prophète Mohammed et ses dires parce qu'ils ne coïncident pas avec leurs désirs et leurs croyances, par exemple: Les soufis disent que leur Cheikh Abdelkader-Jilani peut guérir tout malade, simultanément partout dans le monde; ceci est l'excès et l'exagération.
En contre réaction des Soufis, les wahhabites ont déniés tout, même l'influence et l'utilité du saint Prophète en accusant celui qui implore Dieu par l'intermédiaire du Prophète de polythéiste; ceci est l'excès de négligence .
- Non, frère, nous devons être comme Allah le veut, et l'a mentionné dans le saint Coran en disant:
"Nous fumes ainsi de vous la communauté du juste milieu, vous érigeant en témoins vis-à-vis des hommes..." AI -Bakara. Verset 141.
J'aimais beaucoup son raisonnement, je le remerciais, et je lui avouais que je me sentais séduis par sa logique. Il a ouvert son cartable, et m'a offert son livre sur Abdelkader-Jilani, il m'a invité à aller manger chez lui, je me suis excusé, et nous avons discuté de la Tunisie, de l'Afrique du nord, jusqu'à l'arrivée de mon ami Moneem.
Nous sommes retournés chez lui, la nuit après avoir passé toute la journée en visite et en discussion. Je me sentais très fatigué et surmené, et c'est sans retenue que je sombrais dans le sommeil.
Je me réveillais tôt, après avoir achevé mes prières, je commençais la lecture du livre "Abdelkader-Jilani", le présent de l'historien, j'étais déjà parvenu à la moitié avant que mon ami ne se réveille, il m'a demandé plusieurs fois d'aller prendre mon petit déjeuner, je n'acceptais pas avant d'achever le livre qui clarifiait bien des interrogations.
SCEPTICISME ET REQUETE |
Je restais trois jours dans la maison de mon ami goûtant le repos et la réflexion, étonné et stupéfait par tout ce que je découvrais.
Pourquoi m'avait on parlé des Chi'ites en termes de honte,d'injures ? Pourquoi je les détestais et éprouvais tant de rancœur à leur égard ? Peut-être ceci remonte aux rumeurs qui nous parvenaient sur eux: "lis adorent Ali, ils considèrent leurs Imams comme des dieux, ils croient à la réincarnation, ils se prosternent pour des pierres plutôt que pour Allah". Après son retour du pèlerinage, mon père nous racontait que les Chi'ites venaient à la tombe du Prophète pour y jeter des ordures souillées, et que les Saoudiens les condamnaient à mort etc. Ainsi on entendait de tout. Dans ces conditions il n'était pas surprenant que les Musulmans haïssent, méprisent et combattent les Chi'ites.
Mais comment pouvais-je encore croire ou justifier ces rumeurs après tout ce que je voyais de mes propres yeux et entendu de mes oreilles, voila déjà une semaine écoulée parmi eux, je n'ai vu ni entendu que logique, raison et piété. Je fus attiré par leur façon de prier, j'aimais beaucoup leurs supplications et invocations, leurs manières de vie et leur respect à l'égard de leurs Savants, j'ai même souhaiter être comme eux.
Je me demandais si vraiment ils haïssent le Messager de Dieu ? Alors que chaque fois que je prononçais son nom - (je le faisais souvent pour les tester) - Ils entonnaient tous à haute voix: "O, Dieu bénis Mohammed et la descendance de Mohammed".
Au début j'ai cru à un stratagème hypocrite, mais mon soupçon fût dissipé après avoir lu quelques uns de leurs livres, où j'ai constaté respect et vénération à l'égard du saint Prophète comme je n'en avais trouvé dans aucun livre, car les Chi'ites disent que le Messager d'Allah" Mohammed est infaillible, il est immaculé avant et après le Message, tandis que nous les sunnites disons qu'il est infaillible lorsque il transmet le Coran, à part cela , il peut se tromper comme tous les humains. D'ailleurs on donne beaucoup d'exemples de ses erreurs qui étaient corrigées par ses compagnons. Alors que les Chi'ites refusent catégoriquement cela et n'admettent pas que le Messager d'Allah" soit trompé pour être corrigé par les gens. Alors comment puis-je croire après tout cela que les Chi'ites détestent le Messager d'Allah"? Comment l'accepter?!.
Un jour je discutais avec mon ami Moneem sur ce sujet, je l'implorais de me répondre en toute franchise. et le dialogue était le suivant:
-Vous. les Chi'ites. vous placez Ali (puisse Allah l'honorer) au même niveau que le saint Prophète, car à chaque tris que vous prononciez son nom vous dites: "Que la paix soit sur lui".
- En effet. lorsque nous prononçons le nom d'Ali où l'un d'entre ses fils nous disons (la paix soit sur lui). Cela ne veut pas dire qu'ils sont des Prophètes. mais ils sont la sainte descendance du Messager d'Allah". cependant Dieu Lui-même nous a ordonné dans le Coran, de l'invoquer pour qu'Il les bénissent, nous disons donc:
"Que la bénédiction et le salut de Dieu toit sur eux".
- Non, non cher frère, nous ne disons cela que pour le Messager d'Allah" et les Prophètes qui l'ont précédé, mais Ali et ses fils (puisse "Allah" les honorer) n'ont rien de ceci.
- Je te demande et je te prie de lire beaucoup plus pour connaître la vérité.
- Quels livres dois-je lire frère ? ne m'as tu pas dit toi même que les livres de Ahmed Amine ne sont pas une preuve contre les Chi'ites ?. Par le même argument vos livres ne sont pas une preuve contre nous. Ne vois-tu pas que les livres soutenus par les chrétiens mentionnent que Jésus (Paix sur lui) avait dit "Je suis fils de Dieu". Alors le Coran qui est la vérité absolue mentionne la parole de Jésus qui disait:
"Je ne leur ai dit que ce que tu m'as ordonné de dire à savoir Adorez Dieu mon Seigneur et le vôtre !" AI-Maaida, Verset 1 17.
- Ce que je te demande c'est d'utiliser l'esprit et la logique et de te référer au saint Coran et à la sainte "Sunna' (les traditions véridiques de notre Prophète) puisque nous sommes tous deux musulmans. – Donc, dans quel livre je trouverai la vérité? Chaque auteur, chaque groupe et chaque secte prétend être sur la bonne voie. - Je vais te donner à l'instant une preuve tangible approuvée par tous les musulmans indépendamment de leur croyance et de leur division, mais que tu ne connais pas.
- Que Dieu me dote de plus de connaissance !
- As-tu lu le commentaire du verset coranique:
" Dieu et ses Anges bénissent le Prophète. O vous croyants ! invoquez pour lui sans cesse la bénédiction et le salut de Dieu." Sourate 33 verset 56.
"Tous les commentateurs Sunnites et Chi'ites ont rapportés que les compagnons du Prophète qui étaient visés par ce verset sont venus dire: "O Messager d'Allah nous savons comment te saluer, mais nous ignorons comment invoquer pour toi la bénédiction de Dieu". Le Prophète leur dit : "Dites, O "Allah" bénisse Mohammed et lu descendance de Mohammed tel que Tu as bénis Ibrahim et la descendance d'Ibrahim Tu es glorieux et digne de louanges.
Et n'invoquez pas la bénédiction incomplète, ils demandèrent qu'est-ce qu'une bénédiction incomplète O Prophète ?
Il dit: Quand vous dites seulement "O Allah Bénisse Mohammed" et vous vous taisiez. Pour cela. les compagnons du Prophète ainsi que les générations venues après eux ont suivit l'ordre du Prophète ce qu'a incité l'Imam "Chafiy" à dire en l'honneur de Ahl-AI-Beyt (les gens de la maison du Prophète).
"O: famille du Messager d'Allah" votre amour est un ordre émanant de Dieu dans sa révélation, il vous suffit l'honneur majestueux que Dieu vous a donné toute personne qui n'invoque pas votre bénédiction, sa prière est incomplète et ses invocations imparfaites.
Je l'écoutais attentivement. ses paroles pénétraient dans mon cœur et y trouvaient un écho. En effet j'avais lu cela auparavant, mais je ne m'en souvenais plus.
Je lui avouais que lorsque nous invoquions les bénédictions sur le Prophète, nous les invoquions aussi pour sa progéniture et tous ses compagnons, mais nous ne spécifions pas Ali,comme disent les Chi'ites.
- Que penses-tu de Boukhari ? Est-il Chi'ite?
Je lui dis qu'au contraire, c'est un grand Imam Sunnite, et son ouvrage est le plus véridique après le Livre de Dieu !
Il sortit de sa bibliothèque, Sahih AI-Boukhari, il l'a ouvert à une page particulière et me l'a donné pour lire : "II nous a été rapporté par Ali que la paix soit sur lui ".
Je ne pouvais croire mes yeux, j'étais tellement surpris à tel point que je doutais de l'authenticité du livre, je tournais la page et la reliure, lorsque mon ami se rendit compte de mes doutes, il m'a montré une autre page où s'est écrit: "II nous a été rapporté par Ali Ibn Hussaîn. que la paix soit sur eux".
Ma réponse après cela n'était que: "Louanges à Dieu". Il se contenta de cette réponse, il sortit et me laissa.
Je restais seul, je pensais, je relisais les deux pages, je m'assurais de nouveau de l'édition de l'ouvrage, il était pourtant bien édité par l'établissement AL-Halabi et Fils en Egypte.
"O Mon Seigneur, pourquoi dois-je être si arrogant? Pourquoi s'obstiner et s'entêter puisqu'il m'a donné une preuve tangible d'un livre que nous considérons comme des plus véridique, car certes, Boukhari n'était pas Chi'ite mais un grand Savant Sunnite.
Dois-je me soumettre à cette vérité: Ali est-il digne de bénédiction et de salut ? Mais je craints que cette vérité cache bien d'autres choses, que je me refuse à admettre, mon ami m'a convaincu sur certains points, et je reconsidérais la sainteté de Abdelkader-Jilani au profit de Moussa AI-kadhim.
J'admettais aussi que l'Imam Ali est digne de salut. mais je ne voulais pas d'autres défaites, moi, qui quelques jours auparavant. me vantais en Egypte tandis que les Savants d'Al-Azhar me comblaient de flatteries je me trouve aujourd'hui battu, et par qui ? Par ceux qui je croyais et que je crois encore dans l'erreur, d'ailleurs le mot " chi’isme " m'a été toujours indiqué comme injure.
C’est l'arrogance et l'égoïsme. c'est l'obstination et le fanatisme.
"O mon Dieu. je Te prie de m'inspirer la raison. aide-moi à accepter la vérité même si elle est amère".
"O Seigneur, Daigne ouvrir mes yeux et mon cœur, et guides moi sur ton droit chemin. que je puisse tout écouter et suivre le meilleur.
"O Dieu montre-nous la vérité sublime pour la suivre et montre-nous la vanité très sombre pour l'éviter."
Mon ami m'a accompagné à la maison. alors que je continuais mes supplications et mes invocations, il dit en souriant: "qu'Allah nous guide avec tous les musulmans" Lui qui nous a révélé dans Son Livre:
" Ceux qui auront combattu pour notre cause, nous leur indiquerons nos voies et Dieu est sûrement avec les bienfaiteurs " AI-Ankabout, Verset 69.
Il m'expliqua que le combat indiqué dans ce verset. signifie la recherche scientifique pour atteindre une vérité, et que Dieu "Loué soit IL" guiderait à la vérité quiconque la recherche.
VOYAGE A NAJAF |
Mon ami m'avait avisé la veille, que nous devions partir le matin à Najaf, je lui demandais: qu'est-ce que Najaf?
C'est une ville scientifique, où se trouve le Mausolée de l'Imam Ali Ibn Abi-Taleb. J'étais surpris qu'il y ait une tombe connue pour l'Imam Ali, car nos Savants ne nous en avaient jamais parlé.
Par les transports en commun nous sommes arrivé à "Koufa", La grande Mosquée est l'un des plus célèbres monuments Islamique, mon ami me montrait tous les lieux historiques, tel que la mosquée de "Mouslim ibn Akil" et celle de "Hani Ibn Ourwa" il me racontait brièvement comment ils sont morts en martyrs.
Il m'a fait visiter aussi le "Mehrab" (Niche de prière) où l'Imam Ali est tombé en martyr, ainsi que la maison qui abritait l'Imam Ali et ses deux fils l'Imam Hassan et l'Imam Hussain, le puits d'où ils buvaient et faisaient leurs ablutions.
J'ai vécu des moments spirituels pendant lesquels j'ai oublié notre monde futile et ce qu'il contenait, pour me plonger dans la piété de l'Imam Ali, sa modestie, sa simplicité de vie, malgré son titre d'Emir des croyants et de quatrième Khalife.
Je ne dois pas oublier la modestie et l'hospitalité que j'ai rencontré à la ville de Koufa. A chaque fois que nous passions devant un groupe de gens ils se levaient pour nous souhaiter la bienvenue, mon ami y avait des relations, le directeur de l'Institut de Koufa nous a invité chez lui, nous avons passés une agréable soirée avec ses fils, j'avais le sentiment que j'étais parmi les membres de ma famille, à chaque fois qu'ils parlaient des Sunnites, ils disaient: "Nos frères Sunnites", j'ai aimé leur conversation, mais je leur posais quelques questions pour tester leur sincérité.
Le lendemain nous sommes partis à Najaf qui est une grande ville située à dix kilomètres de Koufa, dès l'arrivée je me suis souvenu de la Mosquée de "Kadhimya" à Bagdad, puisque les minarets dorés paraissaient entourer une grande coupole en or.
Nous entrâmes au Mausolée de l'Imam Ali après la lecture du "permis d'entrée" comme le veut la coutume des Chi'ites visiteurs.
Les ornements étaient encore plus fabuleux qu'à "Kadhimya" et comme d'habitude je m'arrêtais pour lire la "Fatiha", je doutais que ce tombeau contenait réellement le corps de l'Imam Ali, car la simplicité de la maison où habitait l'Imam m'a laissé croire que l'Imam Ali n'aurait pas accepté ces ornements d'or et d'argent, alors que les musulmans meurent de faim partout dans le monde et surtout que le tombeau est entouré de nombreux mendiants.
J'ai voulu crier et dire:" O! Chi'ites vous êtes dans l'erreur. vous devez admettre au moins cette faute car le Messager d'Allah a envoyé l'Imam Ali démolir les tombeaux, alors à quoi bon ces tombeaux construits en or et en argent, si cela n'est pas du polythéisme c'est au moins une grave erreur que l'Islam ne pardonnera pas".
Mon ami m'a demandé si je voulais faire mes prières, il me présentait une pièce d'argile sèche, je lui dis avec virulence: nous ne faisons pas nos prière autour des tombeaux! Il dit: alors attends-moi un moment juste pour faire deux Rakaât.
En l'attendant, je lisais la plaque fixée sur le tombeau, je regardais l'intérieur entre les barreaux d'or, il était plein de billets de toutes les couleurs qui étaient jetés par les visiteurs pour contribuer aux projets d'intérêts commun qui se rapportent au mausolée, vu la grande quantité des billets, j'ai cru qu'elle était récolte de quelques mois, mais mon ami m'a fait savoir que les autorités responsables de la propreté du mausolée ramassent l'argent chaque soir après les prières nocturnes.
Je sortais derrière mon ami, étonné, comme si je souhaitais qu'on me donne une part, ou au moins aux pauvres et déshérités qui sont très nombreux ici.
Je regardais dans tous les sens à l'intérieur de la grande clôture qui entourait le Mausolée là où des groupes de gens faisaient la prière, d'autres écoutaient les prêches d'orateurs. J'ai vu d'autres groupe de gens qui pleuraient en se frappant la poitrine, j'ai voulu demander à mon ami ce qu'ils avaient? Lorsqu'un convoi funèbre passa devant nous, quelques hommes soulevèrent la dalle de marbre pour enterrer le cadavre, j'ai pensé qu'ils pleuraient pour la disparition de leur cher défunt.
RENCONTRE DES "OULEMAS" |
Mon ami m'a emmené dans une petite mosquée qui côtoyait le mausolée, le sol était couvert de tapis, le "Mehrab" était gravé de versets coraniques de belle calligraphie.
J'étais attiré par un groupe de jeunes enfants enrubannés assis à côté du "Mehrab". chacun d'eux tenait un livre, Ils étudiaient, j'étais impressionné par cette scène qui présentaient, des "Cheikhs" en bas âges, Ils avaient entre treize et seize ans. Ils étaient très beaux avec leurs costumes uniformes.
Mon ami, leur a demandé où était le Sayed ? Ils répondirent qu'il dirigeait la prière à côté.
J'ai compris de la causerie, que le Sayed est l'un des grand Savant, j'ai saisi par la suite, qu'il s'agit de Sayed AI-Khouy le grand Savant de l'académie scientifique de la communauté Chi'ite.
Il faut remarquer que le titre de Sayed: Maître chez les Chi'ites, est attribué à ceux qui sont de la descendance du Prophète; le Sayed porte un turban noir s'Il est étudiant ou Savant en théologie les autres "Oulémas" portent le turban blanc et se nomment les "Cheikhs" les autres descendants du Prophète qui ne sont pas Savants portent le turban vert.
Mon ami m'a demandé de m'asseoir avec eux, le temps qu'il aille à la rencontre de Sayed AI-Khouy, Ils m'ont bien accueIllis et m'ont entouré d'un demi cercle je regardais leurs visages plein d'innocence et de pureté, je me rappelais les dires du Prophète:
" Toute personne naisse à la disposition naturelle du bon sens, ainsi ses parents feront de lui, un Juif, un Chrétien, un Mage."
J'ai ajouté en moi-même ou feront de lui un Chi'ite.
Ils m'ont demandé de quel pays je venais ?
- De Tunisie
- Avez-vous des académies scientifiques ?
- Nous avons des universités et des écoles; leurs innombrables questions venaient de tous les côtés, elles étaient pertinentes et précises.
Que dois-je dire à ces innocents qui croyaient que le monde musulman était plein d'académies scientifiques où on enseignait les lois islamiques. la jurisprudence, et les interprétations du Coran. Ils ignorent que le monde musulman a évolué, dans nos pays modernes nous avons changé les écoles coraniques en jardins d'enfants sous les auspices des soeurs chrétiennes. ainsi dois-je leur dire qu'Ils sont trop arriérés par rapport à nous ?!
L'un d'entre eux m'a demandé quelle est la doctrine suivie en Tunisie"? J'ai dit: La doctrine "Malikyya' de l'Imam Malek; quelques uns riaient, je ne prêtait aucune attention.
Ils disent enfin : - Connaissez-vous la doctrine "Jaafaryya' ?
Effrayé j'ai dit : - Qu'est-ce que ce nouveau nom ? nous ne connaissons que les quatre doctrines, les autre ne font pas partie de l'Islam .
Ils m'expliquèrent en souriant que la doctrine "Jaafari" est l'Essence de l'Islam! Savez-vous que l'imam Abou-Hanifa était l'élève de l'Imam Jaafar-Assadek? Et que l'Imam Abou-Hanifa disait lui-même:
"Si ce n'était les deux années d'éducation chez Jaafar j'aurais péri:"
Je restais sIlencieux sans réponses. Ils me présentaient un nouveau nom que je n'avais jamais connu. Je remerciais. Dieu que leur Imam Jaafar-Assadek ne soit le professeur de l'Imam Malek, pour cela j'ai dit avec fierté:
-Nous sommes "Malikites" nous ne sommes pas "Hanafites".
Ils répondirent que les Imams des quatre doctrines ont profités les uns des autres, Ahmad Ibn Hanbal a tiré profit de Chafey ; Celui-ci a tiré profit de Malek qui lui-même s'appropriait d'Abou-Hanifa qui était l'élève de Jaâfar-Assadek, de tout cela on peut conclure que les quatre sont les élèves de l'Imam Jaâfar Ibn Mohammed qui a fondé la première Université Islamique dans la Mosquée de son grand-père le Messager d'Allah, où il enseigna plus de quatre mille juristes porteurs la tradition du Prophète.
J'étais ébahi par ces jeunes, si intelligents, qui s'expliquaient avec autant d'aisance qu'Ils récitaient le Coran.
J'étais plus étonné encore lorsqu'ils me démontraient quelques références historiques et citaient nombre de volumes et de titres de chapitres, Ils s'élançaient dans la discussion comme des professeurs méthodiques et convaincants. J'ai senti ma faiblesse devant eux, j'aurais préféré sortir avec mon ami que de demeurer avec ces enfants, je n'arrivais pas à répondre à leurs questions concernant la jurisprudence et l'histoire.
Ils me demandaient : à quel Imam je me référais ? J'ai dit : à l'Imam Malek !
Ils disent: "Comment tu te confie à un homme mort depuis déjà quatorze siècles? Si tu voulais lui demander des innovations, te répondrait-il ?"
J'ai réfléchi un instant et j'ai dit :
"Toi aussi ton Imam Jaâfar est mort depuis quatorze siècle.'- Oui mais sa parole a porté si loin qu'elle est encore vivante aujourd'hui. et Sayed AI-Khouy nous aide à la comprendre.
Je n'ai pas compris lequel des deux était plus Savant, l'Imam Khouy ou l'Imam Jaâfar-Assadek
J'essayais de changer le sujet de conversation en leur posant des questions pour me dégager de leur emprise tel que: quel est le nombre d'habitants de "Najaf'. la distance entre Najaf et Bagdad, connaissaient- ils d'autres pays que l'Irak, et chaque fois qu'ils répondaient à une question je leur en préparais une autre afin de les détourer, car je me sentais incapable de faire face à leurs connaissances, je n'admettais pas cet état de fait, même si au profond de mon coeur j'acceptais ma défaite, que toute la gloire et la grandeur, la vanité qui m'ont été attribués en Egypte sont dissipés ici, surtout après la rencontre de ces enfants, je me rappelais alors de la Sagesse qui dit
"Dis à celui qui prétend avoir toutes les connaissances en philosophie: tu as connu une chose, mais tu as ignoré beaucoup de choses ".
J'imaginais que les esprits de ces jeunes enfants étudiants étaient plus ouverts, mieux formés que ceux des Savants d'AI-Azhar en Egypte et ceux de nos Savants de Tunisie.
Sayed AI-Khouy est entré avec un groupe "d'Oulémas" respectueux et digne. Tous les étudiants se levèrent, moi aussi. Ils avancèrent pour baiser la main du Sayed, je restais immobIle, Sayed AI-Khouy s'est assit après tout le monde et commença à les saluer un par un jusqu'à mon tour.
Mon ami, qui chuchotait à l'oreille de Sayed AI-Khouy m'a fait signe de m'approcher à côté du Sayed, à sa droite. après les salutations et les présentations, mon ami me dit: raconte à Sayed tout ce que vous entendez sur les Chi'ites chez vous en Tunisie.
J'ai dit : nous avons des histoires qu'on entend d'ici et delà , l'essentiel pour moi c'est de savoir moi-même ce que disent les Chi'ites et j'ai quelques questions à poser et je veux des réponses franches.
Mon ami a insisté pour que je raconte au Sayed notre croyance vis à vis des Chi'ites.
J'ai dit :" Pour nous les Chi'ites sont plus dangereux que les juifs et les chrétiens à l'égard de l'Islam, puisque eux au moins adorent Dieu et croient au Message de Moïse, alors qu'on nous rapporte que les Chi'ites adorent Ali et le glorifient, quelques uns d'entre eux adorent Dieu, mais considèrent Ali comme Messager de Dieu, je leur racontais l'histoire de la trahison de l'Archange Gabriel qui a donné le Message à Mohammed au lieu de le remettre à Ali".
Sayed Khouy restait silencieux tête baissée pendant quelques temps, ensuite il me regarda et me dit : Nous témoignons qu'il n'y a de divinité qu'Allah" nous témoignons aussi que son Messager est Mohammed que Dieu le bénisse ainsi que sa descendance purifiée. pour nous Ali n'est qu'un serviteur de Dieu, puis il se tourna vers l'audience et dit : "Regardez comment les rumeurs mensongères détournent ces gens innocents ! et ceci n'est pas étonnant puisque j'ai déjà entendu pire venant d'autres personnes". Il se tourna vers moi et me demanda si j'avais bien lu le Coran.
J'ai dit que j'en avais appris la moitié par coeur à l'âge de dix ans.
IL me dit :" sais-tu que tous les groupes musulmans indépendamment de leurs doctrines s'accordent sur l'authenticité du Coran ? et nous possédons tous les mêmes textes" ?
J'ai répondu :" bien sûr que je le sais"
Il me dit : "donc tu as lu les propos d'Allah Exalté Soit-IL":
" Mohammed n'est qu'un Messager de Dieu avant lequel les messagers sont déjà passés" AI-Maâida, Verset 144.
Dieu dit aussi :
" Mohammed est le Messager de Dieu et ceux qui sont avec lui, sont durs avec les mécréants…" AI-Fath, Verset 49.
et dans un autre verset IL dit :
"Mohammed n'a jamais été le père de l'un de vos hommes, mais le Messager de Dieu est le sceau des Prophètes." AI-Ahzeb, Verset 40.
J'ai dit:": Bien sûr, je connais tous ces versets" !
IL me dit:" Ou est donc Ali ?! Si notre Coran dit que le Messager de Dieu n'est autre que Mohammed, d'où est venu ce mensonge ?!
Je me taisais car je n'avais de réponses, et ajouta:" Quand à la trahison de l'Archange Gabriel (à Dieu ne plaise) elle est pire que l'allégation précédente, car lorsque Gabriel apporta le Message d'Allah à Mohammed, celui-ci avait l'âge de quarante ans, tandis que Ali n'était qu'un gamin de six ou sept ans, comment Gabriel pourrait-il se tromper, et ne pas distinguer entre Mohammed l'adulte et Ali le petit garçon."?
Il se taisait longuement pendant que je pensais consciemment à ses paroles.j'analysais ses propos logiques qui m'ont touchés profondément et m'ont éclairés. Je me suis demandé pourquoi nous n'avons pas basé notre analyse sur un tel raisonnement logique. Sayed AI-Khouy poursuivit encore en me disant: "Je porte à ta connaissance que les Chi'ites sont les seuls parmi tous les groupes musulmans à croire à l'infaIllibIlité des Prophètes et des Imams: alors si nos Imams (que la paix soit sur eux) sont infaIllibles, que dire alors de "Gabriel" l'Archange que Dieu nommait: "l'Esprit de fidélité".
- J'ai dit : "Alors d'où parviennent ces rumeurs ?"
- Il dit :"de tous les ennemis de l'Islam qui veulent diviser les musulmans en factions pour qu'ils s'affrontent entre eux. Tous les musulmans sont des frères qu'ils soient Chi'ites ou Sunnites, car ils adorent un seul Dieu, sans Lui associer aucune autre divinité, ils ont le même Coran, le même Prophète, la même "Kibla'(direction vers laquelle s'orientent tous les musulmans dans leurs prières) les Chi'ites se diffèrent des Sunnites par des opinions, des convictions, qui ne remettent nullement en cause l'essentiel de ce que je viens de rappeler. Les Sunnites eux-mêmes connaissent des divergences, l'Imam Malek contredit l'Imam Abou-Hanifa, celui-ci contredit l'Imam Chafey, et ainsi de suite".
- Alors, tout ce qu'on raconte sur vous n'est que mensonge ?
- Par la Grâce de Dieu, tu est intelligent, et tu comprends les choses, maintenant que tu as visité le pays des Chi'ites tu t'es promené dans leur milieu, as-tu vu ou entendu quoi que ce soit de ces rumeurs mensongères ?
- Je n'ai entendu et vu que du bien, je remercie Dieu qui m'a permis de connaître le professeur Moneem dans le bateau, c'est grâce à lui que j'ai pu venir en Irak et connu beaucoup de choses que j'ignorais auparavant.
Mon ami Moneem riait en disant :"Parmi ces choses, l'existence d'une tombe pour l'Imam Ali".
Je lui ai fait signe d'arrêter ses plaisanteries. J'ai repris en disant:
- j'ai plutôt appris des choses nouvelles, même de la part de ces jeunes enfants. J'aurais souhaité ( si j'en avais eu l'occasion.) venir étudier comme eux ici; à l'Académie Scientifique.
Sayed Al-Khouy m'a dit:" Sois le bienvenu, si tu veux étudier, toute l'Académie est à ta disposition, nous sommes là pour te servir."
Tous ceux qui étaient présents se réjouissaient de cette suggestion, surtout mon ami Moneem dont le visage s'embellit de joie, j'expliquais que j'étais marié et père de deux enfants.
IL dit:" Nous prendrons soin de tous les besoins de la famIlle, logement, subsistance et tout ce dont vous aurez besoin, l'essentiel c'est de continuer les études."
J'ai réfléchi et je me suis dit; il me semble illogique de devenir étudiant après avoir passé quinze ans de ma vie à enseigner et éduquer de nouvelles générations. Il m'est aussi difficile de prendre une décision aussi rapidement.
Je remerciais Sayed AI-Khouy pour son offre en promettant d'étudier sérieusement le sujet après mon retour de la Mecque si Dieu le veut, mais j'aurais besoin de quelques livres.
Sur l'ordre de Sayed AI-Khouy, quelques Savants m'ont apportés immédiatement plus de soixante-dix volumes, chacun d'eux me disait: " voici mon cadeau'.
Vu que je me rendais en Arabie Saoudite ; qui interdit l'importation de n'importe quel livre. par crainte de propager quelques croyances qui ne coïncideraient pas avec leur doctrine: je ne pouvais donc pas prendre ces livres avec moi. Mais je ne voulais pas négliger ces livres que je n'avais jamais vu.
J'expliquais à mon ami et aux Savants les difficultés que je pourrai rencontrer dans tous les pays arabes par lesquels je devais passer, et qui interdisent en majorité l'entrée des livres. Alors Sayed AI-Khouy m'a demandé de lui laisser mon adresse, et qu' il se chargera de les envoyer chez-moi en Tunisie.
J'appréciais cette idée et je le remerciais beaucoup en lui remettant ma carte de visite.
Quand je l'ai salué pour sortir, Il se leva avec moi en me disant:
"Je prie Dieu qu'Il te protège, si tu arrives devant le tombeau de mon grand-père le Messager de Dieu, tu lui présentera mes salutations:"
Les auditeurs ont été très touchés par ses propos, et moi également, j'ai été profondément touché en voyant ses larmes .
Je me suis dis; "qu'il ne plaise à Dieu" si cet homme soit dans l'erreur ou qu'Il soit menteur. Son état majestueux, sa grandeur, et sa modestie prouve certainement qu'il est issu d'une noble progéniture, je n'ai pu résister à lui baiser la main. Ils se sont tous levés avec moi pour me saluer, quelques jeunes étudiants qui me controversaient m'ont suivi, et m'ont demandés mon adresse, je leur ai donné.
Nous retournâmes à Koufa sur l'invitation d'une personne qui était à l'audience de Sayed AI-Khouy un autre ami de Moneem qui s'appelait Abou-choubbar.
Nous avons passé toute une nuit chez lui avec un groupe de jeunes étudiants de Sayed Mohammed Baker-Essadr. Ils m'ont conseIllés de rencontrer ce dernier, Ils m'ont promis d'organiser cette rencontre le lendemain.
Mon ami Moneem a encouragé cette suggestion, mais il regrettait de ne pouvoir nous accompagner, car il avait une obligation à Bagdad, il était convenu que je reste chez Abou-Choubbar trois ou quatre jours jusqu'au retour de Moneem qui nous a quitté après les prières de l'aube.
J'ai beaucoup profité des discussions avec les étudiants qui veillaient avec moi, j'ai été surpris des connaissances diverses qu'ils étudiaient à l'Académie, car en plus des connaissances religieuses de jurisprudence de "Tawhid" ils étudient aussi les sciences politiques, sociales et économiques, l'histoire les langues et l'astronomie, etc.
RENCONTRE AVEC SAYED MOHAMMED BAKER-ESSADR |
Je me dirigeais avec Abou-choubbar a la maison de Sayed Mohammed Baker-Essadr, en cours de route il me comblait de courtoisie et de gentillesse et me donnait un aperçu des célèbres Savants et du "Taklid" (l'action de se confier et de suivre un Ouléma).
Nous entrâmes dans sa maison, il était entouré par plusieurs étudiants enrubannés, il se leva pour souhaiter la bienvenue. on me présenta à lui et il m'accueillit chaleureusement, me fit asseoir à ses côtés. Il me posa des questions sur la Tunisie et l'Algérie, sur les grands Savants célèbres tel que AI khidr Hussaîn, Tahar ibn Achour et d'autres.
J'ai été passionné par sa conversation et malgré sa dignité, son prestige et le grand respect qu'il inspire à ceux qui l'entouraient, je me sentais à l'aise avec lui, comme si je le connaissais depuis longtemps.
J'ai beaucoup apprécié cette rencontre qui m'a apporté de nombreuses connaissances car j'écoutais les questions des étudiants et les réponses qu'il leur donnait, j'ai compris à ce moment précis la valeur d'un dialogue de confiance avec ces Oulémas vivants qui peuvent répondre à bien des questions directement et clairement.
Je devins alors convaincu, que les Chiites étaient bien des musulmans adorant Dieu l'Unique, et croyant au Message de notre Prophète Mohammed.
Seulement au début j'avais beaucoup de doutes, un esprit me soufflait et m'inspirait que tout ce que je voyais n'était que du théâtre ou peut-être ce qu'ils appelaient la "Takya", c'est à dire montrer des actes contradictoires aux croyances, mais ces suspicions se dissipaient, les sentiments ont disparus très vite, car il était impossible que des centaines de personnes s'accordent pour me jouer cette comédie, qui suis-je ? En quoi pourrais-je les intéresser pour qu'ils se jouent de moi ? Puis voici leurs livres anciens qui étaient écrits depuis des siècles et ces livres nouveaux imprimés récemment depuis quelques mois, tous professaient le monothéisme et invoquaient la bénédiction sur le Prophète Mohammed, comme j'ai pu le constater moi-même dans leurs introductions et préfaces. Même ici dans la maison du Sayed, le célèbre Savant, connu en Irak et en dehors de l'Irak, à chaque fois que le nom de Mohammed était prononcé toute l'assemblée prononçait à haute voie : " O Dieu que Ta bénédiction et Ton Salut soit sur Mohammed ainsi que sur sa descendance purifiée. "
Pour faire la prière nous sommes allés dans une mosquée mitoyenne, Sayed Baker-Sadr était l'Imam et dirigeait les prières du -Dhohr- et -Asr'. Je me sentais comme vivant parmi les compagnons du Prophète, un jeune qui avait une voix très émouvante récitait des invocations entre les prières pour glorifier Dieu et bénir Son Messager. "Que Dieu bénisse Mohammed et les descendants de Mohammed", tel était le cri de tous a la fin des prières et des invocations.
Après les prières il restait dans le "Mihrab" pour répondre aux questions des fidèles, quelques uns venaient lui chuchoter des confidences, il répondait alors discrètement aux affaires personnelles, la personne qui obtenait la réponse à sa question lui baisait la main avant de le quitter
Je ne pouvais qu'éprouver de l'admiration pour ce Savant si digne, résolvant les problèmes, et vivant les inquiétudes de tous ceux qui s'adressaient à lui.
Je suis retourné avec lui dans sa maison, il m'a comblé de générosité, et d'hospitalité jusqu'à ce que je finisse presque par en oublier ma famille et mes proches. Je sentais qu'il suffisait d'un mois seulement avec lui pour que je devienne Chi'ite à cause de son comportement, de sa modestie et de la distinction de ses mœurs.
A chaque fois que je le regardais, il me souriait et me demandait si j'avais besoin de quelque chose; durant quatre jours je ne le quittais que pour dormir.
Malgré les innombrables visites que lui rendaient les Savants venus du monde entier, j'ai vu chez lui des saoudiens;( je ne savais pas qu'il y avait des Chi'ites au Hijaz, en Arabie) des Savants de Bahraîn, de Katar, des Emirats, du Liban, de Syrie, de l'Iran, de l'Afghanistan, de la Turquie et de l'Afrique Noire.
Il parlait avec eux en plusieurs langues, il affrontait leurs problèmes, ils ne sortaient alors de chez lui qu'avec satisfaction.
Je ne manquerai pas de souligner ici une affaire qu'il a traité en ma présence. Je la mentionne pour l'histoire, pour que les musulmans sachent ce qu'ils ont perdus en négligeant les lois de Dieu.
Quatre hommes se présentaient devant Sayed Baker-Sadr, j'ai compris à leur accent qu'ils s'agissait d'Irakiens.
L'un d'eux a vendu la maison qu'il avait hérité de son grand-père à un homme qui était présent aussi. Un an après la vente, deux frères ont prouvés qu'ils étaient aussi deux héritiers légitimes du défunt.
Tous les quatre étaient assis devant Sayed Sadr, chacun lui présentait ses papiers et documents, après quelques minutes de lecture et de conversations
Sayed Sadr donna son jugement:
Il donna à l'acheteur le plein droit à la propriété, et demanda au vendeur de rembourser aux deux frères leur part de la somme perçue.
Ils se levèrent en baisant sa main et s'embrassèrent.
J'ai été très étonné de la scène, je ne croyais pas mes yeux et j'ai demandé à Abou-Choubbar si l'affaire était achevée .
Il dit "Tout est fini. chacun a eu son droit". Je m'exclamais alors: "Gloire à Dieu quelques minutes seulement ont suffit pour résoudre ce conflit, et avec cette simplicité ?!"
Dans nos pays, un cas pareil, aurait persisté pendant des années sans issu, parfois les plaignants meurent et leurs enfants poursuivent I'affaire et dépensent pour le tribunal et les avocats plus que la valeur de la maison.
Les procès parcourt le tribunal d'instance puis la cour d'appel, la cour de cassation ; mais finalement personne ne sera satisfait; et après une si longue affaire qui aura coûté des dépenses énormes tout ceci ne peut alors que provoquer la corruption en plus de la haine et de l'hostilité entre les familles.
Abou-Choubbar m'a répondu:" de même chez nous ici".
- Comment cela ?
- Quand les gens portent plainte aux tribunaux gouvernementaux, il se passe exactement ce que tu viens de me décrire, mais quand ils se confèrent à un Savant religieux et respectent les lois islamiques, le jugement sera conclu en quelques minutes.
"Et qui a une meilleure justice que Dieu pour un peuple convaincu?" AI-Maâida, Verset 50.
De plus Sayed Sadr ne leur a prit aucun sou, s'ils s'étaient rendus au tribunal gouvernemental leurs têtes seraient dénudées.
J'ai ri de cette expression, qui est courante chez nous et qui signifie qu'ils se retrouvent dépouillés de tout, j'ai dit:" qu'Allah Soit Loué",
si je n'avais pas assisté moi-même à cette scène, je ne croirais jamais cela.
Abou-Choubbar m'a dit: "Mon frère, ce que tu as vu est simple par rapport à d'autres cas difficiles et complexes. Les Savants religieux parviennent à résoudre même des affaires criminelles.
J'ai dit avec étonnement - "Donc vous avez en Irak deux gouvernements, un gouvernement de l'Etat, un autre de clergé ?
Il dit : "Non, nous n'avons qu'un seul gouvernement, mais les musulmans Chi'ites qui se réfèrent aux "Oulémas- n'ont pas de relation avec le gouvernement, "baâthiste" et non Islamique, mais ils sont soumis au gouvernement par le droit de citoyenneté par le code civil, les impôts et les statuts personnels.
Si un musulman pratiquant, se disputait avec un autre non pratiquant il serait obligé de porter plainte au tribunal de l'Etat, parce que ce dernier n'accepterait d'être jugé par le clergé. Par contre si les deux adversaires sont pratiquants, l'affaire est réglée; car le jugement du Savant religieux est respecté par tous. Ainsi les procès jugés par les autorités religieuses trouvent leurs solutions le même jour, tandis que les procès jugés par l'Etat attendent des mois et des années.
Cela a éveillé en moi le sentiment de pleine satisfaction face aux lois de Dieu, Loué Soit-Il, et j'ai compris à ce moment là, la signification des versets Coraniques :
"Celui qui ne juge pas d'après ce que Dieu a fait descendre, ceux là sont les mécréants... " AI-Mâaida, Verset 44.
"Celui qui ne juge pas d'après ce que Dieu a fait descendre, ceux-là sont les injustes... " AI-Mâaida, Verset 45.
"Celui qui ne juge pas d'après ce que Dieu a fait descendre, ceux-là sont les dévergondés" AI-Maaida, Verset 47.
De même s'éveillait en moi le sentiment de haine et de révolte contre les incrédules qui changent les lois Divines, avec des lois injustes qu'ils ont inventées eux mêmes; ils se moquent alors des lois divines et les jugent " Barbares et sauvages ", quand il s'agit de couper le main du voleur, lapider l'adultère, tuer le criminel.
D'où viennent ces nouvelles idéologies étranges à notre culture?. Sans doute de l'occident et des ennemis de l'Islam, qui savent que l'application des lois islamiques signifie leur destruction inéluctable, parce qu'ils sont des voleurs, des traîtres, des assassins criminels, ils commettent l'adultère et sèment le désordre sur terre en instituant la barbarie.
Pendant ces quelques jours passés chez Sayed Sadr plusieurs dialogues sont intervenus, je le questionnais sur toutes choses, et particulièrement sur tout ce que j'ai appris en Tunisie concernant les Chi'ites et leurs traditions.
J'ai alors questionné Sayed Baker-Sadr sur la "Wilaya" de l'imam Ali, qu'ils attestent lors de l'appel à la prière ?!
Il a répondu:
"Il faut savoir que l'Emir des croyants Ali (Que la paix soit sur lui) a été honoré et choisi par Dieu, pour porter la continuation de la compréhension du Message après le dernier Prophète. Chaque Prophète a désign&eacut